Le marché automobile coréen continue d’envoyer des signaux qui détonnent avec la tendance mondiale. Alors que les berlines de prestige sont en perte de vitesse partout dans le monde, étouffées par la déferlante des SUV et la montée des modèles 100 % électriques, Hyundai vient d’enregistrer un démarrage commercial spectaculaire pour la version restylée de sa Grandeur.
Dévoilée officiellement le 14 mai et ouverte à la commande dans la foulée, la grande berline a engrangé 10 277 commandes dès son premier jour de commercialisation sur le marché domestique sud-coréen. Un chiffre qui rappelle à quel point ce modèle reste une institution locale, malgré les vents contraires du secteur.
Le deuxième meilleur démarrage de l’histoire du modèle
Le résultat se classe au deuxième rang historique des lancements de Grandeur. Seule la sixième génération IG, sortie en 2019, avait fait mieux avec 17 294 commandes le premier jour — un record qui apparaît rétrospectivement comme exceptionnel. Pour mémoire, la Grandeur reste l’un des modèles les plus vendus de Hyundai en Corée : en 2025, elle a écoulé 71 775 unités sur son marché national, derrière la seule Kia K3 (anciennement Avante). Une longévité commerciale qui doit beaucoup à son statut de « berline nationale » que les classes moyennes aisées coréennes considèrent depuis quarante ans comme le marqueur de réussite par excellence.
Justement, l’opération de restylage tombe en pleine célébration du 40e anniversaire du modèle, lancé en juillet 1986. La nouvelle Grandeur est techniquement un facelift de la huitième génération apparue en 2022, mais Hyundai assume une approche bien plus ambitieuse qu’une simple retouche stylistique de mi-carrière. Plusieurs éléments majeurs sont introduits pour la première fois dans la gamme du constructeur.
Pleos Connect, écran 17 pouces et assistant IA Gleo
C’est sans doute le point fort de cette restylage : la Grandeur devient le premier modèle de série au monde équipé du nouveau système d’infodivertissement Pleos Connect. Une plateforme logicielle basée sur Android Automotive que Hyundai compte déployer progressivement sur 20 millions de véhicules à travers ses marques Hyundai, Kia et Genesis d’ici 2030 — un sujet que nous avions abordé en détail dans nos colonnes la semaine dernière. En Europe, le système sera intégré au lancement de l’IONIQ 3.
Concrètement, le poste de pilotage est dominé par un grand écran tactile central de 17 pouces en format portrait, façon Tesla, qui remplace à lui seul l’ancien double affichage 12,3 + 10,25 pouces. Un combiné numérique fin survient derrière le volant. Mais la véritable nouveauté technologique se cache dans le logiciel : Gleo, l’assistant vocal alimenté par intelligence artificielle développé en interne par Hyundai, fait ses débuts en grande série sur cette Grandeur. La voiture devient donc autant une plateforme logicielle qu’un véhicule mécanique.
L’autre innovation marquante est le toit panoramique Smart Vision Roof — une première pour la marque. Au lieu du store traditionnel, une couche de film à transmittance variable permet de passer électriquement de l’opaque au transparent. Disponible uniquement sur la finition haute Calligraphy, l’option a été choisie par 12,4 % des acheteurs dès le premier jour. Un taux d’adoption significatif pour un équipement encore exotique sur le marché.
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L’essence majoritaire, l’hybride freiné par la procédure d’homologation
Côté motorisation, le mix des commandes est révélateur. L’essence représente 58 % du carnet, contre 40 % pour l’hybride. Hyundai précise toutefois que ce déséquilibre ne traduit pas un désintérêt pour la version électrifiée : il s’agit d’une question de délais administratifs. La procédure d’inscription du modèle sur la liste officielle des véhicules écologiques sud-coréens, qui ouvre droit aux avantages fiscaux locaux, prend plusieurs mois. Conséquence, les livraisons hybrides ne démarreront qu’au second semestre. Une partie des acheteurs en a donc reporté la commande, ou s’est rabattue sur l’essence pour bénéficier d’une livraison rapide.
La répartition par finition est encore plus instructive sur le comportement de la clientèle. La version haut de gamme Calligraphy capte 41 % des commandes — contre 29 % sur la précédente Grandeur. Un bond significatif qui montre que les acheteurs ne cherchent pas la version la moins chère : ils privilégient le statut, les matériaux premium et les équipements supplémentaires. À noter que Hyundai n’a pas encore officialisé les tarifs précis, mais les médias coréens anticipent une hausse de l’ordre de 2 millions de wons (environ 1 500 euros) par rapport au prix de la génération précédente, justifiée par le coût du Pleos Connect et de l’éclairage matriciel.
Une berline qui résiste au tout-SUV — en Corée du moins
Le contraste avec l’Europe et les États-Unis est saisissant. Sur les marchés occidentaux, les berlines premium de grande dimension sont en chute libre, abandonnées par les constructeurs ou cantonnées à des volumes confidentiels. En Corée, elles restent un produit de masse — la Grandeur écoule chaque année des dizaines de milliers d’unités, et trouve toujours sa clientèle malgré la concurrence interne du SUV Palisade et de la Kia K8.
Hyundai joue la carte du discours premium pour expliquer ce succès. Mais le ressort réel est culturel : sur le marché coréen, la grande berline reste l’achat statutaire par excellence. La Grandeur incarne depuis 1986 cette idée précise, et tant que la clientèle locale continuera de la voir comme un marqueur social, la marque a tout intérêt à entretenir le modèle plutôt qu’à le sacrifier sur l’autel du tout-SUV. Le démarrage commercial de cette restylage le prouve à nouveau, avec éclat.

