Renault annonce une perte nette record de 10,9 milliards d’euros pour 2025. Un chiffre spectaculaire presque entièrement imputable à la dépréciation de sa participation dans Nissan.
Hors cet impact comptable, le constructeur affiche un bénéfice de 715 millions et une marge opérationnelle de 6,3%, dans un marché automobile tendu. François Provost, directeur général depuis juillet, trace les contours d’une stratégie prudente pour 2026.
La Bourse n’a pas apprécié. Le titre Renault a plongé de 5,5% mercredi matin après la publication des résultats, effaçant plusieurs mois de gains. Les investisseurs ont sanctionné non pas la perte comptable — anticipée depuis juillet — mais les perspectives 2026 jugées trop prudentes.
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Un spécialiste relève que « la capitalisation de l’entreprise est carrément inférieure à 9,4 milliards, la plus faible des grands constructeurs automobiles mondiaux ». Un paradoxe pour un groupe qui affiche pourtant une position financière nette record de 7,4 milliards d’euros.
La facture Nissan : 9,3 milliards de dépréciation
L’essentiel de la perte provient d’un ajustement comptable exceptionnel annoncé dès juillet 2025. Renault détenait 35,7% de Nissan, valorisés historiquement à un cours de 1.500 yens par action. Mais le titre du constructeur japonais s’est effondré à 350 yens au 30 juin.
Face à cet écart béant entre valeur comptable et valeur de marché, Renault a abandonné la méthode de mise en équivalence. Les titres Nissan sont désormais comptabilisés comme de simples actifs financiers. Impact immédiat : une dépréciation de 9,3 milliards.
À cela s’ajoutent 2,3 milliards d’euros de contribution négative des entreprises associées, reflétant les pertes opérationnelles de Nissan lui-même. Le constructeur japonais prévoit une lourde perte d’exploitation sur son exercice 2025-2026.
Les chiffres disent que, hors impact Nissan, le groupe Renault affiche une perte de 10,9 Md€ au global, mais le Losange a dégagé un bénéfice net de 715 M€. Une performance honorable dans un contexte difficile, même si elle représente un recul de 74% par rapport aux 2,76 milliards de 2024.
Marge opérationnelle à 6,3%, objectif manqué
Le chiffre d’affaires progresse de 3% à 57,9 milliards d’euros, légèrement supérieur au consensus des analystes (57,7 milliards). Les ventes en volume augmentent de 3,2%, deux fois plus que le marché mondial (+1,6%).
Mais la marge opérationnelle recule à 6,3%, contre 7,6% en 2024. Renault visait 6,5%. La marge des seules activités auto atteignait 4,2%, pénalisée par la montée en puissance des véhicules électriques, structurellement moins rentables que les thermiques.
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Duncan Minto, directeur financier, explique lors de la conférence analystes : « Actuellement, la rentabilité des voitures électriques, qui représentent 14% des ventes du groupe, est inférieure à celle des thermiques. Le défi est d’améliorer cette rentabilité. »
Le free cash-flow automobile atteint 1,47 milliard d’euros, incluant 300 millions de dividendes de Mobilize Financial Services. Un résultat solide qui permet de maintenir le dividende à 2,20 euros par action, inchangé par rapport à 2024.
2026 : prudence et réduction des coûts
Pour 2026, François Provost affiche des objectifs mesurés. La marge opérationnelle est attendue autour de 5,5%, en baisse de 0,8 point. Le free cash-flow devrait s’établir à environ 1 milliard d’euros seulement, incluant 300 millions de coûts de restructuration.
Ces prévisions déçoivent les analystes. Selon BFM Bourse, « ces prévisions sont inférieures aux attentes des analystes qui tablaient sur une marge de 5,8% et un flux de trésorerie de 1,2 milliard d’euros ».
À moyen terme, Renault vise une marge opérationnelle entre 5 et 7% et un free cash-flow d’au moins 1,5 milliard annuel. François Provost souligne que même 5% reste « sensiblement supérieur » à la moyenne historique du groupe, établie à 3,9% entre 2005 et 2025.
Le levier principal ? La réduction des coûts variables. Le patron « s’est engagé sur une forte diminution des coûts, de 400 euros par an et par véhicule », après avoir déjà atteint cet objectif en 2025.
Autre priorité : accélérer les cycles de développement. François Provost veut « développer systématiquement ses nouveaux modèles en moins de deux ans », comme démontré avec la Twingo électrique récemment lancée.
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Une transition électrique à marche forcée
Le portefeuille de lancements 2026 s’annonce chargé. Après la Clio 6 dévoilée en début d’année, Renault mise sur la Twingo E-Tech dès le printemps, puis le Trafic E-Tech fin d’année. S’ajoutent deux Dacia — une citadine électrique cousine de la Twingo et un modèle appelé C-Neo — ainsi que l’Alpine A390 déjà en production.
Mais le vrai défi concerne l’international. Renault compte accélérer sa croissance en Inde, Amérique latine et Corée du Sud avec des modèles dédiés : Boreal, nouveau Duster, Filante, et même un futur pick-up.
Provost affirme : « Nous continuons à pousser dans les véhicules électriques, avec une stratégie à deux jambes : les véhicules électriques et les hybrides ». Un positionnement aux antipodes de Stellantis, qui vient de freiner dans l’électrique faute de ventes suffisantes.
Renault confirme également négocier le rachat de la totalité de Flexis, sa coentreprise de camionnettes électriques créée en 2024 avec Volvo et CMA CGM. Le groupe en détient actuellement 45%.
Le test Provost
François Provost, nommé directeur général le 30 juillet 2025 en remplacement de Luca de Meo parti chez Kering, doit maintenant faire ses preuves. Une journée investisseurs est prévue le 10 mars pour détailler sa stratégie complète.
Les contours se dessinent : recentrage sur les segments rentables (C et D, SUV, utilitaires), amélioration de la performance opérationnelle via la réduction des coûts, et équilibre entre électrification et rentabilité.
La perte de 10,9 milliards est un épisode comptable. La vraie bataille se joue ailleurs : maintenir les marges face à la concurrence chinoise, rentabiliser l’électrique, et éviter de sacrifier les volumes sur l’autel de la rentabilité.
Zonebourse rappelle que « l’action Renault a reculé de 25% en 2025, et affiche une baisse d’environ 8% depuis le début de l’année ». Les investisseurs attendent des preuves concrètes que la stratégie Provost peut inverser cette tendance.
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