L’école a été créée en 1948. Il aura fallu soixante-dix-huit ans pour qu’une centaine de jeunes femmes y entrent la même année. Le GARAC, École nationale des professions de l’automobile et de la mobilité installée à Argenteuil, franchit ce seuil à la rentrée 2026. Dans le même temps, son effectif global dépasse pour la première fois les 1 600 élèves.
Cent sur mille six cents
Le chiffre mérite d’être mis en proportion, car c’est là que se lit sa portée réelle. Cent jeunes femmes pour plus de 1 600 élèves, cela représente environ 6 % de l’effectif. Ce n’est pas la parité, et le communiqué ne prétend pas le contraire. Mais rapporté aux données de branche, ce niveau se situe nettement au-dessus de la moyenne des métiers techniques.
Selon l’Observatoire des métiers des services de l’automobile, piloté par l’ANFA, les femmes ne représentent encore qu’environ 2 % des mécaniciens et carrossiers en activité en France. Dans les garages, ateliers et centres de contrôle technique, une femme sur deux occupe une fonction administrative : assistante, employée des services comptables ou vendeuse.
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Le contraste entre ces 2 % de terrain et les 6 % du GARAC dit l’essentiel : le renouvellement passe par la formation, et il se voit en amont bien avant de se voir en atelier.
Une dynamique de branche qui se confirme
Le GARAC n’évolue pas à contre-courant. Les effectifs féminins en formation dans les services de l’automobile ont plus que doublé depuis 2016, avec une progression de 128 % relevée par l’ANFA. À la rentrée 2023, le nombre de femmes en formation avait encore bondi de 19 %.
Cette progression suit une trajectoire déjà observée dans l’emploi. La part des femmes salariées dans les métiers techniques a doublé entre 2010 et 2020, passant d’environ 0,7 % à près de 1,5 % des postes de mécanicien.
Un phénomène moins connu accompagne ce mouvement : la part de jeunes femmes en formation croît avec le niveau d’études, de 2,9 % au niveau CAP à 6,3 % en licence professionnelle, diplôme d’ingénieur et master. Le GARAC, qui forme du baccalauréat au diplôme d’ingénieur, se situe précisément sur ce spectre.
Le sens du seuil
Michel Roux, directeur général du GARAC, situe l’enjeu au-delà du symbole. « Accueillir aujourd’hui 100 jeunes filles au GARAC est une fierté collective. Ce cap symbolique démontre que les métiers de l’automobile, du camion, de la moto, de la carrosserie et des nouvelles mobilités attirent de plus en plus de talents féminins. Ces métiers offrent des perspectives d’emploi, d’évolution et d’entrepreneuriat auxquelles les jeunes femmes ont toute leur place. »
L’argument de l’emploi n’est pas rhétorique. Les études de branche relèvent que les formations qualifiantes constituent un levier d’insertion efficace et équilibré : 91 % des femmes titulaires d’un certificat de qualification professionnelle sont en emploi six mois après la fin de leur formation, contre 88 % pour les hommes.
Une douzième Girl’s Day le 24 février
L’école poursuit sa mobilisation avec la douzième édition de sa Girl’s Day, programmée le mercredi 24 février 2027. La journée s’adresse aux jeunes filles extérieures à l’établissement et repose sur un principe d’immersion : faire tomber les idées reçues en donnant à voir et à expérimenter la réalité des métiers.
Le programme couvre l’ensemble du spectre de la filière : vente automobile avec casques de réalité virtuelle, maintenance des véhicules légers, technologies hybrides et électriques, véhicules industriels et poids lourds, métiers du motocycle, carrosserie et peinture avec simulateurs de réalité virtuelle.
Le dispositif d’accompagnement mérite d’être relevé. Ce sont les élèves du GARAC elles-mêmes qui guident les participantes, un choix qui change la nature de l’échange : une lycéenne parle à une élève en formation plutôt qu’à une brochure.
Les entreprises engagées
Lors de l’édition précédente, 54 jeunes filles avaient été accueillies. Plusieurs acteurs de la filière avaient participé : Yamaha, Vauban, Rousseau, ABVV, Renault Trucks et RRG.
Cette présence permet aux participantes d’échanger directement avec des professionnels et d’appréhender les évolutions concrètes du secteur. Elle sert aussi les entreprises elles-mêmes, confrontées à des difficultés de recrutement sur des métiers techniques où la pénurie de candidats est documentée depuis des années.
Un secteur qui a besoin de profils différents
L’établissement rattache explicitement cette démarche aux transformations en cours dans la filière : électrification, connectivité, digitalisation des services et nouvelles mobilités.
Ces évolutions modifient le contenu même des métiers. Un technicien intervenant sur un système haute tension, un diagnostic électronique ou une architecture logicielle embarquée exerce un métier différent de celui d’il y a vingt ans, et les critères physiques qui servaient historiquement à justifier la masculinisation de ces professions y pèsent nettement moins.
Reste que les freins persistent, et les études de l’ANFA les documentent sans ambiguïté : stéréotypes de genre, difficultés à trouver une entreprise d’accueil en apprentissage, légitimité à établir face aux clients. Les partenaires sociaux de la branche ont mandaté l’organisme pour élaborer un guide consacré à l’égalité professionnelle.
Le GARAC forme chaque année plus de 1 500 jeunes et adultes, sous statut scolaire, par apprentissage ou en formation continue, du baccalauréat au diplôme d’ingénieur.
Le prochain repère sera le taux de féminisation observé à la rentrée 2027, et surtout la part de ces cent élèves qui exerceront effectivement en atelier trois ans plus tard. C’est là, et pas au moment de l’inscription, que se mesurera la portée de ce cap.

