Stellantis Algérie a célébré fin janvier ses deux ans d’activité. L’usine de Tafraoui à Oran emploie 2000 personnes et dispose d’une capacité de 90 000 véhicules par an. Le site assemble le Fiat Doblo et lance la Grande Panda en février 2026.
Stellantis Algérie a célébré fin janvier 2026 ses deux ans d’activité industrielle. L’usine située dans la zone industrielle de Tafraoui à Oran emploie désormais près de 2000 personnes et assemble des véhicules de la marque Fiat pour le marché algérien et potentiellement l’export régional. Le site a été construit en 24 mois sur un terrain vierge avec une capacité de production annoncée de 90 000 véhicules par an en completely knocked down (CKD) complet.
Capacité de 90 000 véhicules annuels visée
La valeur de référence officielle concernant la capacité de production est de 90 000 véhicules par an d’ici 2026 en assemblage CKD complet. Cette capacité constitue l’argument principal mis en avant par Stellantis pour justifier l’ampleur des investissements consentis et la création de 2000 emplois directs sur le site de Tafraoui.
L’assemblage en CKD complet signifie que le véhicule arrive sous forme de composants totalement démontés nécessitant un assemblage intégral sur place, contrairement au semi-knockdown (SKD) où certains sous-ensembles arrivent déjà pré-assemblés. Cette approche CKD permet théoriquement d’atteindre des taux d’intégration locale plus élevés à terme en facilitant la substitution progressive de composants importés par des pièces produites localement.
Cette capacité de 90 000 unités annuelles positionne l’usine de Tafraoui comme un acteur significatif sur le marché algérien estimé à environ 100 000 véhicules annuels toutes marques confondues. Si cette capacité était pleinement utilisée, Stellantis pourrait théoriquement capter jusqu’à 90% du marché local, scénario évidemment irréaliste compte tenu de la concurrence établie.
Montée en puissance progressive
La capacité actuelle de production reste vraisemblablement nettement inférieure à cet objectif de 90 000 véhicules annuels, l’usine étant en phase de montée en puissance progressive depuis son démarrage début 2024. Les sites d’assemblage automobile atteignent généralement leur capacité nominale après deux à trois ans d’exploitation permettant de stabiliser les processus, qualifier les équipes et optimiser l’organisation industrielle.
En2024, le Groupe a annoncé 17 000 unités assemblées au niveau de son usine, ce chiffre a atteint les 50 000 unités en septembre 2025. Cette production limitée s’explique par les contraintes du marché algérien lui-même confronté aux difficultés économiques réduisant la demande solvable.
L’objectif de 90 000 véhicules annuels intègre probablement des volumes d’export vers les marchés voisins d’Afrique du Nord et potentiellement d’Afrique subsaharienne francophone, débouchés indispensables pour justifier une telle capacité dépassant largement les besoins du seul marché algérien.
Premier modèle Fiat 500 remplacé par la Grande Panda
Le premier modèle assemblé à l’usine de Tafraoui était la Fiat 500, citadine iconique du constructeur italien permettant de démarrer la production sur un véhicule à forte notoriété auprès du public algérien. Cette Fiat 500 a constitué le modèle d’apprentissage pour les équipes locales découvrant les processus d’assemblage automobile et les exigences qualité du secteur.
Ce modèle est désormais remplacé par la Fiat Grande Panda dont la commercialisation en Algérie est prévue pour le mois de février 2026. Cette substitution s’inscrit dans la stratégie de Stellantis de proposer des modèles plus spacieux et familiaux mieux adaptés aux besoins du marché algérien privilégiant les véhicules polyvalents capables de transporter familles nombreuses et bagages.
La Grande Panda, récemment élue Nouveauté de l’Année 2026 par les lecteurs du magazine italien Quattroruote avec 12% des suffrages, bénéficie d’une image favorable et d’un positionnement tarifaire accessible cohérent avec le pouvoir d’achat algérien contraint. Son lancement local témoigne de la volonté de Stellantis d’accélérer la disponibilité de ses nouveautés sur le marché algérien plutôt que d’attendre plusieurs années comme c’était traditionnellement le cas.
Production du Fiat Doblo en versions multiples
L’usine Stellantis de Tafraoui à Oran fabrique également le Fiat Doblo dans ses différentes déclinaisons répondant aux besoins variés du marché algérien professionnel et familial. La version utilitaire tôlée sans vitres latérales arrière cible les professionnels, artisans et commerçants nécessitant un véhicule de transport de marchandises compact et économique pour leurs activités quotidiennes.
