Alfa Romeo rouvre les commandes des Giulia et Stelvio Quadrifoglio : le V6 de 520 chevaux refuse de mourir

Il y a des annonces qui font l’effet d’une gifle salutaire dans un marché automobile de plus en plus standardisé. Alfa Romeo vient d’en produire une. Dès le début du mois de mars 2026, les commandes des Giulia et Stelvio Quadrifoglio rouvrent en Europe.

Les deux modèles resteront en production jusqu’en 2027. Pas de restylage, pas de nouvelle plateforme : les mêmes voitures, le même V6 2.9 litres de 520 chevaux, et une promesse adressée directement aux passionnés qui n’avaient pas eu le temps de passer commande.

Le Quadrifoglio, un siècle d’histoire sur quatre roues

Le trèfle à quatre feuilles n’est pas un détail graphique. Il remonte à 1923, quand le pilote Ugo Sivocci remporta la Targa Florio au volant d’une Alfa Romeo RL arborant ce logo porte-bonheur. Depuis cette date, chaque modèle portant le Quadrifoglio représente le sommet technique et émotionnel de ce que la marque sait produire. La Giulia GTA de 1965, la 155 V6 Ti en Touring Car, la 8C Competizione, puis la Giulia Quadrifoglio lancée en 2016 : autant d’étapes qui ont entretenu une continuité rare dans l’industrie automobile.

La décision de rouvrir les commandes a été annoncée par Santo Ficili, directeur général d’Alfa Romeo, lors du Salon de Bruxelles 2026. Sa déclaration est sans ambiguïté : « Nous rouvrons les commandes des Giulia et Stelvio Quadrifoglio afin de tenir la promesse faite à nos clients les plus attentifs aux performances extrêmes et aux émotions pures qui font partie de l’ADN d’Alfa Romeo. » Ce n’est pas une opération de communication ordinaire. C’est une réponse directe à une demande documentée, émanant d’une clientèle qui considère le Quadrifoglio comme l’un des derniers refuges de la conduite thermique à haute intensité.

520 chevaux, propulsion arrière et arbre de transmission en fibre de carbone

Sur le plan technique, les deux modèles n’ont rien perdu de leur radicalité. Le V6 biturbo de 2.9 litres développe 520 chevaux et s’associe à un différentiel à glissement limité mécanique qui optimise la distribution du couple en virage. La Giulia Quadrifoglio conserve la propulsion arrière, configuration qui exige un engagement du conducteur aujourd’hui devenu rare sur une berline de production. Le Stelvio Quadrifoglio reçoit la transmission intégrale Q4, adaptation nécessaire à la masse et à la géométrie d’un SUV.

La légèreté obsessionnelle qui caractérise ces deux modèles se retrouve dans les choix de matériaux : moteur en aluminium, arbre de transmission en fibre de carbone, capot en fibre de carbone, spoiler, jupes latérales et planche de bord en partie composés du même matériau. Sur la Giulia, le splitter avant en fibre de carbone est actif : il module le flux d’air sous le véhicule selon la vitesse pour améliorer la stabilité sans alourdir la voiture. Le système d’échappement Akrapovič complète l’ensemble avec une signature sonore qui reste l’une des plus identifiables du segment.

Les jantes ultralégères ajourées à cinq trous mesurent 19 pouces sur la Giulia et 21 pouces sur le Stelvio. À l’intérieur, les sièges sport Sparco en cuir et Alcantara avec inserts en fibre de carbone rappellent l’origine compétition de ces modèles. Six teintes sont proposées : Rouge Etna, Vert Montreal, Bleu Misano, Gris Vesuvio, Noir Vulcano et Rouge Alfa.

Un acte de résistance face à l’uniformisation électrique

La réouverture des commandes intervient dans un contexte industriel particulier. Stellantis traverse une période difficile, avec une chute de plus de 30 % en bourse depuis le début de l’année 2026. Alfa Romeo, comme les autres marques du groupe, est engagée dans une transition vers l’électrique qui se traduit déjà par le lancement du Junior Elettrica Veloce. Mais la marque refuse de sacrifier ses modèles thermiques iconiques avant terme, et la décision de prolonger la production de la Giulia et du Stelvio jusqu’en 2027 confirme cette ligne.

C’est un choix économiquement défendable. Une berline à 520 chevaux et un SUV à l’avenant génèrent des marges unitaires que les volumes d’entrée de gamme n’atteignent pas. La clientèle Quadrifoglio accepte un prix élevé en échange d’une expérience de conduite que les équivalents électriques ne reproduisent pas encore. Le couple instantané de l’électrique ne remplace pas le son du V6 Alfa à 6 500 tr/min, ni la progressivité d’une propulsion arrière bien dosée.

Un segment qui se vide, une offre qui résiste

Le créneau des berlines et SUV sportifs thermiques à moteur atmosphérique ou biturbo de grande cylindrée se réduit rapidement. BMW retire progressivement certaines M, Mercedes affine sa gamme AMG vers l’hybride, Jaguar a définitivement arrêté son V8. Dans ce paysage, la Giulia Quadrifoglio et le Stelvio Quadrifoglio occupent une position de plus en plus isolée, ce qui renforce paradoxalement leur attrait.

La concurrence directe se résume à peu de modèles : la BMW M3 et le M3 Touring, la Mercedes-AMG C 63 désormais hybride rechargeable, et le Maserati Ghibli Trofeo qui partage certaines composantes avec la Giulia. Aucun de ces modèles ne propose exactement la même combinaison de légèreté relative, de propulsion pure et de moteur atmosphérique biturbo à disposition transversale avant que la Giulia Quadrifoglio a su imposer comme étalon depuis 2016.

Jusqu’en 2027, pas au-delà

La production s’arrêtera en 2027. Alfa Romeo ne s’en cache pas. Ce qui viendra ensuite n’a pas encore été officiellement précisé, mais les signaux pointent vers des architectures électrifiées pour les futurs modèles du segment. La réouverture des commandes prend donc une dimension supplémentaire pour les acheteurs potentiels : c’est probablement la dernière occasion de choisir une Giulia ou un Stelvio Quadrifoglio neuf, avec la garantie constructeur et la chaîne d’approvisionnement intacte qui l’accompagnent.

Santo Ficili l’a formulé avec netteté : « Le Quadrifoglio est l’expression la plus authentique de la sportivité Alfa Romeo. Nous sommes convaincus qu’il continuera d’inspirer notre avenir. » Une formule qui laisse entendre que l’esprit du Quadrifoglio survivra à la fin de la production thermique, quelle que soit la motorisation qui prendra le relais. Ce que sera cet avenir, personne chez Alfa Romeo ne le dit encore. Mais pour les amateurs du V6 de 520 chevaux, la fenêtre est ouverte. Elle ne le restera pas longtemps.

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Faris Bouchaala
Faris Bouchaala
Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.
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