Coup de tonnerre à Bruxelles : la Commission européenne a annoncé ce mardi 16 décembre un assouplissement majeur de la réglementation CO2 pour les voitures neuves. Au lieu d’une réduction de 100 % des émissions à partir de 2035 (équivalent à une interdiction totale des moteurs thermiques), l’objectif passe à 90 %.
Les constructeurs pourront ainsi continuer à vendre une part limitée de véhicules hybrides, hybrides rechargeables, à prolongateur d’autonomie ou même thermiques purs, à condition de compenser les émissions restantes via des carburants synthétiques (e-fuels), biocarburants ou acier bas carbone européen.
Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission en charge de l’industrie, défend une approche « pragmatique » : « L’objectif reste le même, les flexibilités sont des réalités au vu de l’adhésion des consommateurs et des difficultés des constructeurs à proposer du 100 % électrique pour 2035. »
Un revirement sous pression de l’industrie et de plusieurs États
Adoptée en 2023, l’interdiction pure et simple des ventes de voitures neuves essence, diesel et hybrides dès 2035 était une mesure phare du Pacte vert européen, censée accélérer la transition vers la neutralité carbone en 2050. Mais face à la crise profonde du secteur automobile européen – ventes en berne, concurrence chinoise féroce, retards dans l’électrique –, Bruxelles cède.
L’Allemagne, soutenue par l’Italie et la Pologne, a mené la charge pour cette « neutralité technologique ». Berlin craignait pour ses géants (Volkswagen, BMW, Mercedes) et leurs emplois. La France et l’Espagne, en revanche, plaidaient pour maintenir le cap, arguant que l’assouplissement fragiliserait les investissements massifs déjà engagés dans l’électrique et les batteries.
L’ONG Transport & Environment (T&E) dénonce une « erreur stratégique » qui creuserait le retard européen face à la Chine.
Les détails des flexibilités accordées
À partir de 2035, les flottes des constructeurs devront réduire leurs émissions moyennes de 90 % par rapport à 2021. Les 10 % restants pourront provenir de :
- Hybrides rechargeables (PHEV)
- Véhicules à prolongateur d’autonomie (range extenders)
- Hybrides légers (mild hybrids)
- Moteurs thermiques purs fonctionnant à des carburants « neutres en CO2 » (e-fuels ou biocarburants avancés)
Ces émissions résiduelles devront être compensées upstream (production d’acier vert européen, carburants synthétiques). Les super-crédits pour petits véhicules électriques abordables made in Europe sont maintenus pour encourager l’offre low-cost.
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La Commission prévoit que les non-électriques représenteront 30 à 35 % des ventes en 2035.
Un plan de soutien massif à l’industrie européenne
En parallèle, Bruxelles débloque 1,5 milliard d’euros de prêts à taux zéro pour la production européenne de batteries. Autres mesures :
- Objectifs nationaux pour verdir les flottes d’entreprise (60 % des ventes neuves)
- Soutien au développement de petits VE abordables
- « Préférence européenne » : obligations de contenus locaux dans les chaînes de valeur (batteries, acier, composants)
Ces annonces visent à relancer la compétitivité face à la Chine et aux États-Unis.
Réactions contrastées dans le secteur
Les constructeurs allemands saluent une « victoire pragmatique ». Chez Stellantis ou Renault, on reste prudent : l’assouplissement pourrait diluer les efforts d’électrification. Les écologistes, eux, parlent de « recul climatique ».
Pour les consommateurs, c’est une bonne nouvelle à court terme : plus de choix, potentiellement des hybrides plus accessibles. Mais à long terme, cela pourrait ralentir la baisse des prix des VE et l’expansion du réseau de recharge.
Vers un nouveau paysage automobile européen
Ce revirement marque un tournant pour le Pacte vert : pragmatisme économique face à l’idéal climatique. L’UE maintient son cap zéro émission nette, mais ouvre la porte aux technologies alternatives. Les constructeurs gagnent du temps, mais devront investir massivement dans les e-fuels – coûteux et encore marginaux.
En 2026, une revue complète de la réglementation est prévue. D’ici là, ce compromis fragile devra prouver son efficacité pour sauver l’industrie auto européenne sans compromettre les objectifs climatiques.