La version touristique baptisée « Panorama » équipée de sièges passagers et de vitres sur toute la périphérie s’adresse aux familles nombreuses courantes en Algérie et aux utilisateurs professionnels du transport de personnes comme les taxis collectifs très répandus sur l’ensemble du territoire national.
Une version GPL (Gaz de Pétrole Liquéfié) est également proposée sur le Doblo, carburant particulièrement prisé en Algérie où le GPL bénéficie d’un prix à la pompe très avantageux comparé à l’essence grâce aux subventions gouvernementales favorisant ce carburant produit localement. Cette motorisation bifuel essence/GPL permet aux utilisateurs de basculer entre les deux carburants selon disponibilité et tarifs, flexibilité appréciée sur un marché parfois confronté à des ruptures d’approvisionnement localisées.
Le Doblo constitue un modèle stratégique pour Stellantis en Algérie combinant polyvalence d’usage professionnel et familial, robustesse mécanique reconnue et coût d’exploitation maîtrisé, critères déterminants pour la clientèle locale privilégiant la praticité et l’économie sur le long terme plutôt que l’image ou le prestige.
Nouvelle usine Opel annoncée récemment
Une usine Opel distincte en Algérie a été annoncée il y a quelques jours, diversifiant significativement la présence industrielle de Stellantis dans le pays. Ce projet additionnel témoigne de la confiance affichée du groupe dans le potentiel du marché algérien malgré les difficultés économiques actuelles pénalisant la demande automobile.
Cette future usine Opel permettra d’élargir la gamme locale en proposant des modèles de la marque allemande traditionnellement positionnée légèrement au-dessus de Fiat en termes d’image et de tarification. La segmentation entre les deux marques du groupe évitera la cannibalisation commerciale tout en maximisant la couverture du marché algérien sur différentes strates de clientèle.
Les détails concernant la localisation exacte, la capacité de production, les modèles assemblés et le calendrier de mise en service de cette usine Opel n’ont pas encore été communiqués officiellement par le groupe. Les observateurs du secteur spéculent sur l’assemblage probable de modèles compacts comme la Corsa citadine ou le Mokka SUV particulièrement adaptés aux attentes du marché algérien privilégiant les formats raisonnables.
Cette annonce intervient dans un contexte de multiplication des projets industriels automobiles en Algérie où plusieurs constructeurs asiatiques et européens développent également des capacités d’assemblage local pour bénéficier des avantages fiscaux et douaniers substantiels accordés par les autorités conditionnant l’accès au marché à une production locale.
Site opérationnel en 24 mois
Le site de production de Tafraoui a démarré ses opérations début 2024 après une phase de construction accélérée de seulement deux ans incluant terrassement, bâtiments, lignes d’assemblage et équipements annexes. Cette rapidité de mise en œuvre s’explique par le recours à des procédés d’assemblage CKD nécessitant moins d’équipements lourds qu’une usine de production complète avec emboutissage de tôles et peinture des carrosseries.
L’usine reçoit des kits de composants importés depuis les usines européennes de Stellantis, principalement des sites italiens pour les composants Fiat et potentiellement des sites marocains du groupe également spécialisés dans les véhicules utilitaires et compacts. Le taux d’intégration locale reste encore limité actuellement, objectif progressif imposé par les autorités algériennes en contrepartie des avantages fiscaux accordés.
La zone industrielle de Tafraoui, située à une trentaine de kilomètres d’Oran, bénéficie d’infrastructures logistiques facilitant l’approvisionnement en composants importés via le port commercial d’Oran ainsi que la distribution des véhicules finis vers l’ensemble du territoire algérien par voie routière et ferroviaire.
Justification des investissements consentis
La capacité annoncée de 90 000 véhicules par an constitue l’argument central permettant à Stellantis de justifier l’ampleur des investissements industriels consentis en Algérie auprès des investisseurs et des autorités locales. Bien que le montant exact n’ait pas été communiqué publiquement, les observateurs l’estiment entre 100 et 200 millions d’euros pour les infrastructures, équipements et démarrage.
Cette capacité permet également de justifier la création de 2000 emplois directs sur le site, chiffre impressionnant pour le contexte algérien confronté à un chômage structurel élevé particulièrement chez les jeunes diplômés. Le ratio de 45 véhicules produits annuellement par employé (90 000 divisé par 2000) reste cohérent avec les standards de l’industrie automobile en assemblage CKD.
Ces 2000 emplois directs génèrent également des emplois indirects estimés entre 3000 et 5000 chez les fournisseurs, transporteurs, distributeurs et services gravitant autour de l’activité automobile, effet multiplicateur amplifiant l’impact économique positif du projet sur le tissu industriel régional oranais.
