Renault applique depuis novembre à tous ses nouveaux projets français l’organisation d’ingénierie mise au point dans son centre de Shanghai. Le premier modèle concerné est le successeur électrique du Rafale, attendu fin 2028. Le groupe vise deux ans de développement par véhicule, contre quatre auparavant. Cette transformation s’accompagne d’une réduction prévue de 15 à 20 % des effectifs d’ingénierie mondiaux.
Deux ans au lieu de quatre. Renault transpose en France la méthode qui a produit la Twingo électrique à Shanghai, et le successeur du Rafale ouvrira la série.
Vingt et un mois pour la Twingo
La Twingo électrique a été développée en vingt et un mois, avec une forte contribution du centre ACDC du groupe à Shanghai. Une Mégane demandait quatre ans il y a peu. L’écart entre les deux cycles est ce qui a décidé le constructeur à transposer la méthode.
Le groupe avait déjà reconnu l’origine chinoise de ce développement. La Twingo électrique a été partiellement conçue en Chine, ce qui avait nourri un débat sur la portée réelle du made in France. Le modèle sert désormais de preuve de concept à l’échelle du groupe.
Depuis novembre, tous les nouveaux projets lancés en France suivent la même organisation. Le constructeur visait déjà vingt-quatre mois de développement par véhicule dans son plan de restructuration présenté en mars, soit environ la moitié du calendrier européen traditionnel. La transposition n’est donc plus un essai isolé.
Trente modules et 800 postes en moins
Le découpage d’un véhicule passe sous trente modules, contre quarante-cinq auparavant. Moins de modules signifie moins d’interlocuteurs sur un même projet et des décisions plus rapides. Le groupe chiffre à 20 % la réduction du nombre de réunions.
Le développement doit tenir en deux ans, et le coût d’entrée de gamme baisser de 40 % par rapport au modèle remplacé. Cette seconde cible est la plus exigeante, les constructeurs chinois disposant selon le groupe d’une avance de coût de 25 à 30 % sur les véhicules électriques. L’objectif affiché combine donc une cible de délai et une cible de prix.
Renault Group supprimera 15 à 20 % de ses postes d’ingénierie dans le monde d’ici fin 2027, par départs volontaires. En France, 800 postes sont concernés sur 5 500. À l’échelle du groupe, le plan présenté en mars portait sur 1 650 à 2 400 postes sur environ 11 500.
Le périmètre dépasse largement la France. Les centres du Brésil, d’Inde, du Maroc, de Roumanie, de Corée du Sud, d’Espagne et de Turquie sont concernés, les ingénieurs chinois paraissant épargnés. Le constructeur exclut les licenciements forcés.
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Ce que la France conserve est explicitement nommé. L’ingénierie amont, les batteries, les moteurs électriques et le logiciel restent sur le territoire, ainsi que le design. C’est la part la plus qualifiée de la chaîne, mais exercée par moins d’ingénieurs.
Le Rafale électrique assemblé en Espagne
Renault veut également mettre au moins un fournisseur chinois en concurrence pour chaque grande catégorie de composants. La mesure touche la structure même des achats et pas seulement l’organisation des bureaux d’études. Elle engage donc le groupe au-delà de la durée d’un projet.
Le successeur électrique du Rafale est attendu fin 2028 et son assemblage est prévu à Palencia, en Espagne. Son nouveau moteur aurait été mis au point avec des fournisseurs chinois, selon les informations disponibles. Le modèle cumule donc les trois caractéristiques de la nouvelle méthode, soit un cycle court, des fournisseurs chinois et une production hors de France.
Le Rafale actuel occupe une position particulière dans la gamme. Le modèle est devenu voiture présidentielle, et sa version hybride rechargeable de 300 chevaux revendique jusqu’à 1 000 kilomètres d’autonomie. Le passage à l’électrique sur une base conçue selon la méthode chinoise constitue une rupture pour ce positionnement.
Le calcul du constructeur est lisible. Face à des concurrents qui sortent un modèle en moins de deux ans, conserver des cycles de quatre ans revenait à céder du terrain à chaque génération. Aller chercher la méthode chez ces concurrents plutôt que de l’ignorer est un choix assumé, dont le coût social est annoncé en même temps que les gains industriels.
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