Et si Carlos Ghosn reprenait les rênes de Renault ? Une hypothèse audacieuse pour un groupe en transition

L’annonce récente du départ de Luca de Meo, PDG du Groupe Renault, pour rejoindre Kering a secoué l’industrie automobile. Alors que le constructeur français cherche un nouveau leader pour poursuivre sa « Renaulution », une hypothèse improbable mais fascinante émerge : et si Carlos Ghosn, l’ancien patron emblématique de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, faisait un retour spectaculaire à la tête de Renault ?

Bien que cette idée relève davantage de la spéculation que de la réalité, elle mérite d’être explorée tant Ghosn a marqué l’histoire du groupe. Voici une réflexion sur ce que pourrait signifier un tel comeback pour Renault, dans un contexte de défis et d’opportunités.

Carlos Ghosn : une figure controversée mais visionnaire

Carlos Ghosn, aujourd’hui âgé de 71 ans, reste une figure polarisante. De 1999 à 2018, il a transformé Renault d’un constructeur en difficulté en un acteur mondial grâce à son audacieuse alliance avec Nissan, puis Mitsubishi. Surnommé « Cost Killer » pour ses restructurations rigoureuses, il a également été salué pour sa vision stratégique, notamment en misant tôt sur l’électrique avec la Nissan Leaf et la Renault Zoe. Cependant, son arrestation au Japon en 2018 pour des accusations de malversations financières, suivies de sa fuite rocambolesque vers le Liban en 2019, a terni son image. Exilé à Beyrouth, Ghosn clame son innocence, dénonçant un « complot » orchestré par Nissan et les autorités japonaises.

Un retour de Ghosn à Renault semblerait, à première vue, irréalisable. Les tensions avec l’État français, actionnaire à 15 % du groupe, et les séquelles de l’affaire japonaise constituent des obstacles majeurs. Pourtant, son expertise et son charisme pourraient séduire certains investisseurs et nostalgiques de l’époque où Renault dominait les marchés émergents. « Ghosn a une aura unique. Il sait redresser des entreprises en crise », note Philippe Houchois, analyste chez Jefferies, tout en ajoutant : « Mais son passé judiciaire rendrait ce scénario hautement improbable. »

Renault à la croisée des chemins

Renault traverse une période de transition délicate. Sous la direction de Luca de Meo, le groupe a retrouvé une certaine stabilité, avec un retour à la rentabilité en 2023 et des lancements réussis comme la Renault 5 E-Tech. Le plan « Futurama », dévoilé le 12 juin 2025, vise à accélérer l’électrification, diversifier les activités vers la défense et renforcer l’Alliance avec Nissan et Mitsubishi. Mais le départ soudain de de Meo, combiné à la concurrence accrue de constructeurs chinois comme BYD et à une demande électrique fluctuante, place Renault sous pression. Le cours de l’action a chuté de 8 % à l’annonce de son départ, reflétant l’incertitude des investisseurs.

Un retour de Ghosn pourrait, en théorie, apporter une solution radicale. Son expérience dans la gestion d’alliances complexes serait un atout pour revitaliser les relations avec Nissan, fragilisées depuis 2018. Sa connaissance des marchés émergents, notamment en Afrique et en Amérique latine, pourrait accélérer l’expansion de Dacia et de la nouvelle Twingo électrique, prévue pour 2026 à 15 000 €. De plus, son audace stratégique pourrait relancer des projets ambitieux, comme une offensive dans les SUV hybrides rechargeables, un segment où Renault accuse du retard face à Toyota et Stellantis.

Les défis d’un retour improbable

Malgré ces atouts, les obstacles à un retour de Ghosn sont immenses. Outre les questions judiciaires – il reste sous mandat d’arrêt international émis par le Japon –, son style de management autoritaire et son salaire controversé (7,6 millions € en 2016) avaient suscité des critiques en France. L’État, représenté par Bercy, privilégierait un profil moins clivant, comme un dirigeant interne ou un cadre expérimenté d’un autre constructeur, à l’image de Thierry Bolloré, ex-Renault, ou de Linda Jackson, ex-Stellantis. « Ghosn est radioactif politiquement », résume un ancien cadre de Renault sous couvert d’anonymat.

De plus, le Renault de 2025 n’est plus celui de 1999. La transition vers l’électrique et la digitalisation exige une expertise en logiciels et en batteries, domaines où Ghosn n’a pas opéré récemment. Ses détracteurs soulignent également son manque d’engagement sur la durabilité, un enjeu central pour Renault, qui vise la neutralité carbone en Europe d’ici 2040. Enfin, sa réputation auprès des salariés, marquée par des plans de restructuration massifs, pourrait compliquer son retour dans un contexte social tendu.

Une leçon pour l’avenir de Renault

Si un retour de Ghosn reste une chimère, cette hypothèse invite à réfléchir aux qualités dont Renault a besoin pour son prochain PDG. Le groupe requiert un leader capable de fédérer l’Alliance, d’accélérer l’innovation électrique et de naviguer dans un marché volatil. Jean-Dominique Senard, président de Renault, a promis une nomination rapide, probablement avant l’automne, pour maintenir la dynamique de « Futurama ».

L’héritage de Ghosn, malgré ses controverses, rappelle l’importance d’une vision audacieuse. Un nouveau PDG devra allier rigueur financière, innovation technologique et sensibilité aux attentes sociétales pour faire de Renault un leader de la mobilité durable. En attendant, l’idée d’un retour de Ghosn, aussi improbable soit-elle, continue de captiver les imaginations, témoignant de l’empreinte indélébile qu’il a laissée sur le constructeur au losange.

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Faris Bouchaala
Faris Bouchaala
Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.
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