L’Union européenne reconnaît enfin l’ampleur de la crise qui secoue son industrie automobile, mais son soutien tarde à se concrétiser. Alors que le secteur traverse une zone de turbulence en grande partie provoquée par ses propres décisions, Bruxelles devait présenter le 10 décembre un ambitieux « paquet automobile » destiné à soutenir les constructeurs. L’annonce pourrait finalement être repoussée… jusqu’en 2026.
Un soutien promis, mais perpétuellement repoussé
Le « paquet automobile » est attendu comme un signal fort, un outil censé redonner de l’oxygène à un secteur fragilisé par la transition accélérée vers le tout-électrique. Interdiction de vente des véhicules thermiques en 2035, investissements lourds dans les nouvelles plateformes, concurrence chinoise spectaculaire : l’industrie européenne fait face à un choc structurel majeur.
Pourtant, malgré l’urgence, Bruxelles temporise. Le commissaire aux Transports, Apostolos Tzitzikostas, a déclaré le 2 décembre que la présentation du plan pourrait n’intervenir qu’en janvier 2026, évoquant un travail encore « en cours » et la nécessité de proposer un dispositif complet couvrant « tous les aspects nécessaires ».
Une annonce qui a immédiatement fait réagir le secteur, inquiet de voir l’UE prendre du retard au moment où les constructeurs européens perdent du terrain sur les marchés mondiaux.
Des pistes d’assouplissement, mais sans toucher à 2035
Selon plusieurs fuites relayées par Les Échos, Handelsblatt et d’autres médias européens, le futur « paquet automobile » inclurait un assouplissement progressif des objectifs de réduction du CO₂. Une perspective accueillie favorablement par les industriels, qui réclament depuis des mois un cadre plus réaliste.
Cependant, l’Union européenne ne souhaiterait pas rouvrir le débat sur l’objectif majeur : le passage au 100 % électrique en 2035. Un maintien strict qui interroge, alors que de nombreux gouvernements et constructeurs jugent aujourd’hui le calendrier trop ambitieux, voire déconnecté des réalités du marché.
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Apostolos Tzitzikostas se montre néanmoins prudent : « Nous sommes ouverts à toutes les technologies et évaluons les possibilités de les inclure toutes. » Une phrase qui entretient le flou, sans pour autant clarifier une ligne directrice déjà fragilisée par les tensions internes au sein de l’UE.
Une pression grandissante venue des États et des industriels
Si Bruxelles accélère — ou tout du moins tente de le faire —, c’est aussi sous la pression d’États membres comme l’Allemagne, qui multiplie les avertissements quant à l’érosion de sa compétitivité automobile. Les constructeurs, eux, réclament depuis plusieurs mois un cadre plus prévisible, plus cohérent et surtout plus rapide.
L’inquiétude est palpable : chute de la demande, marges en baisse, coûts d’investissement records, montée en puissance fulgurante des marques chinoises… Le risque d’un décrochage structurel de l’industrie européenne n’a jamais été aussi élevé.
Une stratégie qui pourrait arriver trop tard
En repoussant encore la présentation de son soutien officiel, l’Union européenne donne l’image d’une institution consciente de l’urgence, mais incapable d’y répondre à la vitesse nécessaire. Et si le « paquet automobile » pourrait, en théorie, offrir une bouffée d’air, rien n’indique qu’il suffira à sauver un secteur déjà fragilisé.
Tant que les contours exacts de ce plan ne seront pas définis, les constructeurs continueront d’avancer dans un brouillard réglementaire dont ils payent déjà le prix. Reste désormais à savoir si l’Europe saura réagir à temps — ou si ses hésitations continueront d’alimenter la crise.

