Maserati continue de capitaliser sur son patrimoine. Le département Maserati Classiche, programme officiel dédié à l’authentification et la restauration des modèles historiques de la marque au Trident, vient d’attribuer sa Certification d’Authenticité à une 200S de 1957, châssis numéro 2406, type 52.
Une biposte de compétition rarissime qui marque l’épilogue d’un parcours symbolique pour la cellule heritage de Modène : avec cette validation, le programme franchit officiellement la barre des cent certifications délivrées depuis son lancement en 2021. Un seuil qui n’a rien d’anodin sur le marché toujours plus exigeant des automobiles historiques de premier rang.
Une certification qui pèse sur la valeur de marché
Le concept de certification d’authenticité a pris une importance considérable ces dernières années dans l’univers du collector haut de gamme. À l’image de ce que pratiquent Ferrari Classiche ou Porsche Sonderwunsch, Maserati a structuré en 2021 son propre programme à Modène, désormais intégré à l’initiative BOTTEGAFUORISERIE. La procédure repose sur l’examen approfondi d’un comité d’experts qui passe au crible les caractéristiques techniques de la voiture, sa documentation historique et les correspondances avec les Archives Officielles. Plus de 300 vérifications sont effectuées avant délivrance du certificat. Le sésame ouvre l’accès aux grands concours d’élégance, aux ventes aux enchères internationales et garantit une plus-value tangible sur les ventes privées.
Le cap des cent certifications a été franchi il y a quelques semaines avec la 3500 GT Convertibile Vignale prototype, châssis 101505, présentée lors de la première édition de l’Anantara Concorso Roma. La 200S vient désormais s’ajouter à cette liste qui s’allonge à un rythme soutenu — signe de l’intérêt croissant des collectionneurs pour les modèles d’avant-guerre et d’après-guerre du Tridente.
200S : trente exemplaires, une carrosserie en aluminium et le souvenir de Behra
La Maserati 200S occupe une place singulière dans l’histoire sportive de la marque modénaise. Produite à seulement 30 exemplaires entre 1955 et 1957, cette biposte de compétition est née de la nécessité de répondre à la Ferrari 500 Mondial, qui avait rendu obsolète l’excellente A6GCS. Conçue autour du projet « Tipo 52 » initié dès 1952 par Giulio Alfieri, elle s’articule autour d’un châssis tubulaire en acier KM0 habillé d’une carrosserie entièrement en aluminium, revêtue de la livrée rouge devenue iconique.
Sous le capot, un quatre cylindres en ligne en alliage léger de 1 994 cm³, à double allumage, distribution bialbero et alimentation par deux carburateurs Weber. Le bloc, dérivé de celui de la 150S, développait 187 chevaux à 7 500 tr/min — une mécanique raffinée pour l’époque. Les premières carrosseries ont été signées Celestino Fiandri, avant que Medardo Fantuzzi ne prenne le relais à partir de la quatrième unité. Les châssis tubulaires ont été confiés au spécialiste Gilco après les premiers prototypes.
En course, la 200S a débuté le 24 juin 1956 au Trofeo Supercortemaggiore. Un démarrage compliqué, mais des promesses suffisantes pour valider la production en série. Les victoires sont arrivées rapidement : Jean Behra s’est imposé à Castelfusano et Caracas, tandis que Giorgio Scarlatti a remporté le Giro di Sicilia 1957 au volant de la version 200SI. Pour mémoire, le pilote suisse Benoît Musy perdit la vie sur une 200S à Montlhéry en 1956 — rappel des conditions extrêmes dans lesquelles ces machines évoluaient.
Le rôle d’Ermanno Cozza, mémoire vivante du Tridente
L’histoire du châssis 2406 prend une dimension supplémentaire grâce au lien qui l’unit à Ermanno Cozza, surnommé la « Mémoire Historique Maserati ». Classe 1933, entré aux Officine Alfieri Maserati en 1951 comme mécanicien, Cozza a traversé tous les services techniques de la marque avant de fonder l’Archivio Storico. C’est lui qui, dans les années 1980, retrouva et restaura personnellement cet exemplaire alors menacé d’oubli. Aujourd’hui, plus de 75 ans après ses débuts à Modène, il continue de fréquenter régulièrement l’entreprise et a accompagné l’équipe Classiche durant le processus de certification de la 200S. Une boucle bouclée qui donne tout son sens à la démarche.
Prochaine étape pour Maserati Classiche : la Mille Miglia 2026, qui se tiendra du 9 au 13 juin et où les modèles historiques du Tridente seront naturellement représentés. L’occasion de voir rouler une partie de ces voitures certifiées sur les routes les plus emblématiques de la péninsule.

