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jeudi 1 janvier 2026
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    Pourquoi les constructeurs abandonnent Apple CarPlay et Android Auto ?

    Vous avez peut-être grimacé en apprenant que General Motors vire Apple CarPlay et Android Auto de ses nouveaux modèles – EV comme thermiques – dès 2028. Cette décision, annoncée par la CEO Mary Barra dans un podcast The Verge, n’est pas un coup de tête : c’est le symptôme d’un raz-de-marée dans l’industrie.

    Tesla n’a jamais cédé, Rivian suit la voie, BMW restreint l’accès, et même Ford hésite sur CarPlay Ultra. Après 10 ans de règne absolu (80 % des acheteurs US refusent une voiture sans, per JD Power), ces systèmes de projection smartphone voient leur empire craquer. Pourquoi ? Pas par caprice anti-Apple ou anti-Google, mais pour une raison simple et impitoyable : les données. Chaque trajet est une mine d’or – habitudes de conduite, destinations, musique – et les constructeurs veulent tout garder pour eux. Plongeons dans cette guerre invisible qui redessine l’infotainment automobile.

    La bataille invisible pour vos données personnelles

    Chaque kilomètre parcouru génère un torrent de données : vos trajets quotidiens, vos accélérations brusques, vos pauses café préférées, vos playlists Spotify. Avec CarPlay ou Android Auto, ce sont Apple et Google qui raflent la mise : géolocalisation, vitesse, freinages – tout file vers Cupertino ou Mountain View, sans que les constructeurs y aient accès direct. Pour GM, c’est intenable : « Les clients se plaignent des transitions clunky entre CarPlay et notre interface native », explique Barra, mais le vrai enjeu ? « Affamés d’insights sur l’utilisation réelle de nos véhicules », comme l’admettent les analystes. Sans ces données, pas d’améliorations ciblées : optimisation batterie EV, prédiction pannes, personnalisation services. GM vise 20-25 milliards de dollars/an d’ici 2030 via abonnements in-car (Spotify intégré, Audible, etc.), sans intermédiaire.

    Le scandale OnStar de GM illustre les pièges : en 2024, l’app Smart Driver a partagé (sans consentement clair) des données de conduite à LexisNexis et Verisk, gonflant les primes d’assurance de milliers de clients. Résultat : 25+ class actions, enquête FTC, et interdiction de vente de données pendant 5 ans. Aujourd’hui, les constructeurs préfèrent leurs systèmes natifs : contrôle total des données pour R&D, garanties, et monétisation indirecte (abonnements, pubs ciblées).

    ConstructeurStratégieApple CarPlaySystème propriétaire
    Tesla100% propriétaireNonInterface Tesla complète
    RivianDéveloppement interneNonÉcosystème intégré (AI-driven)
    General MotorsAndroid AutomotiveAbandon progressifInterface GM sur base Google
    BMWSélectifRestreintiDrive avec Android Automotive

    Android Automotive : le compromis technique qui change la donne

    Les constructeurs ne jettent pas le bébé avec l’eau du bain : ils pivotent vers Android Automotive OS, un système natif Google (pas une simple projection comme Android Auto). Volvo, Polestar, Ford, Honda, Renault, et maintenant GM l’adoptent : Maps natif, Assistant vocal, Play Store intégré, sans smartphone. Avantages : planification EV (recharge prédictive), ADAS fusionnés (niveau 3), personnalisation marque (iDrive BMW dessus). GM : « Moins clunky, plus seamless. » Mais GM interdit même les kits tiers CarPlay chez les concessionnaires, invoquant « risques sécurité ».

    Les leçons contrastées de Tesla et Rivian

    Tesla n’a jamais fléchi : son infotainment propriétaire (OTA, Netflix, Sentry Mode) collecte 100 % des données, boostant l’IA Autopilot. Rivian suit : « Notre logiciel est le cœur de l’expérience », dit Wassym Bensaid, head software. Pas de CarPlay, mais un système Android Automotive custom (Maps Google, YouTube, Cast) qui excelle en EV (gestion batterie temps réel). Fans : « Mieux que CarPlay pour l’intégration. » Critiques : « Manque Waze, Siri. » Kits aftermarket (EV Play, 400 $) comblent le vide.

    L’échec de la monétisation directe des données

    L’euphorie data des années 2010 a tourné court. GM visait des milliards via partenariats assureurs, mais OnStar Smart Driver a foiré : données vendues à LexisNexis sans consentement clair, primes gonflées, scandale NYT 2024. Résultat : 25+ class actions, FTC sanctionne 5 ans sans vente data. Aujourd’hui, focus interne : R&D, garanties, services (pas pubs directes).

    La riposte d’Apple et Google face aux défections

    Apple contre-attaque avec CarPlay Ultra (lancé mai 2025) : contrôle total (climat, sièges, HUD, gauges), sur Aston Martin DB12/Vantage (250 000 $). Hyundai/Kia/Genesis suivent (2026), Porsche hésite. Google pousse Android Automotive : Volvo, Polestar, Ford, Renault l’adoptent pour Maps natif et ADAS intégrés. Partage data ? « Arrangements » discrets, mais flou.

    Les constructeurs reprennent la main, au risque de froisser les fans

    Fin d’une ère pour CarPlay/Auto : données en jeu, systèmes natifs montent (Android Automotive lead). GM/Tesla/Rivian pionniers, mais backlash consommateur (80 % veulent CarPlay). Ultra et Automotive répondent, mais équilibre fragile.

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    Faris Bouchaala
    Faris Bouchaala
    Journaliste Automobile - Rédacteur en Chef Adjoint
    Grand passionné d’automobile depuis mon enfance, mon objectif au quotidien était de trouver le moyen d'arracher le volant à mon père. Très peu de gens ont la possibilité de transformer leur passion en une carrière, et il se trouve que je suis l'un de ces quelques privilégiés. J’ai rejoint la presse spécialisée en 2010, après un parcours totalement loin du domaine, car au final c’est la passion qui l’emporte.

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