La firme turinoise disparue en 1934 renaîtra en 2026 – Espoirs et craintes autour d’un patrimoine automobile glorieux
DR Automobiles vient d’annoncer l’acquisition d’Itala, marque automobile italienne historique fondée à Turin en 1903 par Matteo Ceirano. Cette firme spécialisée dans les voitures de sport et de luxe a marqué l’âge d’or de l’automobile italienne avant de faire faillite en 1934, victime de la Grande Dépression. Quatre-vingt-douze ans après sa disparition, Itala s’apprête à renaître sous l’égide de DR Automobiles en 2026.
Cette résurrection suscite autant d’espoir que d’inquiétude chez les passionnés d’histoire automobile. Itala représente l’un des chapitres les plus glorieux du patrimoine sportif et industriel italien. La marque fut considérée un temps comme « l’autre Fiat », rivalisant avec le géant turinois sur les circuits et dans les salons huppés du début du XXe siècle.
Une légende oubliée de l’automobile italienne
Fondée en 1903 par Matteo Ceirano, entrepreneur automobile prolifique qui créa plusieurs marques italiennes, Itala s’impose rapidement parmi les constructeurs de prestige. La firme turinoise se forge une réputation d’excellence technique et de performances sportives qui la placent au niveau des meilleures marques européennes de l’époque.
Les voitures Itala brillent sur tous les circuits européens au début du XXe siècle. Elles remportent courses et rallyes grâce à des mécaniques fiables et puissantes qui rivalisent avec les meilleures productions françaises, allemandes et britanniques. Cette domination sportive assoit la notoriété de la marque auprès d’une clientèle fortunée en quête de vitesse et d’exclusivité.
Les modèles de luxe Itala équipent les garages des aristocrates, industriels et personnalités européennes. Ces automobiles raffinées combinent élégance des lignes, richesse des matériaux et innovations techniques. Itala incarne pendant trois décennies le summum du savoir-faire automobile italien avant que la crise économique mondiale ne la précipite vers la faillite en 1934.
Depuis cette disparition, Itala a sombré dans l’oubli du grand public. Seuls les historiens de l’automobile et collectionneurs avertis connaissent encore cette marque qui fut pourtant aussi prestigieuse que Fiat, Lancia ou Alfa Romeo à son apogée. Cette renaissance annoncée par DR Automobiles pourrait redonner vie à ce patrimoine enfoui.
DR Automobiles, spécialiste du rebadging chinois
L’enthousiasme suscité par cette annonce se heurte rapidement à la réalité du modèle économique de DR Automobiles. Ce groupe italien fondé en 2006 s’est spécialisé dans l’importation et la commercialisation de véhicules chinois rebadgés sous des marques italiennes. Une stratégie commerciale qui fonctionne mais qui soulève des questions légitimes sur le devenir d’Itala.
DR Automobiles commercialise actuellement des SUV et citadines fabriqués en Chine par Chery et JAC, vendus en Italie sous les marques DR et EVO. Ces véhicules chinois arborent des badges italiens et bénéficient d’un marketing qui met en avant leurs « racines » transalpines. Une pratique légale mais trompeuse qui masque l’origine asiatique réelle des véhicules.
Le groupe a connu un certain succès commercial en Italie grâce à des prix agressifs et une distribution efficace. Mais sa réputation reste sulfureuse auprès des puristes qui dénoncent cette imposture automobile. Faire passer des SUV chinois pour des créations italiennes heurte les défenseurs du patrimoine et de l’authenticité.
Cette stratégie appliquée à Itala ferait hurler les passionnés. Imaginer des SUV électriques chinois rebadgés Itala vendus comme héritiers des glorieuses voitures de sport turinoises relèverait de la profanation industrielle. Le risque de voir ce scénario cauchemardesque se réaliser plane malheureusement au-dessus de cette annonce.
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Les scénarios possibles pour le retour d’Itala
DR Automobiles reste muet sur ses intentions précises concernant Itala. Cette opacité volontaire alimente toutes les spéculations et fantasmes autour de ce retour annoncé. Plusieurs scénarios se dessinent, du meilleur au pire.
Le scénario catastrophe verrait Itala devenir une simple marque ombrelle pour du rebadging chinois haut de gamme. DR Automobiles importerait des SUV électriques premium fabriqués par BYD, Nio ou Zeekr, les affublerait d’un badge Itala et les vendrait avec une prime de prix justifiée par « l’héritage sportif italien ». Un détournement de patrimoine qui saborderait définitivement la crédibilité de la résurrection.
Un scénario intermédiaire impliquerait un réel travail de design et d’ingénierie italien sur une base technique chinoise. DR pourrait collaborer avec un studio de design turinois pour créer des carrosseries originales installées sur des plateformes chinoises. Cette approche hybride préserverait une dimension créative italienne tout en capitalisant sur les économies d’échelle asiatiques.
Le scénario idéal consisterait en une renaissance authentique avec des véhicules réellement conçus et fabriqués en Italie. DR Automobiles investirait massivement dans un bureau d’études, recruterait des ingénieurs italiens et assemblerait les Itala dans une usine transalpine. Un pari financier colossal que la taille modeste du groupe rend malheureusement très improbable.
L’écueil de la supercar électrique
Les observateurs redoutent aussi qu’Itala rejoigne la longue liste des marques ressuscitées uniquement pour lancer une énième supercar ou hypercar électrique. Ce segment ultra-saturé accueille chaque année de nouveaux venus qui promettent monts et merveilles avant de disparaître sans avoir produit le moindre véhicule de série.
Rimac, Pininfarina, De Tomaso, Hispano-Suiza : les exemples de marques historiques exhumées pour produire des hypercars électriques hors de prix se multiplient. Ces projets capitalisent sur la nostalgie du nom tout en proposant des voitures qui n’ont plus rien à voir avec l’esprit originel. Une Itala électrique de 2000 chevaux vendue 2 millions d’euros à 50 exemplaires trahirait complètement l’ADN de la marque.
Itala construisait certes des voitures sportives performantes, mais aussi et surtout des automobiles de luxe utilisables quotidiennement par une clientèle aisée. Transformer ce patrimoine en prétexte pour une hypercar de collection collector qui ne roulera jamais manquerait totalement la cible. Le monde automobile n’a pas besoin d’une nouvelle Bugatti ou Koenigsegg de plus.
L’espoir d’un retour cohérent
Malgré ces craintes légitimes, une lueur d’espoir subsiste. DR Automobiles a conscience de la valeur patrimoniale d’Itala et des attentes qu’un tel rachat suscite. Gâcher cette opportunité historique par une exploitation purement mercantile ternirait durablement l’image du groupe. Une approche plus respectueuse du patrimoine servirait mieux ses intérêts à long terme.
Le marché automobile italien reste attaché à ses marques historiques et à leur authenticité. Les clients italiens, parmi les plus exigeants d’Europe, ne pardonneraient pas une trahison flagrante de l’héritage Itala. DR devra donc trouver un équilibre entre rentabilité commerciale et respect de l’ADN de la marque s’il veut réussir ce pari.
La renaissance d’Itala pourrait aussi bénéficier d’un contexte favorable à l’électrification haut de gamme. Le segment des berlines et GT électriques premium reste moins encombré que celui des SUV. Itala pourrait s’y positionner avec des véhicules élégants qui perpétueraient la tradition de luxe et de performance de la marque historique.
L’année 2026 apportera des réponses concrètes aux interrogations actuelles. En attendant, passionnés et historiens retiennent leur souffle face à cette résurrection qui pourrait aussi bien redonner vie à une légende qu’achever de l’enterrer définitivement sous des monceaux de plastique chinois.

