Lancia fait son grand retour en rallye avec Rossel et Gryazin aux commandes

La marque italienne débarque au Monte-Carlo en janvier avec deux Ypsilon Rally2 HF – 50 exemplaires déjà commandés avant même la première course

Lancia remonte sur les rallyes. Trente-cinq ans après avoir quitté le Championnat du monde FIA au début des années 90, la marque italienne légendaire reprend du service avec le Team Lancia Corse HF. Deux pilotes officiels ont été désignés pour ce retour très attendu : le Français Yohan Rossel et le Bulgare Nikolay Gryazin. Ces deux noms résonnent fort dans le paddock WRC2 où ils viennent de briller en 2025.

Le coup d’envoi sera donné lors du mythique Rallye Monte-Carlo, programmé du 22 au 25 janvier 2026. Deux Lancia Ypsilon Rally2 HF Integrale prendront le départ de cette 94ème édition. Un rendez-vous hautement symbolique pour une marque qui a écrit l’histoire de cette épreuve avec treize victoires au compteur. Les aficionados se souviennent encore des exploits de Biasion, Kankkunen ou Auriol au volant des mythiques Delta et Stratos.

Deux pilotes qui montent pour un constructeur qui redescend

Yohan Rossel débarque dans l’équipe avec un statut particulier. Le Français de 30 ans vient de terminer vice-champion du monde WRC2 en 2025 avec son copilote Arnaud Dunand. Presque champion donc, ce qui lui confère une légitimité immédiate. Son palmarès parle pour lui : champion du monde WRC3 en 2021, champion de France en 2019, et une progression constante depuis ses débuts en junior.

Rossel a gravi tous les échelons au volant de voitures du groupe Stellantis, maison mère de Lancia. Cette fidélité depuis le début de carrière facilite évidemment son intégration chez la marque italienne. Il connaît parfaitement les mécaniques et l’approche technique du groupe. Pas besoin de période d’adaptation, il peut attaquer dès les premiers tests.

Le pilote tricolore ne cache pas son enthousiasme. Interrogé sur ce nouvel engagement, il lâche : « En découvrant le pedigree de Lancia et en écoutant Miki Biasion, qui compare Lancia à Ferrari, on comprend immédiatement que c’est une marque qui impose le respect. » Cette référence à la Scuderia montre l’aura que conserve Lancia dans l’imaginaire des passionnés malgré trois décennies d’absence.

Nikolay Gryazin complète le tableau avec un profil différent mais tout aussi solide. Le Bulgare de 28 ans arrive auréolé du titre de champion du monde WRC2 Challenger 2025. Avec son copilote Konstantin Aleksandrov, il a dominé cette catégorie réservée aux pilotes non prioritaires dans le championnat général. Ses six victoires lors de la saison 2024 prouvent qu’il sait gagner régulièrement.

Gryazin possède aussi une belle expérience internationale avec notamment un titre junior en ERC (European Rally Championship) en 2018 et un championnat de Lettonie en 2020. Sa capacité à dompter toutes les surfaces, de l’asphalte aux graviers en passant par la neige, en fait un atout précieux pour Lancia qui veut briller sur l’ensemble du calendrier mondial.

Une structure professionnelle derrière le volant

Lancia ne s’improvise pas team officiel du jour au lendemain. La marque s’appuie sur PH Sport pour l’exploitation technique et logistique. Cette structure expérimentée connaît parfaitement les rouages du WRC et apporte son savoir-faire éprouvé. Les partenaires Yacco pour les lubrifiants et Sparco pour les équipements complètent le dispositif.

À la tête du team, Didier Clément occupe le poste stratégique de team principal. Cet ancien pilote devenu manager possède une longue expérience du rallye français et international. Il explique le choix de ces deux équipages : « Nos deux équipages sont aussi complets que complémentaires. Yohan et Arnaud incarnent la fidélité et la continuité dans la performance. »

Cette structure bicéphale permet à Lancia de multiplier les chances de résultats tout en développant rapidement la nouvelle Ypsilon Rally2. Deux pilotes rapides qui partagent leurs données télémétriques, comparent leurs réglages et poussent la voiture dans ses retranchements : l’évolution technique s’en trouve accélérée.

Une Ypsilon Rally2 déjà très demandée

Le buzz autour du retour de Lancia ne relève pas du simple marketing. Près de cinquante Ypsilon Rally2 HF Integrale ont déjà été commandées avant même que la voiture n’ait disputé sa première course officielle. Des teams privés du monde entier veulent aligner la nouvelle italienne dans leurs championnats nationaux ou internationaux.

Cette demande précoce valide les choix techniques effectués lors du développement. La Rally2 s’insère dans une catégorie ultra-concurrentielle où dominent actuellement les Skoda Fabia, Ford Fiesta, Hyundai i20 et autres Citroën C3. Percer dans ce milieu exige une voiture performante, fiable et abordable à l’exploitation.

Lancia positionne cette Ypsilon Rally2 comme la dernière marche d’une gamme complète permettant aux jeunes talents de progresser. Du niveau régional jusqu’au championnat du monde, la marque veut accompagner les pilotes à chaque étape de leur carrière. Cette approche globale facilite la détection et la formation des futurs champions.

