À contre-courant du discours dominant sur l’électrification à marche forcée, un projet espagnol vient rappeler que le moteur thermique n’a pas dit son dernier mot. Horse Powertrain et Repsol ont développé conjointement un moteur essence hybride qui affiche moins de 3,3 litres aux 100 km en cycle WLTP, avec un rendement thermique de 44,2 %. Et il ne s’agit pas d’un prototype de laboratoire : il a déjà été testé sur route dans un Dacia Duster, sur un trajet réel entre Valladolid et Móstoles en Espagne.
Une base connue, profondément retravaillée
Le moteur Horse H12 Concept part d’une base familière — le bloc trois cylindres HR12 de l’alliance Renault-Nissan — mais il a été profondément reconfiguré. Le taux de compression grimpe à 17:1, un niveau inhabituellement élevé pour un moteur essence. À cela s’ajoutent un système de recirculation des gaz d’échappement de nouvelle génération, un turbocompresseur optimisé et un allumage amélioré. La transmission hybride a été revue en profondeur, avec une gestion énergétique affinée et des lubrifiants spécifiques pour réduire les pertes mécaniques.
Le résultat est un rendement thermique de 44,2 % — les meilleurs moteurs essence de grande série plafonnent actuellement autour de 40 à 41 %. La consommation annoncée est inférieure de 40 % à la moyenne des voitures essence immatriculées en Europe en 2023. Des chiffres qui, s’ils se confirment en conditions réelles sur une grande variété de trajets, représentent une progression significative pour la motorisation thermique.
Le carburant renouvelable Repsol, pièce centrale du puzzle
Le moteur seul ne suffit pas à raconter l’histoire. L’autre volet de ce projet est le carburant utilisé : le Nexa 95, une essence 100 % renouvelable développée par Repsol, produite à partir de résidus organiques industriels — huiles usagées, graisses animales, sous-produits agricoles — sans la moindre trace de pétrole fossile. Son indice d’octane de 95 le rend compatible avec tous les moteurs essence existants sans modification.
La production industrielle du Nexa 95 a démarré en octobre 2025 à l’usine Repsol de Tarragona. Une nouvelle unité est attendue à Puertollano en 2026, et un projet de carburants synthétiques est en préparation à Bilbao. Pour l’heure, la diffusion reste limitée à une trentaine de stations-service en Espagne — un déploiement embryonnaire qui constitue la principale limite pratique de ce projet à court terme.
Combinée au moteur H12 Concept, cette essence renouvelable permettrait de réduire les émissions d’environ 1,77 tonne de CO₂ par an pour un véhicule parcourant 12 500 km annuellement — une réduction immédiate, sans attendre le renouvellement du parc automobile.
Un argument industriel de poids
Ce qui distingue ce projet d’un exercice de communication, c’est son ancrage industriel. Horse Powertrain est une coentreprise détenue par Renault et Geely, avec une participation d’Aramco, qui dispose d’une capacité de production d’environ cinq millions de moteurs par an. Ses usines de Valladolid et Séville, ainsi que son centre de R&D espagnol, constituent la base industrielle concrète sur laquelle ce projet pourrait s’appuyer.
L’argument est celui de la complémentarité plutôt que de l’opposition avec l’électrique. Alors que 97 % du parc automobile européen roule encore à combustion, un renouvellement complet vers l’électrique prendra des décennies. Dans cet intervalle, améliorer radicalement l’efficacité des moteurs thermiques existants et les alimenter avec des carburants renouvelables peut avoir un impact CO₂ immédiat — sans attendre le renouvellement du parc ni le déploiement d’infrastructures de recharge.
Jesús Francés, directeur stratégie et Advanced Engineering chez Horse Technologies, le formule sans détour : « L’ennemi est le CO₂, pas la technologie. Cette chaîne de traction montre que moteurs efficaces et combustibles renouvelables réduisent les émissions dès maintenant, pas dans 20 ans. »
Aucune date de commercialisation n’a été annoncée à ce stade. Mais le fait que le moteur fonctionne déjà dans un véhicule de production réel — un Duster, pas un prototype de salon — change sensiblement la nature du projet : il ne s’agit plus d’une promesse, mais d’une démonstration concrète qui relance le débat sur la place du thermique efficace dans la transition énergétique automobile européenne.

