Dacia vient d’officialiser l’abandon de son projet d’extension de l’usine de Mioveni pour atteindre une capacité de production de 400 000 véhicules par an. Cette décision marque un tournant dans la stratégie industrielle du constructeur roumain, qui privilégie désormais la montée en gamme plutôt que l’augmentation des volumes.
Un projet approuvé en 2018 mais jamais concrétisé
Le projet « Extinderea capacităţii de producţie vehicule » avait reçu l’approbation des autorités roumaines pour bénéficier d’aides publiques dès décembre 2018. L’objectif était d’augmenter significativement la capacité de production de l’usine historique de Dacia, située à Mioveni en Roumanie. Cependant, selon le rapport annuel de l’entreprise, la direction a informé le ministère roumain des Finances au début de 2026 que le projet ne serait pas poursuivi.
Cette annulation formalise une situation de fait, puisque les investissements liés à cette extension étaient déjà suspendus depuis plusieurs années. La décision témoigne d’un changement de cap stratégique majeur pour le constructeur, qui réévalue ses priorités industrielles dans un marché automobile en pleine mutation.
Des résultats financiers en hausse malgré l’abandon du projet
Paradoxalement, cette décision intervient dans un contexte de très bons résultats financiers pour Automobile Dacia. L’entreprise a clôturé l’année 2025 avec un chiffre d’affaires de 29,93 milliards de lei roumains, soit environ 5,93 milliards d’euros, en progression de 7,6% par rapport à l’année précédente. Le bénéfice net a atteint 629,2 millions de lei, marquant une hausse de 10,5% comparé à 2024.
Ces performances s’expliquent principalement par la commercialisation de modèles plus récents et plus chers, notamment le nouveau Duster et le Bigster. Ces véhicules intègrent davantage de technologies que les générations précédentes, permettant au constructeur d’améliorer ses marges unitaires. Cette évolution illustre la nouvelle orientation de Dacia, qui ne mise plus uniquement sur les volumes de vente mais sur la valeur ajoutée de ses produits.
Une stratégie de montée en gamme confirmée
L’abandon du projet d’extension de Mioveni s’inscrit dans une stratégie plus large de repositionnement de la marque. Dacia évolue progressivement de son positionnement historique de constructeur « low-cost » vers celui d’un acteur proposant des véhicules accessibles mais mieux équipés. Le succès commercial du nouveau Duster, lancé en 2024, et l’introduction du Bigster confirment cette orientation.
Cette transformation s’accompagne néanmoins d’ajustements organisationnels significatifs. Les investissements d’Automobile Dacia ont chuté de près des deux tiers sur l’année 2025, reflétant une approche plus sélective des projets industriels. L’entreprise a également réduit ses effectifs de 955 personnes, terminant l’année avec 10 115 employés.
Des restructurations accompagnées socialement
La réduction des effectifs s’est opérée de manière progressive et accompagnée. En 2025, 456 personnes ont quitté l’entreprise dans le cadre de départs volontaires assortis d’indemnités financières supplémentaires. Cette approche témoigne de la volonté de Dacia de gérer la transition en limitant l’impact social des restructurations nécessaires.
L’usine de Mioveni demeure centrale dans le dispositif industriel de Dacia et du groupe Renault. Inaugurée en 1968 sous le nom d’Automobile Craiova, puis transférée à Mioveni en 1979, cette installation a produit des millions de véhicules Dacia au fil des décennies. Elle assemble actuellement les modèles Sandero, Logan, Duster et Spring, représentant l’essentiel de la gamme du constructeur.
Cette décision d’abandonner l’extension de capacité reflète également les évolutions du marché automobile européen. Face aux défis de l’électrification et aux incertitudes réglementaires, les constructeurs privilégient désormais la flexibilité et l’optimisation des outils existants plutôt que les investissements lourds en nouvelles capacités. Pour Dacia, cette approche permet de concentrer les ressources sur le développement de nouveaux modèles et l’amélioration de la qualité, axes prioritaires pour maintenir la compétitivité de la marque dans un environnement de plus en plus concurrentiel.