L’héritage écrasant des années glorieuses

Revenir en rallye quand on s’appelle Lancia impose une pression particulière. Cette marque a écrit certaines des plus belles pages de l’histoire du rallye mondial. Onze titres constructeurs au compteur, des victoires par dizaines avec des voitures devenues cultes : Stratos, 037, Delta Integrale. Ces noms résonnent encore dans toutes les conversations de passionnés.

Le Monte-Carlo choisi pour ce retour n’est pas anodin. Avec treize victoires sur cette épreuve mythique, Lancia y possède un palmarès éblouissant. Retrouver les routes enneigées de la principauté trente-cinq ans après le départ ravive forcément des souvenirs chez les anciens. Beaucoup espèrent voir renaitre la magie des hivers 80 où les Delta rouges dominaient les spéciales glacées.

Roberta Zerbi, patronne de Lancia, mesure parfaitement l’enjeu : « Le retour de Lancia dans le rallye mondial est une étape importante que nous abordons avec un profond sens des responsabilités. » Cette phrase traduit l’humilité nécessaire face à un héritage aussi lourd. Personne ne s’attend à voir Lancia dominer immédiatement comme dans les années 80, mais tous espèrent des résultats honorables rapidement.

Des ambitions affichées sans complexe

Malgré ce poids de l’histoire, Lancia ne vient pas en touriste. Les deux pilotes recrutés visent clairement les victoires et les podiums dès cette première saison 2026. Nikolay Gryazin l’assume : « Avec l’équipe, nous partageons la même ambition : nous battre aux avant-postes, continuer à nous améliorer chaque jour et ramener ce nom légendaire à la place qui lui revient. »

Yohan Rossel abonde dans ce sens avec son objectif final clairement énoncé : « gagner ». Pas « bien figurer » ou « accumuler de l’expérience », non, gagner tout court. Cette mentalité de conquérant plaît forcément chez Lancia qui n’a jamais été une marque de second plan quand elle courait.

Le WRC2 offre un terrain de jeu moins exposé médiatiquement que le WRC tout court, mais tout aussi relevé techniquement. Les meilleurs pilotes s’y affrontent avec des voitures préparées au millimètre. Certains champions WRC2 finissent d’ailleurs régulièrement devant des pilotes WRC lors des rallyes. Le niveau ne souffre aucune faiblesse.

Monte-Carlo comme baptême du feu

Le choix du Monte-Carlo pour démarrer constitue un pari audacieux. Cette épreuve figure parmi les plus difficiles du calendrier avec ses conditions changeantes, ses pièges permanents et son imprévisibilité légendaire. Neige, verglas, asphalte sec ou mouillé : tout peut arriver sur les mêmes spéciales selon l’altitude et l’heure de passage.

Pour une équipe toute neuve qui découvre sa voiture en conditions réelles, affronter d’emblée le Monte relève du défi. Aucune marge d’erreur n’est permise. Une sortie de route dans un virage glacé et c’est le rallye terminé avant même d’avoir vraiment commencé. La pression sera énorme sur les épaules de Rossel et Gryazin.

Mais cette difficulté possède aussi son revers positif. Réussir un bon résultat au Monte-Carlo marque immédiatement les esprits. Terminer dans le top 5 voire sur le podium lors de cette première sortie officielle enverrait un message puissant à tous les observateurs du WRC. Le monde entier comprendrait que Lancia revient pour jouer les premiers rôles, pas pour faire de la figuration.

L’horizon 2026 et au-delà

Cette saison 2026 servira surtout à roder le dispositif. Développer les réglages de l’Ypsilon Rally2, affiner les stratégies, construire la cohésion d’équipe, accumuler les kilomètres en compétition : autant d’objectifs concrets qui prendront du temps. Rome ne s’est pas faite en un jour, et un team de rallye compétitif non plus.

Les vraies ambitions de titres mondiaux se dessineront probablement pour 2027 et au-delà. D’ici là, Lancia aura capitalisé une année complète d’expérience, corrigé les inévitables bugs de jeunesse et peut-être recruté un troisième pilote pour certains rallyes. La montée en puissance progressive semble l’approche la plus sage.

L’engouement commercial autour de la voiture laisse présager un avenir radieux pour le programme. Avec cinquante exemplaires déjà commandés, Lancia dispose d’une base solide de teams clients qui feront remonter des informations précieuses sur la fiabilité et les performances. Cette flotte élargie permettra de tester des solutions techniques variées dans des conditions très différentes.

Le retour de Lancia en rallye ne passera donc pas inaperçu. Entre nostalgie des anciens et curiosité des jeunes générations, la marque italienne suscite un intérêt rare pour une équipe néophyte. Rendez-vous fin janvier dans les Alpes pour voir si cette Ypsilon Rally2 peut déjà chatouiller les références établies. Une chose est sûre : tous les regards seront braqués sur ces deux voitures rouges qui vont réveiller des souvenirs enfouis depuis trop longtemps.

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Faris Bouchaala
Faris Bouchaala
Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.
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