Usine Stellantis de Tychy : 740 licenciements, la crise de production s’aggrave en Europe

Stellantis est sur le point de supprimer jusqu’à 740 postes sur son site de Tychy en Pologne, transformant cette usine longtemps considérée comme « protégée » en symbole de la crise industrielle qui secoue le groupe en Europe. Derrière les 320 licenciements officiellement annoncés, les syndicats redoutent un plan social bien plus vaste, combinant suppressions de postes, non-renouvellement de CDD et baisses de cadence à répétition.

Tychy, nouvelle « Mirafiori de l’Est »

Selon les documents transmis aux représentants du personnel, Stellantis prévoit la suppression immédiate de 320 postes « structurels », mais les organisations syndicales estiment que l’impact total pourrait atteindre environ 700 à 740 salariés d’ici fin avril 2026 en incluant les contrats temporaires. Une source industrielle évoque un effectif de l’ordre de 2 400 à 2 500 employés sur le site, ce qui ferait disparaître près d’un tiers des postes, un choc massif pour l’économie locale.

Cette usine, qui assemble les Fiat 600, Jeep Avenger et Alfa Romeo Junior, devait incarner la nouvelle offensive de Stellantis sur le segment des petits SUV urbains, thermiques, hybrides et électriques. Or les volumes ne suivent pas, au point que Tychy a déjà été mise à l’arrêt temporaire à plusieurs reprises ces derniers mois pour éviter un surstock de véhicules. De plus en plus de médias européens surnomment désormais le site « la Mirafiori de l’Est », en référence à l’usine turinoise en grande difficulté, symbole des surcapacités industrielles du groupe.

Indemnités généreuses en façade, pression maximale en interne

Pour tenter de faire passer la pilule, Stellantis met en avant un barème d’indemnités très généreux sur le papier, avec des montants qui peuvent grimper jusqu’à 22 mois de salaire pour les salariés les plus anciens, et des dispositifs spécifiques pour ceux proches de la retraite. Mais ce plan est placé sous la double contrainte d’un filtrage strict des départs volontaires et d’une sélection des licenciements basée sur les évaluations de performance, ce qui nourrit la colère syndicale.

Les syndicats polonais dénoncent un climat de peur : les salariés les moins bien notés sur les 12 derniers mois se retrouvent en première ligne, dans un contexte où les arrêts de production et le sous-emploi imposés par la direction ont déjà fragilisé le moral des équipes. La perspective de 700 à 740 familles directement impactées a conduit plusieurs organisations, dont NSZZ Solidarność, à brandir la menace de grèves et d’actions collectives si les négociations n’aboutissent pas.

Une crise européenne, pas un cas isolé

La situation de Tychy s’inscrit dans une crise beaucoup plus large qui touche l’ensemble de l’appareil industriel européen de Stellantis. À l’automne 2025, le groupe a déjà fermé temporairement jusqu’à six ou sept sites sur le continent pour éviter un surstock, notamment à Poissy, Mulhouse, Eisenach, Pomigliano ou encore Tychy. La baisse de la demande sur plusieurs modèles clés a entraîné des périodes de chômage partiel, des suppressions de shifts et des volumes historiquement bas, en particulier en Italie.

Les syndicats italiens tirent la même sonnette d’alarme pour Cassino et Melfi, tandis que les usines Opel de Rüsselsheim et Eisenach fonctionnent en sous-régime, sur fond de rumeurs persistantes concernant l’avenir de certains sites comme Gliwice en Pologne. Si Stellantis exclut pour l’instant, officiellement, toute fermeture d’usine européenne en 2026, la direction laisse clairement la porte ouverte à des restructurations plus lourdes au-delà de cette échéance.

Coûts de l’énergie, concurrence chinoise et retard produit

Au cœur de cette crise industrielle se trouvent des facteurs économiques et stratégiques profonds. D’abord, l’explosion des coûts énergétiques en Pologne, où les prix de l’électricité ont bondi parmi les plus vite de l’Union européenne, pèse fortement sur la compétitivité des usines locales malgré les dispositifs de plafonnement mis en place par Varsovie. Tychy se retrouve ainsi en première ligne d’une équation coût/volume particulièrement défavorable.

Ensuite, les SUV électriques et hybrides produits par Stellantis affrontent une concurrence frontale des marques chinoises comme BYD, MG, XPeng ou Nio, qui gagnent rapidement des parts de marché en Europe sur les segments C et D avec des tarifs plus agressifs. La demande pour les Jeep Avenger et Fiat 600 électriques reste en deçà des attentes, alors même que le groupe doit amortir des investissements massifs dans ses nouvelles plateformes et ses usines de batteries.

Enfin, plusieurs projets clés, comme le déploiement complet de la plateforme STLA Medium pour les futures Alfa Romeo et les SUV Peugeot, accumulent les retards, ce qui retarde le renouvellement de gammes cruciales dans un marché en plein basculement. Dans ce contexte, le plan d’économies de 5 milliards d’euros évoqué par Carlos Tavares passe inévitablement par des coupes drastiques dans l’outil industriel européen, même si le groupe reste bénéficiaire.

Un signal d’alarme pour l’automobile européenne

Au-delà de Tychy, ce plan social envoie un signal inquiétant à toute la filière automobile du Vieux Continent : la transition vers l’électrique se traduit, dans l’immédiat, par des usines à l’arrêt, des surcapacités et des milliers d’emplois menacés. Les aides publiques et le Green Deal ne suffisent pas, pour l’instant, à compenser la pression concurrentielle et les déséquilibres entre offre et demande, notamment sur les modèles électriques grand public.

En Pologne comme en Italie, en Allemagne comme en France, les mêmes questions ressurgissent : comment préserver un socle industriel solide tout en finançant la mutation technologique vers le zéro émission ? En attendant les réponses du management de Stellantis, les salariés de Tychy, eux, vivent déjà les conséquences très concrètes de cette transition à marche forcée. Stellantis a été sollicité pour commenter l’ampleur exacte du plan et les perspectives de maintien d’activité sur le site polonais ; aucune réponse détaillée n’avait été rendue publique à l’heure où ces lignes étaient rédigées.

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Faris Bouchaala
Faris Bouchaala
Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.
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