Depuis 1998, Hyundai investit dans la pile à combustible hydrogène. Une constance rarissime dans l’automobile. Du ix35 Fuel Cell, premier véhicule à hydrogène produit en série en 2013, au NEXO 2026 affichant 826 km d’autonomie, le constructeur coréen trace sa route malgré un écosystème d’infrastructures inexistant. Retour sur trois décennies d’obstination technologique.
Presque personne n’y croyait fin des années 1990. L’industrie automobile parlait déjà d’électrique à batterie, de diesel propre, d’hybrides. Hyundai développait dans l’ombre son premier prototype de pile à combustible. Trois décennies plus tard, le pari tient toujours.
La vision reste simple : produire de l’électricité à bord grâce à une réaction chimique entre l’hydrogène stocké et l’oxygène ambiant. Zéro émission à l’échappement, seule de l’eau s’échappe. Un concept séduisant sur le papier, complexe dans la réalité industrielle.
2013 : le ix35 Fuel Cell ouvre la voie
Quinze années de recherche ont abouti en 2013 au ix35 Fuel Cell, premier véhicule particulier à hydrogène produit en série au monde. Pas un prototype d’exposition, mais une vraie voiture commercialisée. Autonomie de 594 kilomètres avec un plein, une prouesse à l’époque.
Le modèle démontrait la viabilité technique de l’hydrogène pour un usage quotidien. Mais le déploiement commercial restait marginal, freiné par l’absence de stations de ravitaillement.
2018 : NEXO première génération et reconnaissance internationale
Cinq ans plus tard, Hyundai frappe fort avec le NEXO. Autonomie portée à 666 kilomètres, systèmes d’aide à la conduite avancés, Remote Smart Parking Assist. Le véhicule reçoit le CES Editors’ Choice Award et le Digital Trends Top Tech Award.
Le NEXO devient le véhicule particulier à hydrogène le plus vendu au monde. Un titre qui sonne bien, mais les volumes restent confidentiels face à la montée en puissance des électriques à batterie.
2022 : N Vision 74, quand l’hydrogène rencontre la performance
Le concept N Vision 74 pousse la technologie dans un territoire inattendu : la haute performance. Ce rétrofuturiste inspiré du Pony Coupé de 1974 combine pile à combustible hydrogène et batterie haute performance. Autonomie supérieure à 600 kilomètres, zéro émission, et le potentiel de performances sportives.
Un exercice de style qui prouve que l’hydrogène peut servir d’autres usages que la mobilité familiale écologique.
2024-2026 : INITIUM et NEXO nouvelle génération
Le concept INITIUM, dévoilé en 2024, marque une étape supplémentaire. Son nom latin signifie « début » ou « premier », affichant clairement les ambitions de Hyundai. Autonomie visée dépassant 650 kilomètres, puissance moteur jusqu’à 150 kW, habitacle spacieux pensé pour les familles.
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INITIUM introduit le nouveau langage stylistique « Art of Steel », signature visuelle de HTWO, la marque hydrogène du groupe.
Début 2026, le NEXO de seconde génération concrétise ces avancées. L’autonomie grimpe à 826 kilomètres WLTP. La puissance atteint 190 kW (255 chevaux), contre 135 kW auparavant. Le 0 à 100 km/h tombe à 7,8 secondes. Surtout, le NEXO devient le premier véhicule à pile à combustible Hyundai capable de tracter 1.000 kilogrammes.
Le ravitaillement prend toujours cinq minutes pour un plein complet. Un avantage théorique considérable face aux temps de recharge des électriques. À condition de trouver une station.
Au-delà des voitures : l’écosystème HTWO
L’ambition de Hyundai dépasse largement les voitures particulières. Depuis 2020, le constructeur déploie le XCIENT, premier poids lourd électrique à pile à combustible produit en série. Plus de 100 camions roulent en Europe avec 16 millions de kilomètres cumulés. Près de 3.000 camions et bus à hydrogène circulent dans 14 pays.
En 2025, Vienne teste un bus ELEC CITY à pile à combustible avec doubles connecteurs 350 et 700 bars, une première européenne. La pile alimente un moteur de 180 kW sans émission.
Hyundai développe également des applications ferroviaires, maritimes et de production d’énergie en Corée. Le groupe se définit comme « une entreprise énergétique unique profondément ancrée dans la mobilité ».
La marque HTWO coordonne cette stratégie globale. Plateforme ouverte de collaboration et d’investissement, elle vise à accélérer la transition énergétique mondiale via l’hydrogène.
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Le groupe investit dans des méthodes innovantes de production d’hydrogène bas carbone, notamment le Waste-to-Hydrogen (W2H) en collaboration avec des gouvernements coréen et indonésien. L’objectif : construire un écosystème hydrogène plus propre et durable, de la production au stockage, à la distribution et aux applications.
Le paradoxe de l’avance technologique
Trente ans d’investissement, quatre générations de véhicules, des technologies éprouvées. Pourtant, l’hydrogène reste marginal dans la mobilité particulière. Le problème n’est plus technique, il est infrastructurel.
Sans réseau de stations, même le meilleur véhicule reste inutilisable pour le grand public. Hyundai accumule l’expertise, perfectionne la technologie, mais ne peut pas construire seul un réseau de distribution à l’échelle européenne.
Cette avance pourrait se révéler déterminante si les gouvernements investissent massivement dans les infrastructures hydrogène. Ou rester un témoignage technologique si le tout-électrique à batterie s’impose définitivement.
Le constructeur coréen ne lâche rien. Après avoir été pionnier, puis leader d’un marché quasi inexistant, Hyundai parie sur le long terme. La conviction que l’hydrogène jouera un rôle dans le mix énergétique automobile guide chaque décision d’investissement.
Trente ans après le premier prototype, le voyage ne fait que s’accélérer. Reste à savoir si l’écosystème suivra.
