La première Ferrari 100 % électrique de l’histoire est officielle. Baptisée Luce — lumière en italien —, la berline fastback cinq portes a été dévoilée ce mardi 26 mai par le constructeur de Maranello, et elle ne ressemble à rien d’autre dans la gamme du Cheval Cabré. Ni à ce qui l’a précédée, ni à ce qui l’accompagne.
Conçue par le studio américain LoveFrom de Jony Ive et Marc Newson — les deux anciens d’Apple qui ont inventé l’iPhone —, la Luce assume une rupture esthétique radicale avec l’identité historique de la marque. Au programme : 1 050 chevaux, quatre moteurs électriques, 530 km d’autonomie WLTP, des livraisons à partir d’octobre 2026 et un prix de 550 000 euros hors TVA. Soit l’entrée dans la gamme régulière la plus chère de Ferrari. Et malgré tout cela, l’action Ferrari a chuté de 6 % à l’annonce.
Cinq portes, 5 mètres et des jantes de 24 pouces
Commençons par les chiffres, qui eux ne font pas débat. La Luce mesure 5,03 mètres de long pour 2 mètres de large et 1,54 mètre de haut — des proportions très proches d’une berline de représentation plutôt que d’une sportive. C’est le premier Ferrari à cinq places réelles de l’histoire de la marque, avec trois vraies places à l’arrière. Les portières s’ouvrent en antagoniste, comme sur le Purosangue, avec les portes avant et arrière pivotant dans des sens opposés. Les jantes atteignent 23 pouces à l’avant et 24 à l’arrière — des dimensions record dans le monde automobile de grande série. Les pneus sont respectivement en 265/35 et 315/30.
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Le coffre affiche 597 litres — une capacité honnête pour une Ferrari — et l’empattement de 2,96 mètres garantit un habitacle généreux. Le poids à vide est affiché à 2 260 kg avec options d’allègement, ce qui en fait l’une des Ferrari les plus lourdes jamais construites, compensé selon le constructeur par un centre de gravité situé 95 mm plus bas que celui du Purosangue.
LoveFrom et Jony Ive : une rupture esthétique assumée
C’est ici que le débat commence. Plutôt que de confier le design au studio interne dirigé par Flavio Manzoni — responsable de l’identité visuelle de toute la gamme actuelle —, Ferrari a accordé à LoveFrom « une autonomie conceptuelle et stylistique complète ». Le studio collaboratif fondé par Jony Ive et Marc Newson, les deux figures légendaires qui ont dessiné l’iPhone, le MacBook Pro et les AirPods, a livré une voiture aux surfaces lisses, continues et ininterrompues, optimisées pour la gestion aérodynamique. Vue de haut, la Luce ressemble davantage à un grand smartphone qu’à une Ferrari traditionnelle.
La signature lumineuse est discrète : les feux sont invisibles lorsqu’ils sont éteints, avec simplement un segment vertical supérieur comme indicateur. À l’arrière, les doubles feux ronds font référence à la 360 Modena de 1999, mais leur positionnement, repoussé vers le centre par les extracteurs latéraux, ne convainc pas unanimement. Benedetto Vigna, directeur général de Ferrari, résume le parti pris avec une formule qui clôt le débat : « la véritable innovation ne recherche pas le consensus ».
L’intérieur mêle haute technologie et nostalgie assumée. Le volant à trois branches en aluminium recyclé gainé de cuir noir évoque les modèles Nardi des années 1960, mais embarque un airbag compact et deux Manettino — le classique pour les modes de conduite, et un nouveau eManettino inédit qui gère le groupe motopropulseur entre performance et autonomie. Un double écran OLED superposé de 12,9 et 12 pouces structure le tableau de bord, avec trois compteurs ronds cerclés d’aluminium dont un tachymètre à aiguille mécanique. Un système audio de 3 000 watts à 21 haut-parleurs est de série. La tirette du launch control est au plafond.
Quatre moteurs dérivés de la F80, 350 kW de charge
La mécanique, elle, est purement Ferrari. La Luce embarque une plateforme inédite et un groupe motopropulseur entièrement conçu et assemblé à Maranello. À l’arrière, deux moteurs à flux radial dérivés de la F80 développent chacun 421 ch et 355 Nm. À l’avant, deux unités plus compactes apportent 143 ch et 140 Nm chacune. En mode launch control, la puissance maximale cumulée atteint 1 050 chevaux pour 990 Nm de couple combiné. Les quatre roues sont motrices et directrices, couplées à une suspension active 48V gérant chaque roue individuellement sur les axes énergie, braquage et débattement vertical.
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La batterie NMC de 122 kWh bruts fonctionne en 800 volts et accepte une charge rapide en courant continu jusqu’à 350 kW — de quoi récupérer une autonomie conséquente en une dizaine de minutes sur les bornes compatibles. La recharge en courant alternatif est admise à 22 kW. Les performances annoncées sont légitimes : 0 à 100 km/h en 2,5 secondes, 0 à 200 km/h en 6,8 secondes et vitesse maximale de 310 km/h. L’autonomie WLTP est estimée à 530 km.
Pour reproduire l’implication émotionnelle d’un moteur thermique dans le cockpit, les ingénieurs de Maranello ont eu recours à un accéléromètre qui capte les vibrations des moteurs électriques et les convertit en sons transmis par les haut-parleurs intérieurs et extérieurs — un procédé qui, contrairement aux simulations sonores habituelles, s’appuie sur des données physiques réelles. La Luce est également la première Ferrari dotée d’un berceau arrière monté sur silentblocs, pour isoler les bruits de transmission que le moteur thermique masquait naturellement jusqu’ici.
550 000 euros et une concurrence difficile à ignorer
La Luce sera fabriquée dans un nouveau bâtiment dédié à Maranello, avec des livraisons dès octobre 2026. Son prix hors TVA de 550 000 euros en fait le modèle de série le plus cher de la gamme régulière Ferrari. Un chiffre difficile à défendre uniquement sur la feuille de performances : une Porsche Taycan Turbo GT, aux chronos comparables, coûte environ deux fois moins cher. Et la Denza Z9GT, dont l’exemplaire unique Chopard a été adjugé 700 000 euros lors du gala amfAR à Cannes la semaine dernière, propose des performances similaires à 115 000 euros en version standard.
Ce que Ferrari vend avec la Luce, c’est donc avant tout son nom, son histoire et l’audace de ce pari design sans précédent. Si le poulain électrique de Maranello s’avère aussi dynamiquement exceptionnel que le promet sa fiche technique, il pourrait bien réconcilier les sceptiques avec sa silhouette. Dans le cas contraire, la chute de 6 % de l’action Ferrari le jour de l’annonce pourrait n’être que le début des mauvaises nouvelles pour un modèle qui voulait tout changer — et qui risque de déranger tout le monde.







