Alors que les rumeurs autour d’une disparition imminente du GPL chez Dacia à l’horizon 2030 continuent de circuler, la réalité du dossier semble bien différente.Le constructeur roumain — devenu en l’espace de quinze ans l’un des piliers commerciaux du groupe Renault — a confirmé en mars 2026 son nouveau plan stratégique futuREady, dans lequel la motorisation GPL conserve une place centrale.
Loin d’être en sursis programmé, le bi-carburant essence-GPL reste l’un des « deux piliers forts » revendiqués par la marque, avec la transmission intégrale. Une position assumée qui prend même un relief particulier au moment où d’autres constructeurs renoncent à cette technologie.
Katrin Adt à la barre depuis septembre 2025
L’analyse de la stratégie GPL de Dacia doit d’abord se faire à l’aune du changement de direction intervenu fin 2025. Denis Le Vot, architecte du renouveau spectaculaire de la marque entre 2020 et 2025, a quitté ses fonctions fin août dernier après avoir été écarté de la course à la direction du groupe Renault. Lui a succédé Katrin Adt, ancienne dirigeante de Smart chez Mercedes, dont la nomination en septembre 2025 a soulevé des questions sur la pérennité de l’ADN « low-cost » de la marque roumaine.
Quatre mois plus tard, la nouvelle patronne a clarifié sa position lors de la présentation du plan futuREady : la GPL et la transmission intégrale 4×4 restent des piliers identitaires de Dacia. Une déclaration importante, qui rompt avec l’image d’une marque pressée d’aligner sa gamme sur l’orthodoxie électrique européenne. Adt s’appuie d’ailleurs sur un argument commercial massif : 70 % des clients Dacia restent chez la marque au moment de renouveler leur véhicule, et 10 % migrent vers Renault au sein du même groupe — soit un taux de fidélité de 80 % rare dans le paysage automobile actuel.
La GPL pèse désormais près d’un tiers des ventes
Les chiffres en disent long sur le poids économique de cette motorisation. La GPL — proposée sous l’appellation Eco-G — représente aujourd’hui environ un tiers des ventes Dacia en Europe, avec des pointes qui dépassent ce niveau sur certains marchés comme l’Italie, la Pologne ou la Roumanie. L’argument est imparable : le carburant GPL bénéficie en France d’une fiscalité avantageuse et son prix à la pompe reste très largement inférieur à celui de l’essence. Pour une clientèle aux budgets contraints, l’équation économique reste imbattable.
Le Sandero, le Jogger, le Duster et le Bigster proposent tous une variante Eco-G. Le nouveau Duster 4×4 hybride GPL, lancé début 2026, illustre même un renforcement assumé de l’offre : Dacia y combine le micro-hybride 48V, la transmission intégrale et la bi-carburation, créant une équation technique unique à ce niveau de prix sur le marché européen. Une démarche à contre-courant de la tendance générale, et qui répond à une demande client clairement identifiée.
Une fin programmée — mais par la réglementation, pas par Dacia
C’est sur ce point que les analyses publiées récemment méritent d’être nuancées. Si la GPL est effectivement amenée à disparaître à terme du catalogue Dacia, ce n’est pas le résultat d’une décision proactive du constructeur. C’est mécaniquement la conséquence du règlement européen qui interdit la commercialisation des véhicules thermiques neufs émettant du CO2 à partir de 2035. Or, le GPL — étant une bi-carburation essence — relève juridiquement de la catégorie thermique. Il tombera donc dans le périmètre de l’interdiction.
D’ici 2030, en revanche, Dacia entend conserver ses motorisations GPL au catalogue. La marque l’a confirmé à plusieurs reprises, et l’arrivée récente du Hybrid-G 4×4 démontre même un investissement industriel renforcé sur cette technologie. Une logique commerciale claire : pourquoi se priver d’un argument différenciant majeur tant que la réglementation l’autorise, surtout quand il génère un tiers des ventes ?
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Un plan futuREady qui combine électrification et fidélité aux thermiques
Le nouveau plan stratégique de Dacia repose sur un équilibre que Katrin Adt entend assumer pleinement. L’objectif annoncé : porter à deux tiers la part des ventes réalisées avec des motorisations électrifiées d’ici 2030, contre un quart actuellement. Cela passera par quatre nouveaux modèles 100 % électriques attendus dans les prochaines années, dont une Sandero électrique en préparation. L’offre hybride s’étoffera également, avec probablement un transfert de technologies depuis Renault — y compris peut-être un hybride rechargeable sur le Bigster, hypothèse évoquée par l’ancien CEO Denis Le Vot avant son départ.
Mais le tiers restant de la gamme conservera des motorisations thermiques pures ou bi-carburant. Adt ne s’en cache pas. La marque continuera à produire des voitures à motorisation classique au-delà de 2030, dans la limite des contraintes réglementaires. Une position qui tranche avec celle de la maison mère Renault, qui vise pour sa part une électrification quasi totale en Europe à la même échéance.
L’arrivée du Bigster, lancée commercialement fin 2024, et celle prochaine du Striker — un break SUV de 4,62 mètres prévu pour l’automne 2026 — incarnent l’autre versant de cette stratégie : la montée en gamme sur le segment C, où Dacia n’est aujourd’hui présente que pour une vente sur cinq. La marque vise un tiers de ses ventes sur ce segment d’ici 2030, en s’appuyant sur des modèles plus grands tout en gardant un positionnement prix radicalement décalé par rapport à la concurrence.
Une équation gagnante à défendre dans la durée
Dacia se trouve aujourd’hui dans une position particulière sur le marché européen. La marque a clos 2025 sur un record commercial : 697 408 véhicules vendus dans le monde, soit une cinquième année consécutive de hausse. Le Bigster s’écoule à plus de 16 000 unités en France pour son année de lancement et caracole en tête des ventes à particuliers de son segment. La recette « essentielle mais cool » fonctionne, et la GPL en est un ingrédient clé.
Plutôt qu’un abandon précipité de cette motorisation, le scénario le plus probable est donc celui d’un maintien commercial jusqu’au dernier moment réglementaire — fin 2034 voire début 2035 selon les éventuels assouplissements de la Commission européenne actuellement en discussion. D’ici là, Dacia continuera de capitaliser sur ce différenciant rare. La fin du GPL chez Dacia, oui — mais pas avant que la réglementation européenne ne l’impose vraiment. La nuance est de taille pour les clients fidèles de la marque.

