Le 27 novembre 1906, dans un atelier de la via Mongrando à Turin, Vincenzo Lancia et Claudio Fogolin signaient l’acte de naissance d’une marque qui allait devenir l’une des plus raffinées de l’histoire automobile.
- Les débuts : l’audace avant l’heure
- L’après-guerre : le temps des chefs-d’œuvre
- L’âge d’or du rallye : quand l’éléphant rose faisait trembler la terre
- La Ypsilon : la petite qui a sauvé la grande
- 2024-2025 : la renaissance orchestrée
- Le style Lancia aujourd’hui : moins, mais mieux
- Lancia et le cinéma : une histoire d’amour qui dure depuis 1916
- 119 ans, et l’avenir devant soi
Cent dix-neuf ans plus tard, jour pour jour, Lancia célèbre son anniversaire avec une sérénité et une cohérence rares dans l’industrie contemporaine. Car si beaucoup de constructeurs historiques ont dû se réinventer au forceps, Lancia, elle, n’a jamais vraiment perdu son âme : elle l’a simplement affinée, épurée, modernisée, sans jamais renier ce qui faisait son essence – des lignes pures, une technique audacieuse et une élégance italienne qui ne hurle pas, mais qui s’impose doucement, comme une évidence.
Les débuts : l’audace avant l’heure
Vincenzo Lancia n’était pas un ingénieur de bureau. C’était un pilote, un mécanicien de génie, un homme qui avait déjà gagné des courses au volant de Fiat avant même de fonder sa propre marque. Dès la première 12 HP de 1908, on sentait la différence : châssis bas et léger, arbre de transmission à cardan au lieu des chaînes, boîte de vitesses à quatre rapports synchronisés dès 1910 – des détails qui, à l’époque, relevaient de la science-fiction. En 1922, la Lambda allait plus loin : première voiture de série à coque autoporteuse, première à suspensions avant indépendantes, première à freins aux quatre roues. Les ingénieurs d’aujourd’hui regardent encore la Lambda comme un professeur regarde un étudiant brillant qui a tout compris avant les autres.
L’après-guerre : le temps des chefs-d’œuvre
Après la guerre, Lancia entre dans sa période dorée. L’Aurelia de 1950 est la première voiture de série au monde équipée d’un V6 – un moteur conçu par Francesco De Virgilio, si doux et si musical qu’on l’entend encore dans les rêves des collectionneurs. La B24 Spider, avec sa ligne épurée signée Pininfarina, devient l’incarnation même de la Dolce Vita : pare-brise panoramique, poignées de porte presque invisibles, capote qui disparaît comme par magie. En 1962, elle entre dans la légende aux côtés de Vittorio Gassman et Jean-Louis Trintignant dans Il Sorpasso de Dino Risi – une scène de cinéma qui vaut tous les salons automobiles du monde.
Puis viennent la Flavia (première traction avant italienne), la Fulvia avec son V4 étroit si chantant, la Gamma et son flat-six dérivé Ferrari, la Thema 8.32 avec son V8 Ferrari sous le capot et ses intérieurs en cuir Poltrona Frau. Chaque modèle est une leçon de style et d’ingéniosité : portes sans montant central dès les années 1930, aérodynamique poussée sur l’Aprilia, suspensions à géométrie variable sur la Thesis. Lancia n’a jamais couru après la puissance brute ; elle a toujours préféré l’intelligence mécanique.
L’âge d’or du rallye : quand l’éléphant rose faisait trembler la terre
À partir des années 1970, Lancia devient synonyme de rallye. La Stratos, dessinée par Bertone, est une fusée à moteur central Ferrari Dino : trois titres mondiaux consécutifs. Puis la 037, dernière propulsion à remporter un championnat du monde (1983), face aux quatre roues motrices qui arrivaient. Et enfin la Delta : six titres constructeurs consécutifs entre 1987 et 1992, une domination si écrasante que la FIA a dû changer les règles pour permettre aux autres de respirer. Quinze titres mondiaux au total, record absolu. Et toujours avec cet éléphant rouge – l’Elefantino Rosso – qui ornait les ailes et qui symbolisait à la fois la puissance et l’élégance.
