Le futur SUV compact que Fiat prépare en réponse au Dacia Duster commence à sortir de l’ombre, et c’est au Maroc qu’il se dévoile sans ses voiles. Plusieurs clichés non camouflés ont récemment fait surface dans les environs de l’usine Stellantis de Kenitra, où le modèle — provisoirement baptisé Grizzly par la presse spécialisée — sera produit à partir de la fin de l’année.
Les photos, diffusées sur Instagram via les comptes Motocar Insight et Test Drive Maroc, donnent la première vue dégagée de cette future arme commerciale de Fiat dans le segment B-SUV : silhouette de SUV coupé, langage stylistique hérité de la Grande Panda, et prix de positionnement qui pourrait bouleverser l’équation actuelle du segment.
Un design qui prolonge la philosophie de la Grande Panda
Visuellement, le Grizzly ne fait pas mystère de sa filiation. La face avant reprend les phares pixelisés caractéristiques introduits par la nouvelle Grande Panda, tandis que la carrosserie joue sur les plis géométriques et les volumes anguleux qui définissent désormais l’identité Fiat moderne. La grande nouveauté tient au profil : ligne de toit plongeante, lunette arrière inclinée et arrière fortement biseauté. Une silhouette assumée de SUV coupé que certains commentateurs comparent au Ford Capri de nouvelle génération.
Deux carrosseries seraient à terme prévues au catalogue. Le fastback dévoilé par les clichés marocains, plus dynamique et orienté désirabilité, et une variante baptisée « Orso » (ours, en italien) selon les fuites internes — surnommée « Giga-Panda » par la presse italienne — qui adopterait une silhouette plus classique de SUV à toit horizontal. Les deux modèles partageraient la même base technique. Le Grizzly fastback ouvrira le bal.
Près de 4,5 mètres et la plateforme Smart Car de Stellantis
Le SUV mesure environ 4,4 à 4,5 mètres de long, soit nettement plus que la Grande Panda (3,99 m) mais sur des proportions très proches du Dacia Duster (4,34 m) et inférieures au Dacia Bigster (4,57 m). Sa cible commerciale est donc claire : le segment C compact, segment le plus disputé du marché européen et terrain de jeu historique de la marque roumaine.
Côté technique, le Grizzly reposera sur la plateforme Smart Car de Stellantis — dérivé low-cost de la CMP (Common Modular Platform) déjà utilisée par la Peugeot 208. Cette base est partagée avec le Citroën C3 Aircross, l’Opel Frontera et la Grande Panda. Son principal intérêt réside dans sa polyvalence énergétique : elle peut accueillir indifféremment un moteur thermique, une micro-hybridation 48V ou une motorisation 100 % électrique. Au programme du Grizzly, donc : un 1,2 turbo essence d’environ 100 chevaux, une version micro-hybride autour de 145 chevaux, et une déclinaison électrique de 156 chevaux annonçant environ 400 km d’autonomie WLTP. Une configuration sept places pourrait également être proposée sur certaines versions, ce qui élargirait sensiblement le positionnement familial du modèle.
Une usine de Kenitra qui change de dimension
L’arrivée du Grizzly à Kenitra n’est pas qu’une bonne nouvelle pour Fiat. Elle confirme la mutation accélérée du site marocain en hub industriel stratégique pour Stellantis. En juillet 2025, le groupe avait inauguré une extension qui a doublé la capacité de production annuelle de l’usine, la portant de 200 000 à 400 000 véhicules — auxquels s’ajoutent 135 000 unités de micromobilité électrique (Citroën Ami, Opel Rocks-e, Fiat Topolino). Jusqu’ici, seule la Peugeot 208 sortait des chaînes wuhanaises de Kenitra.
L’intégration du Grizzly fait donc passer le site marocain dans une nouvelle dimension. Et si Stellantis confirme la production locale de la version 100 % électrique, ce serait une première pour l’industrie automobile marocaine sur un véhicule de cette catégorie. Un saut technologique qui exigerait néanmoins un transfert de savoir-faire significatif, notamment sur l’assemblage des batteries et la formation des opérateurs aux nouveaux équipements.
Une stratégie low-cost assumée par Filosa et François
Le Grizzly s’inscrit dans la nouvelle approche industrielle dévoilée progressivement par Antonio Filosa, devenu CEO de Stellantis, et Olivier François, à la tête de la marque Fiat. La logique est claire : reconquérir des volumes en revenant aux fondamentaux historiques de Fiat — des produits accessibles, désirables et abordables — quitte à sacrifier temporairement les marges. Une équation qu’Olivier François résume comme un retour à l’essence même de la marque transalpine.
Les prix estimés par la presse spécialisée se situent dans une fourchette agressive : autour de 22 000 euros pour la version essence, environ 25 000 euros pour l’hybride, et entre 28 000 et 30 000 euros pour l’électrique. Des tarifs qui placeraient le Grizzly en concurrence frontale avec le Dacia Duster, dont le ticket d’entrée débute autour des 20 000 euros sur le marché français. La bataille s’annonce serrée, d’autant que le Bigster récemment lancé occupe lui aussi cette tranche tarifaire.
Présentation attendue cet été, commercialisation en fin d’année
Stellantis maintient un silence officiel sur le calendrier exact. Le PDG de la marque, Antonio Filosa, a gelé toute communication produit en attendant la présentation du nouveau plan industriel du groupe en 2026. La présentation officielle du Grizzly devrait néanmoins intervenir d’ici la fin de l’été 2026, avec un coup d’envoi commercial dans la foulée. Le Salon de l’Automobile de Paris, prévu du 12 au 18 octobre, apparaît comme un rendez-vous idéal pour une révélation publique grand format.
D’ici là, les prototypes continueront probablement de circuler sur les routes européennes et marocaines, comme c’est déjà le cas depuis les premiers essais photographiés à Brest l’an dernier. Pour Fiat, l’enjeu est désormais clairement industriel : transformer en succès commercial une recette qui a longtemps prouvé sa pertinence — celle d’une voiture italienne, accessible, et résolument familiale. Avec, cette fois, une chaîne de production marocaine au cœur du dispositif.

