Selon les données publiées par Dataforce pour janvier 2026, le Dacia Duster a enregistré 8 842 immatriculations en France sur le mois, contre 14 973 unités sur la même période en 2025. La baisse atteint 41 %, soit 6 131 véhicules en moins en douze mois.
Le SUV qui avait dominé le marché français toutes catégories confondues en 2023 et 2024 cède brusquement du terrain, et les raisons de cette dégringolade sont multiples, imbriquées, et pour certaines structurelles.
Un attentisme classique en fin de cycle produit
La troisième génération du Duster a été lancée fin 2023. Trois ans après son arrivée en concession, le modèle approche de la zone de turbulences habituelle qui précède tout restylage majeur. Un nombre croissant d’acheteurs potentiels préfère patienter plutôt que de signer pour une version qu’ils savent en fin de vie commerciale. Le restylage annoncé pour l’été 2026, avec un nouveau design inspiré du Bigster, une version hybride E-Tech améliorée, un intérieur modernisé et des aides à la conduite de niveau 2+, alimente cet attentisme. C’est un phénomène bien documenté sur les SUV familiaux : dès que les rumeurs de mise à jour circulent, les ventes du modèle sortant marquent le pas plusieurs mois avant la présentation officielle.
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À cela s’ajoute un effet de stock. Janvier 2025 avait bénéficié d’un flux de livraisons important, conséquence directe des commandes passées en fin d’année 2024 avant les ajustements du bonus écologique. En janvier 2026, ces livraisons différées n’existent plus, et la version restylée n’est pas encore disponible. Le trou dans les immatriculations reflète cette discontinuité du calendrier produit autant qu’un recul de la demande.
La pression concurrentielle s’intensifie sur tous les fronts
Le Duster n’a pas seulement un problème de cycle produit. Son environnement concurrentiel a profondément changé en dix-huit mois. Les marques chinoises présentes en France, BYD avec l’Atto 3, MG avec le ZS EV, Leapmotor avec le C10 et Chery avec l’Omoda 5, ont gagné de la visibilité et de la crédibilité auprès des acheteurs de SUV accessibles. Leurs offres de financement, leurs équipements technologiques embarqués et leurs prix d’attaque en LOA ont séduit une partie de la clientèle traditionnelle du Duster, celle qui arbitre d’abord sur le mensuel et le volume habitable.
Du côté européen, le Renault Austral hybride, le Peugeot 3008 électrique et le Citroën C5 Aircross restylé ont absorbé des clients qui auraient pu considérer le Duster dans une autre configuration de marché. Le Duster souffre d’une absence : il ne propose pas de version 100 % électrique. Dacia a clairement annoncé que cela ne viendra pas avant 2027-2028, laissant le modèle exposé sur un segment où la demande pour les motorisations électrifiées progresse, même si le thermique reste majoritaire.
Les aides publiques ont changé la donne pour les SUV thermiques
Le contexte réglementaire de janvier 2026 diffère sensiblement de celui de janvier 2025. Le bonus écologique a été réduit pour les ménages au-dessus de certains seuils de revenus, et le malus écologique a été renforcé sur les véhicules thermiques les plus lourds. Le Duster Hybrid 140 et la version ECO-G GPL ne sont pas directement touchés par ces mesures, mais l’ensemble du marché des SUV à motorisation non électrique a subi un effet de freinage psychologique. Les acheteurs qui hésitent entre thermique et hybride rechargeable ont tendance à reporter leur décision lorsque les règles fiscales bougent en cours d’année.
Cette combinaison, malus renforcé sur le thermique et bonus réduit pour les ménages aisés sur l’électrique, a créé une zone d’incertitude qui profite rarement aux modèles en attente de restylage.
Un creux conjoncturel, pas une rupture structurelle
Replacer janvier 2026 dans une perspective plus large nuance le tableau. Sur l’ensemble de l’année 2025, le Duster a dépassé 45 000 immatriculations en France, ce qui en fait toujours l’un des piliers du marché national. Sa base de prix, à partir de 19 000 euros environ en version essence de base, reste imbattable sur le segment des SUV compacts familiaux. Les versions GPL ECO-G continuent d’attirer les gros rouleurs pour lesquels le coût au kilomètre prime sur la sophistication technologique. Le Duster n’a pas perdu ses fondamentaux.
Le restylage de l’été 2026 sera le vrai test. Si Dacia parvient à moderniser suffisamment l’habitacle et à crédibiliser l’offre hybride E-Tech face à la concurrence européenne et chinoise, les ventes du second semestre devraient effacer mécaniquement le creux de début d’année. Les commandes en attente accumulées pendant la période d’attentisme alimenteront le carnet de commandes dès la présentation officielle du modèle restylé.
Ce que janvier 2026 révèle en revanche avec netteté, c’est la vulnérabilité du modèle low-cost face à une concurrence qui n’hésite plus à casser les prix sur les équipements technologiques. Dacia a construit son succès sur le rapport espace-prix. Ce rapport reste solide. Mais l’écart se réduit, et le restylage devra apporter davantage qu’un simple rafraîchissement cosmétique pour maintenir la distance avec des challengers qui progressent vite.
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