La Ypsilon : la petite qui a sauvé la grande
Quand Fiat rachète Lancia en 1969, la marque perd peu à peu son indépendance technique. Les années 2000 sont difficiles : la Thesis est magnifique mais trop chère, la nouvelle Delta ne trouve pas son public. En 2011, Lancia ne vend plus qu’une seule voiture : la Ypsilon. Et pourtant, cette petite citadine chic, vendue presque exclusivement en Italie, maintient la marque en vie. Quatre générations, plus de trois millions d’exemplaires, 37 séries spéciales – la Ypsilon devient le pilier inattendu sur lequel tout va pouvoir se reconstruire.
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2024-2025 : la renaissance orchestrée
En 2021, Luca Napolitano prend la tête de Lancia avec une promesse simple : dix ans, dix nouveaux modèles, tous électrifiés. La première pierre est posée en février 2024 avec la Nouvelle Ypsilon : plateforme CMP, 400 km d’autonomie en électrique, 100 ch en hybride, design signé Centro Stile Lancia sous la direction de Jean-Pierre Ploué. Résultat : leader du segment B premium en Italie dès le premier mois, plus de 60 000 commandes en dix-huit mois. Puis arrive la Ypsilon HF électrique de 240 ch, la HF Line qui démocratise le look sportif, et surtout le retour en rallye.
Le 18 novembre 2025, à Satory, la Ypsilon Rally2 HF Integrale est dévoilée devant un parterre de passionnés émus. Deux mois plus tard, en janvier 2026, elle prendra le départ du Rallye Monte-Carlo en WRC2. L’Elefantino Rosso est de retour sur les portières, et avec lui l’âme sportive de la marque. Derrière, la Gamma (2027) et la Delta (2028) sont déjà confirmées, toutes deux 100 % électriques, avec des autonomies dépassant les 700 km et un design qui fait directement référence aux icônes des années 70 et 80.
Le style Lancia aujourd’hui : moins, mais mieux
Le nouveau langage stylistique est baptisé « élégance radicale ». Pas de superflu : une calandre « calice » épurée, des feux arrière ronds hommage à la Stratos, des volumes fluides inspirés de l’Aurelia et de la Flaminia. À l’intérieur, la table centrale ronde évoque le salon italien, les matériaux sont nobles – velours côtelé recyclé, cuir vegan, inserts en marbre reconstitué – et l’interface S.A.L.A. (Sound Air Light Augmentation) est la première IA embarquée du groupe Stellantis capable de régler l’ambiance lumineuse et sonore d’un simple « Ciao Lancia ». Tout est intuitif, tout est élégant, rien n’est ostentatoire.
Lancia et le cinéma : une histoire d’amour qui dure depuis 1916
Dès les films muets tournés à Turin, les Lancia apparaissent à l’écran. Dans les années 50 et 60, elles deviennent les voitures des stars : Marcello Mastroianni en Flaminia Coupé, Brigitte Bardot en Aurelia Spider, Alain Delon en Delta. Le cinéma italien n’existerait pas tout à fait pareil sans Lancia. Et aujourd’hui encore, la marque continue d’apparaître dans des films, des séries, des clips – parce qu’elle incarne, mieux que toute autre, une certaine idée de l’Italie : raffinée, passionnée, un peu mélancolique, toujours élégante.
119 ans, et l’avenir devant soi
Lancia n’a jamais été une marque de volume. Elle n’a jamais voulu l’être. Vincenzo Lancia disait déjà : « Je ne veux pas fabriquer des voitures pour tout le monde, je veux fabriquer des voitures que tout le monde rêve de posséder. » Cent dix-neuf ans plus tard, cette phrase pourrait être la devise de Luca Napolitano et de son équipe. Avec 150 000 ventes annuelles visées d’ici 2030, trois nouveaux modèles en route, un retour en compétition et un style qui fait à nouveau parler dans le monde entier, Lancia n’est plus une survivante. Elle est redevenue une marque désirable.
Buon compleanno, Lancia.
Et que les 119 prochaines années soient aussi belles que les précédentes.




