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vendredi 2 janvier 2026
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    Renault enterre Mobilize : Fin du partage auto et des microcitadines, un aveu d’échec pour la mobilité du futur ?

    C’est un aveu d’échec retentissant pour Renault. À peine quatre ans après son lancement en fanfare, la marque Mobilize – ce laboratoire d’idées censé révolutionner la mobilité chez le losange – est en train d’être dépecée.

    Car-sharing stoppé net, production de la microcitadine Duo abandonnée, et ambitions en bornes de recharge rabotées de moitié : le groupe français, sous la houlette de son nouveau PDG François Provost, choisit la rentabilité pure et dure face à un marché automobile en pleine tempête. Un signal d’alarme pour toute l’industrie, qui rêvait encore hier de transformer les services de mobilité en vaches à lait.

    Mobilize, le Grand Espoir de Luca de Meo, Jeté aux Ordures

    Rappelons le contexte : en 2021, Luca de Meo, alors aux commandes de Renault, avait misé gros sur la diversification. Mobilize naissait comme une entité à part entière, dédiée aux « solutions de mobilité innovantes » : partage de voitures électriques, abonnements flexibles, gestion de données utilisateurs, et même des véhicules spéciaux pour les flottes pros ou les livraisons du dernier kilomètre. Parmi les stars du catalogue : Zity, le service de car-sharing 100 % électrique lancé à Paris, Lyon, Madrid et Milan ; ou la Duo, cette quadricycle électrique low-cost (à 9 990 €) qui devait succéder à la mythique Twizy et envahir les rues urbaines dès 2023. Production lancée en avril dernier à Dieppe, après deux ans de retard – déjà un signe avant-coureur.

    Mais aujourd’hui, tout s’effondre. Renault annonce la fermeture immédiate des services Zity à Milan et Madrid (progressive pour la capitale espagnole en 2026), l’arrêt pur et simple de la Duo, et une réduction drastique des projets de bornes rapides : exit les 650 stations européennes visées pour 2028, place à seulement 100 en France et un peu plus en Italie d’ici fin 2026. Les activités « énergie et données » survivent, mais absorbées dans le cœur du groupe, sous la responsabilité de Fabrice Cambolive, le Chief Growth Officer. Quant à Mobilize Beyond Automotive, l’entité dédiée aux services hors véhicules ? Elle disparaît en tant que telle, avec 80 suppressions de postes sur 450 – des départs volontaires et reclassements internes pour limiter la casse sociale.

    « Nous ajustons l’allocation de capital de Renault dans un environnement industriel difficile, avec de nombreux investissements à financer », justifie Jérôme Faton, patron de l’énergie chez Mobilize. Traduction : les paris sur la mobilité « du futur » n’ont pas tenu leurs promesses de rentabilité. Zity, par exemple, n’a généré que 12 millions d’euros de CA en 2022, loin des rêves de disruption à la Uber.

    Un Raz-de-Marée qui Engloutit Toute l’Industrie

    Renault n’est pas seul dans ce naufrage. L’euphorie post-pandémie pour les services de mobilité – boostée par les investisseurs tech et les objectifs carbone zéro – s’essouffle face à la réalité économique. PSA (désormais Stellantis) a déjà sabré ses ambitions Free2Move, Fiat Chrysler a rangé au placard ses projets de flotte partagée, et même Volkswagen, avec MOIA, peine à rentabiliser ses navettes autonomes. « Les automakers pensaient que le car-sharing remplacerait les ventes de voitures, mais les marges sont trop fines, la concurrence des apps comme BlaBlaCar trop féroce, et les coûts d’infrastructure prohibitifs », analyse un expert de l’Ademe.

    En France, où l’État pousse l’autopartage avec son objectif de 70 000 véhicules d’ici 2031 (comme annoncé la semaine dernière par Philippe Tabarot), cette décision tombe comme un cheveu sur la soupe. Renault, qui avait promis de contribuer via Mobilize, laisse un vide béant. Et la Duo ? Cette microcitadine qui devait démocratiser l’électrique urbain (autonomie 150 km, prix mini, zéro émission) rejoint le cimetière des concepts avortés, aux côtés de la limousine EZ Ultimo pour taxis, abandonnée en 2023.

    Renault Sauve les Meubles… Mais à Quel Prix ?

    Du côté de Boulogne-Billancourt, on met en avant les « priorités stratégiques » : focus sur les ventes de véhicules (qui représentent 90 % du CA du groupe), l’électrification core business (comme la future R5 E-Tech), et les partenariats solides comme Ampere ou Horse. Les bornes rapides survivantes – via Charge Pass, avec accès à un million de points en Europe et 90 000 utilisateurs – seront intégrées aux offres commerciales, pour booster les ventes de Mégane E-Tech ou de Scenic Vision.

    Mais ce recentrage sent le aveu d’impuissance. Sous François Provost, arrivé en juillet pour stabiliser le géant tricolore après les turbulences de De Meo, Renault opte pour la prudence : moins d’aventures, plus de cash-flow. Avec un marché EV en berne (ventes en baisse de 15 % en Europe en 2025) et la concurrence chinoise qui talonne, le groupe mise sur ses forces : Dacia low-cost et Alpine performance. Reste que sacrifier Mobilize, c’est aussi renoncer à une partie de son ADN innovant – celui qui avait fait de Renault un pionnier du ZOE ou du Kangoo E-Tech.

    Et les Consommateurs dans Tout Ça ?

    Pour les utilisateurs de Zity, c’est la douche froide : fini les Renault 5 ou Twingo électriques à 0,20 €/km en libre-service. À Madrid ou Milan, les abonnés devront se tourner vers Share Now ou des opérateurs locaux. Et pour la Duo, qui devait concurrencer la Citroën Ami à prix cassé, c’est un crève-cœur : une usine de Dieppe qui tourne au ralenti, et des milliers de conducteurs urbains qui attendent toujours une alternative abordable à la trottinette ou au Vélib’.

    Cette décision de Renault pourrait accélérer une réflexion collective : la mobilité du futur, c’est bien l’hybride public-privé, avec des subventions massives et des partenariats solides. Sinon, comme le montre Mobilize, les beaux rêves finissent en épave.

    Reste à voir si ce virage « profits first » relancera vraiment Renault en 2026. Ou s’il n’est que le premier d’une série de reculs face à la vague électrique chinoise. Une chose est sûre : l’industrie auto n’a plus les moyens de jouer les pionniers pour rien. Suivez l’actualité pour les prochains rebondissements – chez le losange, ça sent la crise.

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    Faris Bouchaala
    Faris Bouchaala
    Journaliste Automobile - Rédacteur en Chef Adjoint
    Grand passionné d’automobile depuis mon enfance, mon objectif au quotidien était de trouver le moyen d'arracher le volant à mon père. Très peu de gens ont la possibilité de transformer leur passion en une carrière, et il se trouve que je suis l'un de ces quelques privilégiés. J’ai rejoint la presse spécialisée en 2010, après un parcours totalement loin du domaine, car au final c’est la passion qui l’emporte.

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