Tesla a publié une vidéo de trente-quatre secondes montrant l’interface de son futur Roadster. L’écran affiche une pression de propulseurs et un voyant Boost Ready, dans une mise en scène empruntée à l’aviation. Le prototype Thrust est par ailleurs exposé pendant quatre jours au musée Petersen de Los Angeles, du 24 au 27 octobre.
Trente-quatre secondes pour montrer un écran. Tesla a diffusé le 23 octobre une vidéo consacrée à l’interface de son Roadster, et l’exemplaire présenté a dans le même temps rejoint le hall du musée Petersen, à Los Angeles.
Un écran emprunté à l’aviation
La mise en scène est assumée. Fond noir, graphismes rouges et silhouette du véhicule en trois dimensions composent une interface qui emprunte son vocabulaire visuel aux postes de pilotage aéronautiques.
Le contenu relève plutôt de la piste. L’écran rassemble les chronos, le tracé du circuit, les températures de freins et de moteurs, ainsi que la pression et la température de chaque pneumatique.
Les réglages accessibles au conducteur dépassent l’affichage. Quatre configurations aérodynamiques peuvent être sélectionnées, la répartition du freinage est modifiable et les aides électroniques peuvent être désactivées.
L’aileron se pilote depuis la représentation numérique de la voiture. C’est la traduction à l’écran d’une aérodynamique active, et cela suppose un élément mobile commandé électriquement plutôt qu’un appendice fixe.
Cette approche n’a rien d’anodin sur une voiture de route. Confier autant de paramètres à un écran unique place l’interface au centre du comportement dynamique, là où ces réglages relevaient traditionnellement de molettes et de sélecteurs physiques.
La télémétrie affichée relève de l’usage circuit. Des températures de freins et de moteurs en temps réel servent à gérer l’échauffement sur plusieurs tours enchaînés, information sans objet sur un trajet ordinaire.
La pression et la température pneu par pneu vont dans le même sens. Elles permettent d’ajuster les pressions à chaud entre deux sessions, pratique courante en compétition amateur et rare sur une voiture de série.
Rien de tout cela ne dit comment la voiture roule. Une interface se conçoit avant les validations dynamiques, et un écran finalisé n’indique pas qu’un châssis le soit.
Thruster, 5 500 PSI et Boost Ready
Un élément de l’écran retient l’attention. L’interface affiche la mention « Thruster · 5,500 PSI », accompagnée d’un voyant « Boost Ready », soit environ 379 bars indiqués pour le système de propulseurs.
Cette valeur doit être lue avec prudence. Une pression affichée à l’écran ne constitue pas, à elle seule, la confirmation d’une pression maximale de service, et Tesla n’a pas communiqué de caractéristique technique sur ce circuit.
Les propulseurs relèvent d’une version précise de la gamme. La version routière à deux places repose sur l’aérodynamique active et le système d’aspiration multimode, qui génère de l’appui y compris à l’arrêt. La déclinaison Thrust y ajoute des propulseurs à gaz froid à l’arrière, avec un objectif annoncé sous la seconde pour passer de 0 à 60 miles par heure, soit environ 97 kilomètres par heure.
La déclinaison la plus extrême a déjà été documentée. Le Roadster capable de mouvements verticaux n’a qu’une place et aucune homologation routière n’est annoncée, ce qui en limite l’usage à un cadre privé.
Quatre jours au Petersen de Los Angeles
L’exposition est brève et le véhicule identifié. Le musée Petersen présente le prototype Thrust du Roadster 2028 dans son hall principal, du samedi 24 au mardi 27 octobre.
Le statut de l’exemplaire est précisé par l’institution. Il s’agit d’un prototype, issu de la collection de Tesla Motors, et la présentation est statique, sans démonstration dynamique annoncée.
La description du musée reprend les arguments du constructeur. Elle évoque une aérodynamique active et un système d’aspiration à ventilateurs multimodes générant un appui extrême, y compris retourné et à l’arrêt.
Elle rappelle aussi la performance revendiquée lors de la présentation. Le Roadster Thrust y aurait franchi le 0 à 60 miles par heure en moins d’une seconde, chiffre que l’institution rapporte sans le mesurer elle-même.
Tesla désigne enfin le modèle par une formule. Le constructeur le présente comme sa dernière et meilleure voiture de conducteur, positionnement qui tranche avec l’orientation logicielle du reste de sa gamme.
Quatre jours d’exposition statique dans un hall ne constituent pas une rétrospective. C’est une opération de visibilité, à mi-chemin entre la présentation produit et la mise en vitrine, sur un modèle dont aucun exemplaire client n’a encore été livré.
La nomenclature de la gamme mérite d’être prise au mot. Tesla présente actuellement une version routière à deux places accessible sur réservation, puis les augmentations Thrust et Rocket, cette dernière ne disposant que d’une place.
Une production visée pour 2028
Le calendrier reste le point sensible du dossier. Présenté une première fois en 2017, le Roadster vise désormais une production en 2028, soit onze ans après sa révélation initiale.
Les étapes récentes ont été laborieuses. Tesla avait fini par donner une date de présentation après neuf ans d’attente pour des clients ayant versé jusqu’à 250 000 dollars, puis la démonstration avait été décalée au 15 octobre pour des raisons météorologiques.
L’écart entre la vitrine et la livraison reste donc entier. L’interface est montrée comme opérationnelle, le prototype circule entre les événements, et la production n’est pas engagée.
Le reste de la gamme suit une trajectoire plus prosaïque. La Model 3 propulsion est passée à une batterie LFP de 62,5 kilowattheures, et la marque prépare par ailleurs une nouveauté attendue en Europe.
C’est ce contraste qui caractérise le dossier Roadster. Le modèle sert de démonstrateur d’image pendant que les volumes se jouent sur des berlines et des SUV dont les évolutions portent sur la chimie des batteries et les coûts de production.
Les clients de la première heure restent le point d’attention. Certains ont immobilisé jusqu’à 250 000 dollars depuis 2017, somme bloquée pendant neuf ans sans véhicule livré ni date ferme jusqu’à cette année.
Le passage par un musée alimente d’ailleurs l’ambiguïté. Exposer un prototype dans une institution patrimoniale installe le modèle dans l’histoire automobile avant même qu’il existe commercialement.
Le prochain jalon utile sera industriel, pas scénique. Une date d’ouverture des commandes fermes, une usine identifiée ou un calendrier de production diraient davantage sur l’échéance de 2028 que toute nouvelle démonstration.
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