Le président de Toyota remet en question le tout-électrique en s’appuyant sur le mix énergétique japonais dominé par les centrales thermiques. Il défend la stratégie « multi-pathway » combinant hybrides, hybrides rechargeables, hydrogène et thermiques efficients. Les études scientifiques démontrent pourtant un bilan carbone favorable aux électriques sur le cycle de vie complet.
Le président de Toyota, Akio Toyoda, a récemment déclaré qu’une voiture électrique génère autant d’émissions que trois hybrides, relançant le débat sur la transition énergétique dans l’industrie automobile. Ces déclarations s’inscrivent dans la ligne stratégique historique du constructeur japonais privilégiant l’hybridation plutôt que l’électrification complète.
Argument basé sur le mix énergétique japonais
Selon Akio Toyoda, la production et l’alimentation des véhicules électriques, notamment au Japon où l’électricité repose encore largement sur les centrales thermiques, augmenteraient les émissions de CO2 par rapport à une flotte de véhicules hybrides.
Cette argumentation s’appuie sur la réalité énergétique nippone où le charbon et le gaz naturel représentent encore une part majoritaire de la production électrique, particulièrement depuis l’arrêt de nombreux réacteurs nucléaires suite à la catastrophe de Fukushima en 2011.
Dans ce contexte spécifique, l’électricité servant à recharger les batteries provient effectivement de sources carbonées, réduisant mécaniquement l’avantage écologique des véhicules électriques par rapport aux alternatives hybrides consommant directement du carburant fossile.
Stratégie « multi-pathway » défendue par Toyota
Akio Toyoda met en avant la stratégie « multi-pathway » de Toyota privilégiant une combinaison de technologies plutôt que le tout-électrique imposé par les régulations européennes et américaines. Cette approche multimodale comprend :
- Les véhicules hybrides classiques où Toyota détient une avance technologique considérable depuis la Prius originale de 1997
- Les hybrides rechargeables offrant une autonomie électrique limitée complétée par un moteur thermique
- Les moteurs à hydrogène sur lesquels Toyota investit massivement malgré des doutes sur leur viabilité économique
- Les motorisations essence optimisées bénéficiant des dernières avancées en matière de rendement thermodynamique
- Les véhicules électriques à batteries, segment où Toyota accuse un retard significatif face à la concurrence
Cette diversification technologique reflète la conviction du groupe japonais qu’aucune solution unique ne peut répondre aux besoins mondiaux compte tenu des différences considérables entre marchés en termes d’infrastructures, de mix énergétique et d’usages automobiles.
Critiques scientifiques de cette position
Cependant, la majorité des études scientifiques indépendantes montrent qu’un véhicule électrique, bien qu’il ait une empreinte carbone initiale plus élevée lors de sa fabrication due notamment à la production des batteries, devient plus propre que les hybrides et thermiques sur le long terme grâce à des émissions bien plus faibles à l’usage.
Ces analyses de cycle de vie complet prennent en compte la fabrication du véhicule, la production des batteries, l’extraction et le raffinage des matières premières, l’utilisation sur plusieurs années et le recyclage en fin de vie. Dans la quasi-totalité des scénarios étudiés, le véhicule électrique présente un bilan carbone global inférieur après 50 000 à 100 000 kilomètres parcourus.
Même dans des pays au mix énergétique fortement carboné comme la Pologne ou la Chine, les études démontrent que l’électrique reste globalement moins émetteur sur l’ensemble de sa durée de vie qu’un véhicule thermique ou hybride équivalent.
Enjeux stratégiques pour Toyota
Ces déclarations d’Akio Toyoda interviennent dans un contexte où Toyota se trouve en décalage avec les stratégies de ses principaux concurrents mondiaux ayant massivement investi dans l’électrification complète de leurs gammes.
Le constructeur japonais, longtemps leader technologique avec l’hybridation, se retrouve désormais en retard sur le segment des véhicules électriques à batteries face à Tesla, aux constructeurs chinois comme BYD et même aux européens Volkswagen, Stellantis ou Renault ayant accéléré leurs programmes électriques.
Cette situation délicate pousse Toyota à justifier publiquement sa stratégie prudente envers le tout-électrique, alors que les régulations européennes et américaines imposent des échéances contraignantes pour l’abandon des motorisations thermiques.
Transition énergétique et décarbonation des réseaux électriques
L’argument du mix énergétique carboné, bien que pertinent à court terme pour certains pays, néglige la trajectoire de décarbonation des réseaux électriques mondiaux. La part des énergies renouvelables augmente rapidement dans la plupart des pays développés, améliorant mécaniquement le bilan carbone des véhicules électriques au fil du temps.
Un véhicule électrique acheté aujourd’hui verra son empreinte carbone d’utilisation diminuer progressivement durant ses 15 à 20 ans de durée de vie à mesure que le réseau électrique se décarbonera, contrairement à un véhicule thermique ou hybride dont les émissions resteront constantes.
Cette dimension temporelle constitue un élément crucial négligé par l’argumentation de Toyota focalisée sur la situation énergétique actuelle plutôt que sur l’évolution prévisible des mix électriques nationaux.
Débat sur le rythme de la transition
Au-delà des chiffres techniques, ce débat reflète des visions opposées sur le rythme souhaitable de la transition énergétique automobile. Toyota plaide pour une approche progressive et diversifiée laissant le temps aux infrastructures de se développer, tandis que les régulateurs européens et américains imposent des échéances contraignantes visant l’abandon quasi-total du thermique d’ici 2035.
Cette confrontation stratégique déterminera les gagnants et perdants de la décennie à venir dans l’industrie automobile mondiale, avec des enjeux économiques et industriels considérables pour les constructeurs, équipementiers et pays producteurs.
Les déclarations d’Akio Toyoda, bien que contestées scientifiquement, témoignent de la persistance de débats techniques et stratégiques majeurs autour de la meilleure voie pour décarboner la mobilité individuelle à l’échelle mondiale.