Un bâtiment terminé, aucune ligne de production installée, et 300 millions de dollars déjà engagés. General Motors se retire de la coentreprise batteries Synergy Cells, dont Samsung SDI rachète les 49,99 % qu’il détenait. Le groupe coréen invoque des perspectives de marché modifiées et une croissance de la demande de véhicules électriques nettement plus lente qu’anticipé en Amérique du Nord.
Le projet et son arrêt
L’accord initial remonte à avril 2023, la coentreprise ayant été finalisée par une signature à Séoul en août 2024. Les deux partenaires prévoyaient d’investir environ 3,5 milliards de dollars sur un terrain de 275 hectares à New Carlisle, dans l’Indiana.
La capacité annuelle visée était de 27 gigawattheures, extensible à 36 GWh, avec plus de 1 600 emplois attendus. La production de masse, d’abord programmée pour 2026, avait été repoussée à 2027. Le site devait fabriquer des cellules prismatiques riches en nickel, de chimie NCA, destinées aux futurs véhicules électriques du constructeur américain.
Samsung SDI a annoncé le 11 août la fin de l’accord et la conversion de l’entité en filiale à 100 %, qui sera rebaptisée. Le prix de rachat n’a pas été divulgué. À la date du dépôt réglementaire, l’investissement cumulé du groupe coréen dans la structure s’élevait à 275,3 milliards de wons.
Une reconversion facilitée par l’absence d’outillage
Le détail le plus révélateur du dossier tient à l’état d’avancement du site. La construction avait été suspendue plus tôt cette année, la structure étant achevée mais jamais équipée des machines de fabrication de cellules.
Cette situation change tout pour Samsung SDI. Le groupe n’hérite pas d’une usine remplie d’outillage NMC coûteux qu’il faudrait démonter et remplacer. Il récupère une coque adaptable, ce qui rend la reconversion vers le stockage stationnaire économiquement viable.
Le fabricant prévoit de terminer l’installation et de démarrer par des batteries destinées aux systèmes de stockage d’énergie, un marché en croissance rapide aux États-Unis, tiré par le réseau électrique et les centres de données. New Carlisle devient sa première base de production détenue en propre en Amérique du Nord.

Une rupture partielle, pas une séparation
Les deux entreprises ont signé simultanément un accord de développement conjoint portant sur des cellules prismatiques de nouvelle génération, à haute densité énergétique et charge rapide, destinées à d’éventuelles applications électriques futures.
Ces cellules pourraient à terme être produites dans l’usine de l’Indiana. GM conserve donc un accès à la technologie sans porter le risque industriel de la production.
Un analyste de GlobalData résume l’arbitrage : le constructeur réduit ses coûts fixes tout en maintenant la collaboration technologique, mais devient plus dépendant de ses fournisseurs pour les volumes et les délais.
Un schéma que GM a déjà appliqué
Ce retrait s’inscrit dans une série. En 2025, le groupe avait cédé à LG Energy Solution sa participation dans l’usine Ultium Cells de Lansing, dans le Michigan, pour environ 2 milliards de dollars. L’usine Ultium du Tennessee a également fait l’objet d’une cession, avant d’être réorientée vers le stockage stationnaire en mars.
L’usine d’Orion, dans le Michigan, initialement destinée aux pick-up électriques, est reconfigurée pour produire des Cadillac Escalade et Chevrolet Silverado thermiques à partir de début 2027.
Le contexte financier est lourd. GM a passé 7,6 milliards de dollars de charges l’an dernier liées aux réductions de production sur ses activités électriques et batteries, dont une dépréciation de 1,6 milliard en octobre 2025 et une seconde de 6 milliards en janvier 2026.
Un mouvement qui dépasse GM
Le facteur déclencheur est identifiable. La suppression du crédit d’impôt fédéral de 7 500 dollars à l’achat, intervenue en septembre 2025, a modifié l’équation économique du véhicule électrique aux États-Unis et conduit les constructeurs à réduire leurs plans de production.
Ford et Stellantis ont procédé à des dissolutions comparables de leurs coentreprises batteries nord-américaines. Il ne subsiste désormais que deux structures associant fabricants coréens et constructeurs mondiaux aux États-Unis : Ultium Cells, entre LG Energy Solution et GM, et StarPlus Energy, entre Samsung SDI et Stellantis.
Pour l’observateur européen, le signal mérite attention. Les capacités de production de cellules bâties sur des projections de demande américaine se réorientent vers le stockage stationnaire, un marché dont la croissance est tirée par les centres de données et le réseau électrique. Cette réallocation change la structure de l’offre mondiale de cellules, et donc les conditions d’approvisionnement des constructeurs européens.

