Le retour de Lancia en compétition se joue à tous les niveaux, jusqu’à la version de série. À l’occasion de la troisième manche du Championnat de France des Rallyes, disputée sur les routes du Rallye Antibes Côte d’Azur, une Lancia Ypsilon HF strictement de série s’est imposée dans la catégorie ENRS (Énergies Nouvelles Régularité Sportive).
Une victoire symbolique pour la citadine 100 % électrique de la marque italienne, qui a parcouru les mêmes spéciales que les voitures de rallye modernes — celles-là mêmes qui reprennent les tracés mythiques du Rallye Monte-Carlo.
La régularité, une discipline de précision plutôt que de vitesse
Pour bien comprendre cette performance, il faut s’attarder sur la nature particulière de l’épreuve. Contrairement au rallye de vitesse, la régularité sportive ne récompense pas le plus rapide, mais le plus précis. Organisée en doublure d’un rallye officiel, sur routes fermées et sur les mêmes spéciales que les concurrents modernes, cette discipline impose aux équipages de respecter une vitesse moyenne imposée, le plus fidèlement possible. Chaque écart, en avance comme en retard, est pénalisé.
Les catégories ENRS et VMRS (Véhicules Modernes Régularité Sportive) sont précisément ouvertes aux Lancia Ypsilon de série dans les compétitions françaises de la FFSA : les versions Elettrica, HF et Ibrida en ENRS, et la Ypsilon Turbo 100 en VMRS. Une manière pour Lancia de démontrer les qualités routières de ses modèles de tous les jours, dans un cadre compétitif exigeant, sans recourir à des préparations spécifiques.
Une domination nette sur les spéciales du Monte-Carlo
Sur le terrain, la Lancia Ypsilon HF — venue par la route avant de s’élancer — a livré une prestation maîtrisée. Engagée face à plusieurs sportives concurrentes sur le même parcours, elle a d’abord dû négocier la première spéciale autour de Gréolières, avec des moyennes imposées de 58 à 68 km/h et cinq points de chronométrage secrets où chaque équipage devait passer dans la bonne seconde.
C’est dans la deuxième zone de régularité, dans le Col de Bleine et ses plus de 25 kilomètres d’effort, que la Lancia a pris la tête de l’épreuve pour ne plus jamais la lâcher. L’équipage creusait l’écart dans la spéciale Saint-Antonin – Toudon, avec une précision remarquable : seulement trois points de contrôle au-dessus de la seconde de décalage sur vingt-trois, soit environ un contrôle par kilomètre. La première étape se terminait déjà avec 38 secondes d’avance. La seconde étape, autour du mythique Col de Turini, confirmait la domination de l’Ypsilon HF, qui bouclait le rallye en tête avec 1 minute et 55 secondes d’avance sur la concurrence — composée notamment d’une Alpine A290 et d’une Alpine A390.
Lancia présente dans toutes les catégories
Cette victoire en régularité n’était pas le seul motif de satisfaction pour Lancia sur ce rallye azuréen. La marque était engagée à tous les niveaux de la compétition. En tête du Championnat de France des Rallyes au départ de l’épreuve, l’équipage de pointe Yoann Bonato et Benjamin Boulloud, au volant de la Lancia Ypsilon Rally2 HF Integrale, menait le classement général au terme de la première journée, avant de connaître la malchance en sortant de la route lors de l’ultime spéciale.
Plus bas dans la hiérarchie, une Lancia Ypsilon HF Racing a décroché le podium de sa classe, tandis que le passé glorieux de la marque s’invitait également à la fête : en Championnat d’Europe Historique de la FIA, une Lancia Stratos HF s’est classée quatrième au général, et une Lancia Delta HF Integrale montait sur le podium d’une autre épreuve de régularité. Deux modèles légendaires qui rappellent que Lancia fut l’un des plus grands noms du rallye mondial, avec un palmarès inégalé en Championnat du monde.
Ce déploiement à tous les étages illustre la stratégie de relance de Lancia, marque historique du groupe Stellantis en pleine renaissance. Dans le cadre du plan FaSTLAne 2030, Lancia a été rattachée à Fiat en tant que marque de spécialité, mais conserve une identité sportive forte héritée de son glorieux passé. Le label HF, symbole de performance chez Lancia depuis les années 1960, retrouve ainsi tout son sens — sur les spéciales comme dans les concessions. Pour les passionnés de la région azuréenne, voir une Lancia triompher sur les routes qui mènent au Monte-Carlo a sans doute eu une saveur particulière, renouant avec les grandes heures du rallye méditerranéen.

