C’est officiel depuis le 5 mars 2026. Après trois ans sous pavillon allemand, Peugeot Motocycles retrouve une gouvernance française. Le fonds d’investissement Mutares, qui avait acquis la marque en février 2023 auprès de Mahindra & Mahindra, a reçu une offre irrévocable de rachat de la part de l’équipe dirigeante en place.
Le PDG Laurent Lilti, associé à deux autres dirigeants de l’entreprise, pilote ce management buy-out qui redonne à la plus ancienne marque de deux-roues motorisés au monde, fondée en 1898, une structure d’actionnariat stable et tricolore.
La transaction devrait être finalisée au deuxième trimestre 2026, après consultation des comités d’entreprise et réalisation des conditions usuelles. Aucun montant n’a été communiqué. Peugeot Motocycles pèse environ 140 millions d’euros de chiffre d’affaires, via un réseau de distribution européen et asiatique, avec une gamme de scooters premium, Django, Kisbee, Metropolis, fabriqués dans l’usine de Mandeure, en Franche-Comté.
Mandeure préservée, emplois maintenus : deux engagements non négociables
Le nouveau trio repreneur, avec Lilti en position majoritaire selon les premiers échos régionaux, a posé deux conditions non négociables à ce rachat. La pérennité de l’usine de Mandeure d’abord : aucune délocalisation, l’outil de production reste en France. Le maintien intégral des emplois ensuite : aucun plan social, la configuration actuelle est conservée dans son intégralité.
Laurent Lilti l’a confirmé dans les médias régionaux, notamment France Bleu Belfort-Montbéliard et L’Est Républicain : l’activité continue dans sa forme actuelle, et la première nouveauté produit est attendue en 2028, soit deux ans de développement à partir d’aujourd’hui. Cette visibilité tranche avec les incertitudes que génèrent traditionnellement les passages successifs de fonds d’investissement dans le capital d’une entreprise industrielle.
Sous Mutares, la marque avait néanmoins stabilisé ses finances et enrichi sa gamme, notamment avec le Django restylé et des collaborations autour de la mobilité électrique via BSA et DAB Motors. Mais une gouvernance par fonds à horizon de revente ne produit pas la même dynamique qu’une direction actionnaire engagée sur le long terme dans un territoire industriel spécifique.
La 103 EV en suspens : l’équation économique de l’électrique d’entrée de gamme résiste
Le dossier le plus attendu reste la Peugeot 103 EV, le cyclomoteur électrique présenté en version quasi-production à l’EICMA 2025. La fiche technique avait suscité l’enthousiasme : moteur mid-mount de 3,3 kW, courroie Kevlar, batterie amovible de 1,6 ou 2,2 kWh, autonomie d’environ 65 kilomètres, poids de 103 kilogrammes, vitesse maximale de 72 km/h et écran TFT de 5 pouces. Un hommage crédible à la 103 thermique qui a équipé des générations d’étudiants français, dans un format électrique moderne.
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Malgré cet engouement, la production n’est toujours pas lancée. Les coûts de fabrication, notamment sur les composants électroniques et les batteries, ne permettent pas d’atteindre un prix de vente accessible sur un marché européen dont la demande pour les cyclomoteurs électriques d’entrée de gamme reste insuffisante. Le problème est structurel et partagé par l’ensemble des acteurs du segment : sans volumes massifs, les économies d’échelle ne se matérialisent pas, et sans économies d’échelle, le prix reste trop élevé pour générer les volumes. Un cercle vicieux que ni Peugeot ni ses concurrents n’ont encore résolu.
Le projet 103 EV n’est pas abandonné. La nouvelle équipe dirigeante espère débloquer cette équation économique d’ici 2028, date à laquelle la première nouveauté commerciale de l’ère Lilti est attendue. La 103 EV pourrait en faire partie si les conditions de marché et les coûts de production évoluent dans le bon sens d’ici là.
Ce que ce rachat change concrètement
Pour le Pays de Montbéliard, où l’industrie automobile a subi des restructurations douloureuses ces dernières années, le maintien de l’usine de Mandeure sous direction française et actionnariat managérial est une stabilisation bienvenue. Pour la marque, c’est la fin d’une période de transitions capitalistiques qui avait vu Peugeot Motocycles passer de PSA à Mahindra, puis à Mutares, en l’espace de quelques années.
Le défi que le trio Lilti doit maintenant relever est celui que toute la filière deux-roues motorisés européenne partage : réussir la transition vers l’électrique sans sacrifier la rentabilité de la gamme thermique existante, qui continue de faire vivre l’usine. Django, Kisbee et Metropolis restent les fondations économiques sur lesquelles repose l’avenir de Mandeure. La 103 EV, si elle arrive, sera le signal que Peugeot Motocycles a su franchir le pas. En attendant 2028, la saga à deux roues continue, en bleu-blanc-rouge.
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