La Clio RS n’est pas morte. Bruno Vanel, directeur des produits chez Renault, vient de confirmer au magazine britannique Auto Express que le constructeur français étudie sérieusement le retour d’une version sportive de sa citadine. Une déclaration qui met fin à des années de spéculations et ranime l’espoir des amateurs de hot hatch français.
« Même s’il n’y a pas de RS pour l’instant, si l’intérêt est suffisant, peut-être que nous pourrons reconsidérer la question », a déclaré Bruno Vanel. « Nous allons attendre quelques mois, puis nous y réfléchirons. La bonne nouvelle, c’est que nous disposons en interne du savoir-faire nécessaire pour fabriquer une telle voiture. Nous avons des solutions pour obtenir une puissance élevée avec de faibles émissions de CO2. Et c’est vraiment important d’avoir cette réflexion à notre époque. »
Des photos espion révélatrices
Plusieurs prototypes de la Clio 6 ont récemment été aperçus avec un camouflage prononcé, des ailes musclées et des jantes de 18 pouces, des indices qui alimentent les rumeurs d’une version sportive en préparation. Ces modèles de développement arborent également une voie élargie et un train roulant abaissé, caractéristiques typiques d’une déclinaison RS.
L’usine turque de Bursa, où est assemblée la Clio 6 depuis septembre 2025, aurait déjà produit plusieurs exemplaires de pré-série présentant ces spécificités. Si Renault n’a pas officiellement confirmé leur nature, la présence de ces prototypes dans les installations du constructeur laisse peu de place au doute.
Une motorisation hybride pour contourner le malus
La principale innovation d’une éventuelle Clio 6 RS résiderait dans son groupe motopropulseur. Fini le mythique 1.6 turbo essence de 220 chevaux de la Clio 4 RS Trophy, place à une motorisation hybride capable de dépasser les 200 chevaux tout en affichant des émissions de CO2 conformes aux nouvelles normes.
Renault dispose de plusieurs options techniques. La première consisterait à survitaminer le moteur 1.8 Hybrid E-Tech de 160 chevaux qui équipe déjà la Clio 6 standard. Ce bloc combine un quatre-cylindres essence de 107 chevaux avec deux moteurs électriques de 50 et 20 chevaux. En augmentant la puissance du moteur thermique et en optimisant la gestion électrique, Renault pourrait atteindre 200 à 220 chevaux.
La seconde piste explorerait l’utilisation du 1.2 turbo de 200 chevaux du Renault Austral, poussé jusqu’à 300 chevaux sur le Rafale hybride rechargeable. Une adaptation à la Clio nécessiterait toutefois de revoir complètement l’architecture du groupe motopropulseur pour l’adapter à une traction avant sportive.
Le défi de la boîte de vitesses
Le principal obstacle technique concerne la transmission. La boîte multimode à crabots qui équipe les motorisations hybrides Renault n’offre pas la rapidité de passage nécessaire pour une sportive. Les passages de rapports, bien que fluides en usage normal, manquent de vivacité pour une utilisation sur circuit.
Renault devrait donc développer une nouvelle solution, soit en adaptant la boîte EDC à double embrayage robotisée sur une version hybride, soit en créant un système de transmission inédit spécifiquement pour la Clio RS. Une option coûteuse mais indispensable pour respecter l’ADN sportif de la lignée RS.
L’héritage écrasant des Clio RS précédentes
Difficile de parler d’une éventuelle Clio sportive sans évoquer l’héritage des générations précédentes. La Clio Williams de 1993 reste une légende vivante avec son moteur 2.0 atmosphérique de 150 chevaux et sa livrée bleu Sport et or iconique. Seulement 3 800 exemplaires numérotés furent produits, faisant aujourd’hui de cette version l’une des Clio les plus recherchées par les collectionneurs.
La Clio 2 RS a marqué son époque avec son 2.0 de 172 puis 182 chevaux en version Trophy. Son châssis affûté et sa précision de conduite en ont fait une référence absolue dans la catégorie des hot hatch accessibles. La Clio 3 RS Trophy a pulvérisé des chronos de référence sur le Nürburgring avec un temps de 8 minutes et 14 secondes, établissant un nouveau standard pour les tractions sportives.
La Clio 4 RS Trophy, dernière incarnation de cette lignée, a prouvé qu’une petite française pouvait tenir tête aux meilleures allemandes. Son 1.6 turbo de 220 chevaux associé à un châssis Cup avec amortisseurs Öhlins en faisait une arme redoutable sur route et sur circuit. Sa production s’est arrêtée en 2019, laissant un vide dans la gamme Renault que beaucoup d’aficionados n’ont jamais accepté.
