Valeo ferme une usine française : 94 salariés menacés

Valeo cède le site isérois spécialisé dans l’hybridation au géant de la logistique. L’activité automobile cessera entre fin 2027 et juin 2028. Les syndicats dénoncent l’absence de repreneur industriel et un reclassement incertain pour les employés restants après la suppression de 238 postes en 2024-2025.

L’hémorragie industrielle continue chez les équipementiers français. Après Bosch à Moulins-Yzeure, Valeo se sépare d’un site historique : l’usine de Saint-Quentin-Fallavier dans l’Isère a été vendue au géant de la logistique Prologis pour 24,5 millions d’euros. La signature est intervenue le 29 décembre 2025 avec une annonce officielle mi-janvier 2026.

L’activité automobile s’arrêtera entre fin 2027 et juin 2028, avec un bail transitoire maintenant la production en attendant. Mais pour les quelque 94 salariés restants, l’avenir demeure extrêmement incertain : reclassement promis par la direction mais crédibilité nulle selon les organisations syndicales.

Un site d’hybridation victime du ralentissement du marché

Implantée dans la zone logistique de Chesnes près de Lyon, l’usine Valeo de Saint-Quentin-Fallavier produisait des systèmes d’hybridation : moteurs électriques GMG et DMG avec électronique intégrée, principalement destinés au client Magna International. Une technologie censée exploser avec l’essor des hybrides rechargeables qui n’a finalement pas tenu ses promesses commerciales. Les commandes ont fondu progressivement et le site a perdu sa raison d’être économique.

Dès novembre 2024, Valeo annonçait un plan de sauvegarde de l’emploi supprimant 238 postes dont toute l’équipe recherche et développement. Les licenciements se sont étalés jusqu’en septembre 2025. L’effectif est passé de plus de 300 salariés à une petite centaine actuellement.

En juillet 2024, le site figurait parmi trois entités mises en vente dans le cadre de la loi Florange avec La Suze-sur-Sarthe et La Verrière. Aucun repreneur industriel ne s’est manifesté durant la période de recherche obligatoire. Prologis, déjà important propriétaire foncier dans la zone Chesnes, a saisi l’opportunité pour transformer le site en entrepôt logistique, secteur connaissant une forte expansion grâce à l’e-commerce.

Stratégie de recentrage Elevate 2028

Valeo justifie cette cession par son plan stratégique « Elevate 2028 » visant un recentrage sur les technologies à forte valeur ajoutée comme les capteurs ADAS pour la conduite autonome, l’électronique de puissance et les batteries. Cette stratégie implique une réduction drastique des coûts et une optimisation de l’empreinte industrielle mondiale.

Le groupe a déjà supprimé des milliers de postes en Europe ces deux dernières années et réduit son réseau de 34 sites à l’échelle mondiale. « Nous recherchons des locaux adaptés pour poursuivre l’activité », assure la direction dans ses communications officielles. Sur le terrain, personne ne croit réellement à cette promesse vague.

Syndicats et salariés dans l’inquiétude totale

Sébastien Gravalon, représentant CGT sur le site, ne mâche pas ses mots : « On n’y croit pas du tout. C’est la fin annoncée, point final. » Les organisations syndicales CGT, SUD, FO et CAT dénoncent un processus opaque et une direction privilégiant la rentabilité financière au détriment des emplois industriels.

Les manifestations se sont multipliées : grèves, déplacements au siège de Créteil, assignations aux prud’hommes pour contester les licenciements économiques de 2024-2025. Des salariés ont même dénoncé une délocalisation déguisée, pointant du doigt les dividendes versés aux actionnaires pendant que les usines ferment.

Les 94 employés restants – ouvriers, techniciens et encadrement – s’interrogent sur leur avenir professionnel. Le reclassement interne semble problématique car les sites Valeo les plus proches comme Château-Thierry ou Angers se situent à des centaines de kilomètres. Refuser la mobilité géographique équivaut à un licenciement sec pour beaucoup.

Avec une moyenne d’âge élevée tournant autour de 45-50 ans, les reconversions s’annoncent compliquées dans un bassin isérois déjà sous tension économique où la logistique se développe mais l’industrie automobile recule.

Symptôme d’une crise profonde des équipementiers français

Valeo n’est pas un cas isolé. Le groupe employant 110 000 salariés dans le monde dont 14 000 en France subit de plein fouet le ralentissement des ventes européennes, les reports de projets de véhicules électriques chez les constructeurs comme Renault et Stellantis, la hausse des coûts énergétiques et la concurrence chinoise féroce sur les composants de base.

Son plan « PowerUp » déployé en 2024-2025 a déjà supprimé près de 900 postes en France dans le secteur de l’électrification. Avec « Elevate 2028 », l’objectif affiché consiste à redevenir rentable en se recentrant sur le haut de gamme technologique : conduite autonome de niveau 3 et 4, intelligence artificielle embarquée.

Mais pour les territoires concernés, cette stratégie constitue une catastrophe en chaîne. L’Isère, ancien fief industriel automobile, voit ses usines se transformer en entrepôts logistiques. Prologis investira probablement dans la modernisation du site pour en faire un entrepôt « dernière génération » créant des emplois, certes, mais précaires, saisonniers et nécessitant des qualifications bien inférieures à celles des soudeurs et électroniciens de Valeo.

Réactions politiques et médiatiques

Sur les réseaux sociaux, les réactions affluent. Des articles de La Tribune, L’Usine Nouvelle et Le Dauphiné Libéré relaient l’information tandis que des comptes militants dénoncent « la fin de l’industrie française » et appellent à la mobilisation citoyenne. Un élu local du Rassemblement National a interpellé le gouvernement sur ce dossier en 2025 sans obtenir de réponse concrète ni de mesures d’accompagnement spécifiques.

Cette vente dépasse la simple transaction immobilière : elle constitue un signal d’alarme supplémentaire. Si les équipementiers comme Valeo, Bosch ou Faurecia continuent de réduire drastiquement leur présence en France au profit de sites low-cost ou de recentrage technologique, que reste-t-il de la filière automobile nationale ?

Les start-ups innovantes comme Gaming Engineering développant de nouvelles technologies sont prometteuses mais ne compensent pas les milliers d’emplois industriels perdus dans les territoires.

Les salariés de Saint-Quentin-Fallavier attendent des actes concrets : un véritable plan de reclassement crédible, des aides substantielles à la formation professionnelle, et une stratégie industrielle nationale cohérente ne laissant pas les territoires ruraux ou périurbains se vider de leur substance économique.

En attendant, le fronton Valeo va bientôt céder la place à un logo Prologis sur le site isérois, triste symbole d’une époque industrielle qui s’achève pour l’automobile française.

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Faris Bouchaala
Faris Bouchaala
Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.
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