Des prototypes camouflés circulant dans les routes normandes de l’Eure. Une ligne de toit fuyante, un hayon incliné, une poupe haute et large reconnaissable entre toutes. Dacia prépare un break du segment C, connu en interne sous le code C-Neo, et les premiers clichés espion confirment ce que les rumeurs annonçaient depuis plusieurs mois : la marque low-cost du groupe Renault veut s’attaquer frontalement aux Skoda Octavia Combi, Peugeot 308 SW, Volkswagen Golf Variant et Renault Mégane Estate, avec un argument massue que ses concurrents ne peuvent pas lui opposer. Le prix.
Un break de 4,60 mètres taillé pour les familles nombreuses et les gros rouleurs
Les prototypes aperçus dans l’Eure, département limitrophe du centre technique de Lardy où Renault conduit une grande partie de ses développements, livrent plusieurs informations exploitables malgré les camouflages épais qui habillent les bas de caisse et les boucliers. La longueur estimée du C-Neo se situe entre 4,55 et 4,60 mètres, soit sensiblement plus que la Jogger actuelle qui mesure 4,55 mètres. L’empattement, probablement compris entre 2,70 et 2,75 mètres, devrait permettre d’atteindre un volume de chargement aux alentours de 600 à 650 litres banquette en place, extensible au-delà de 1 800 litres sièges rabattus.
Ces dimensions placent le C-Neo exactement là où Dacia veut aller : dans la catégorie des breaks compacts spacieux, face à des modèles qui se vendent entre 30 000 et 45 000 euros selon les finitions. La garde au sol légèrement surélevée visible sur certains prototypes suggère qu’une version Stepway, la déclinaison baroudeuse qui a fait le succès du Sandero et du Duster, est déjà en développement parallèle.
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La face avant, quant à elle, s’inspire directement du Bigster lancé en 2025 : calandre pleine, phares LED fins à orientation verticale et signature lumineuse en Y. À l’arrière, des feux LED horizontaux reliés par une bande lumineuse transversale adoptent un graphisme dans l’air du temps, que l’on retrouve chez Skoda, Volkswagen et désormais Dacia. Les camouflages épais sur les zones de bouclier indiquent que les formes définitives d’au moins une partie de la carrosserie ne sont pas encore figées, signe que le développement n’est pas à son stade ultime mais suffisamment avancé pour des essais de durabilité intensive.
CMF-B et motorisations hybrides : la recette éprouvée de la gamme
Sur le plan technique, la plateforme CMF-B du groupe Renault devrait constituer la base du C-Neo, celle-là même qui accueille déjà le Sandero, le Jogger, le Captur et l’Arkana. Cette architecture modulable a démontré sa capacité à s’adapter à des gabarits variés et à accueillir plusieurs types de motorisation sans alourdir excessivement le coût de production, avantage décisif pour un positionnement tarifaire agressif.
Les motorisations attendues couvrent l’essence atmosphérique, l’hybride E-Tech qui équipe déjà le Jogger avec succès, et potentiellement le GPL ECO-G, carburant alternatif que Dacia maîtrise depuis des années et qui constitue un argument fort sur certains marchés d’Europe centrale et orientale. En revanche, le 100 % électrique ne figure pas au programme du C-Neo selon les informations disponibles. La stratégie de Dacia est cohérente sur ce point : l’électrique pur reste cantonné aux segments urbains avec la Spring et la future Twingo E-Tech, là où la courte autonomie est moins pénalisante. Un break familial destiné aux gros rouleurs exige une autonomie que les batteries accessibles à moins de 25 000 euros ne permettent pas encore d’offrir sans frustration.
Entre 18 000 et 25 000 euros : le break le moins cher du segment C
Le positionnement tarifaire visé par Dacia est là encore son argument central. Un prix d’entrée autour de 18 000 euros pour la version essence de base, avec un plafond à environ 25 000 euros pour la version hybride E-Tech la mieux équipée, placerait le C-Neo dans une catégorie à part sur son segment. L’Octavia Combi démarre à 29 000 euros, la 308 SW à 32 000 euros, la Golf Variant à 33 000 euros. L’écart est considérable, et Dacia a démontré avec le Duster et le Sandero que les acheteurs européens acceptent un équipement sobre si le rapport espace-prix est honnête.
La cible est clairement définie : les familles nombreuses qui ont besoin de volume et de fiabilité sans disposer du budget pour un break premium, et les gros rouleurs pour qui le coût par kilomètre prime sur la sophistication technologique. Ce profil d’acheteur existe en volume significatif dans tous les marchés européens, y compris en France où le break familial conserve une clientèle fidèle malgré la domination des SUV.
Mondial de Paris 2026 comme scène probable de la présentation officielle
L’intensité des essais routiers observés dans l’Eure, axés selon les informations disponibles sur la fiabilité, le confort sur routes dégradées et la maîtrise du bruit et des vibrations, situe le développement du C-Neo dans sa phase de validation finale. Ces priorités d’essais correspondent typiquement aux 12 à 18 derniers mois avant une mise en production.
Le calendrier pointe vers une présentation officielle au Mondial de l’Automobile de Paris en octobre 2026, événement que le groupe Renault considère comme sa vitrine domestique par excellence. Une commercialisation en fin d’année 2026 ou début 2027 permettrait à Dacia de capitaliser sur l’effet de lancement pendant les mois de forte activité commerciale du printemps 2027.
Si le C-Neo tient ses promesses sur les plans tarifaires et pratiques, il viendrait compléter une gamme Dacia qui a profondément changé de statut en quelques années. Le Duster est devenu une référence de son segment au-delà du seul argument prix. Le Bigster a franchi un cap vers davantage de qualité perçue. Un break C bien exécuté à moins de 25 000 euros pourrait devenir le modèle qui ancre définitivement Dacia comme acteur sérieux du marché familial européen, pas seulement comme alternative bon marché aux grandes marques.
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Les prochaines semaines devraient apporter les premières images officielles et la fiche technique complète. D’ici là, les routes normandes continuent de livrer leurs secrets, mètre par mètre.