Le rôle stratégique d’Alpine
La présence d’Alpine au sein du groupe Renault pourrait s’avérer décisive dans le développement d’une nouvelle Clio RS. La marque dieppoise, désormais fer de lance sportif du groupe, dispose d’un savoir-faire reconnu en matière de performances et d’électrification.
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Les ingénieurs Alpine ont notamment contribué au développement de la Renault 5 Turbo 3E, un concept électrique de 500 chevaux présenté en 2023 et dont une version de série limitée devrait voir le jour courant 2026. Cette expertise en matière de gestion de puissance électrique et d’optimisation châssis pourrait être mise à profit pour créer une Clio RS hybride performante.
Des synergies existent déjà entre les deux entités. L’Alpine A290, version musclée de la Renault 5 E-Tech avec 220 chevaux, a été développée conjointement par les équipes Renault et Alpine. Un schéma similaire pourrait s’appliquer à la Clio 6, avec une déclinaison RS développée sous l’égide technique d’Alpine.
L’analyse : un pari risqué mais cohérent
La déclaration de Bruno Vanel marque un tournant stratégique pour Renault. Après avoir abandonné la Clio RS avec la génération 5 en raison d’émissions de CO2 trop élevées et d’un malus prohibitif, la marque au losange réalise qu’elle peut ressusciter son hot hatch mythique grâce à l’hybridation. Le pari est osé mais cohérent dans le contexte réglementaire actuel.
Le nouveau malus 2026, qui démarre à 108 g/km de CO2 au lieu de 113 g/km précédemment, rend quasiment impossible la commercialisation d’une sportive thermique pure. Une Clio RS équipée d’un 1.6 turbo de 220 chevaux comme la génération 4 Trophy afficherait environ 165 g/km de CO2, soit un malus de plus de 12 000 euros. Un surcoût rédhibitoire qui tuerait le modèle dans l’œuf.
L’hybridation permet de contourner cet écueil en réduisant les émissions homologuées tout en conservant des performances dignes d’une sportive. Une Clio RS hybride de 200 à 220 chevaux pourrait afficher moins de 120 g/km de CO2, limitant le malus à quelques milliers d’euros au lieu de plusieurs dizaines de milliers.
Sur le marché français, cette annonce tombe au bon moment. Avec la disparition progressive des sportives thermiques accessibles, il reste peu d’alternatives pour les amateurs de conduite plaisir. La Volkswagen Polo GTI de 207 chevaux sera bientôt arrêtée, la Ford Fiesta ST a déjà disparu, et la Peugeot 208 PSE hybride rechargeable de 225 chevaux affiche un tarif prohibitif à partir de 45 000 euros.
La concurrence se limite désormais à la Skoda Fabia 130 équipée d’un 1.5 turbo de 177 chevaux, proposée autour de 28 000 euros, et à quelques modèles japonais comme la Toyota GR Yaris. Une Clio 6 RS hybride de 200-220 chevaux positionnée entre 32 000 et 35 000 euros créerait un boulevard commercial dans ce segment déserté.
D’autant que le badge RS conserve une aura particulière auprès des jeunes conducteurs français. Les Clio 4 RS Trophy d’occasion se revendent encore au-dessus de leur cote, avec des exemplaires peu kilométrés atteignant 25 000 à 30 000 euros, soit à peine moins que leur prix neuf d’origine. Cette appétence du marché pour les RS constitue un signal fort pour Renault.
Un lancement possible fin 2026 ou début 2027
Si Renault confirme le projet dans les prochains mois, un lancement commercial pourrait intervenir fin 2026 ou début 2027. La Clio 6 standard ayant été lancée en janvier 2026, un délai de 12 à 18 mois semble réaliste pour développer et industrialiser une version RS.
Le constructeur devrait d’abord observer les ventes de la Clio 6 hybride 160 chevaux pour évaluer la demande. Si cette motorisation rencontre le succès escompté et que les retours terrains confirment l’intérêt pour une version plus puissante, le feu vert pourrait être donné rapidement.
Renault dispose de tous les ingrédients pour réussir ce pari. L’expertise Alpine pour le châssis et la gestion de puissance, des motorisations hybrides performantes déjà dans le catalogue, et un réseau commercial rodé à la vente de modèles sportifs. Reste à savoir si la direction générale validera l’investissement nécessaire dans un contexte économique tendu pour l’industrie automobile.
Une chose est certaine : l’annonce de Bruno Vanel ne doit rien au hasard. Renault sonde le marché et teste l’appétence des clients pour une Clio RS nouvelle génération. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer si le badge mythique renaîtra de ses cendres sous une forme hybride réinventée.