Marché automobile algérien en reprise progressive
Le marché automobile algérien connaît une reprise progressive après plusieurs années de restrictions drastiques sur les importations de véhicules montés imposées à partir de 2020. Les autorités ont privilégié l’assemblage local via des dispositifs réglementaires contraignants pour développer une filière industrielle nationale créatrice d’emplois et de valeur ajoutée domestique plutôt que de dépenser des devises rares pour importer des véhicules finis.
Selon les données des douanes algériennes, le marché automobile local reste cependant nettement inférieur à son niveau d’avant 2020 où il atteignait 150 000 à 200 000 véhicules annuels. Le marché actuel pénalisé par les contraintes de change limitant l’accès aux devises, l’inflation érodant le pouvoir d’achat et la limitation des financements automobiles est estimé à environ 100 000 véhicules annuels toutes catégories confondues.
Stellantis fait face à la concurrence de Renault qui dispose également d’une usine d’assemblage en Algérie depuis plusieurs années produisant notamment la Symbol berline et le Kangoo utilitaire, ainsi que d’autres constructeurs asiatiques comme Hyundai développant progressivement leur présence industrielle locale pour capter leur part du marché protégé.
Effectif de 2000 employés justifié par la capacité
L’effectif atteignant près de 2000 employés sur le site de Tafraoui se justifie par la capacité de production visée de 90 000 véhicules annuels nécessitant des équipes substantielles. Ces effectifs comprennent les équipes d’assemblage travaillant sur les lignes de production, la logistique gérant les flux de composants et de véhicules finis, le contrôle qualité vérifiant la conformité des assemblages, la maintenance assurant la disponibilité des équipements et les fonctions support administratives.
Le groupe a déployé des programmes de formation ambitieux pour qualifier rapidement les équipes locales aux standards de production automobile, secteur exigeant précision et rigueur maximales incomparables avec d’autres industries manufacturières moins contraintes. Des formateurs provenant d’autres sites Stellantis européens et marocains ont accompagné la montée en compétences durant la phase de démarrage s’étalant sur plusieurs mois de formation théorique et pratique.
Le niveau de qualification requis varie considérablement selon les postes, depuis les opérateurs d’assemblage effectuant des tâches répétitives nécessitant dextérité et attention jusqu’aux techniciens de maintenance spécialisés sur les équipements automatisés nécessitant des compétences électroniques, mécaniques et informatiques pointues rarement disponibles localement. Le site constitue un employeur significatif pour la région oranaise confrontée à un chômage structurellement élevé dépassant 15% de la population active.
Défis pour atteindre la pleine capacité
Atteindre effectivement la capacité de 90 000 véhicules annuels représente un défi considérable compte tenu des contraintes du marché algérien. Le marché domestique total n’excédant pas 100 000 véhicules annuellement, capter 90% de ce marché s’avère irréaliste face à la concurrence établie de Renault et des autres assembleurs locaux.
Le développement de débouchés export vers les marchés voisins d’Afrique du Nord et subsaharienne apparaît donc indispensable pour justifier cette capacité. Toutefois, ces exports se heurtent aux barrières tarifaires entre pays africains, à la concurrence des usines marocaines de Stellantis et d’autres constructeurs mieux positionnées géographiquement, et aux préférences locales pour d’autres marques.
L’utilisation effective de la capacité installée dépendra également de la capacité de Stellantis à proposer une gamme suffisamment large et attractive pour séduire différents segments de clientèle. Le remplacement de la Fiat 500 par la Grande Panda et la production du Doblo constituent un début, mais l’ajout de modèles supplémentaires s’avèrera probablement nécessaire pour maximiser les volumes.
Avantage concurrentiel du GPL
La disponibilité de versions GPL sur le Fiat Doblo constitue un avantage concurrentiel substantiel sur le marché algérien où le GPL bénéficie d’un prix à la pompe divisé par deux ou trois comparé à l’essence grâce aux subventions gouvernementales massives. Cette économie drastique sur le carburant intéresse particulièrement les professionnels effectuant de gros kilométrages annuels où le surcoût initial de la motorisation bifuel s’amortit rapidement.
L’Algérie dispose d’un réseau de stations GPL relativement développé comprenant plusieurs centaines de points de distribution hérité de décennies de politique gouvernementale favorisant ce carburant produit localement à partir des gisements gaziers abondants du pays. Cette infrastructure facilite l’adoption des véhicules bifuel par les automobilistes algériens contrairement à d’autres pays où le GPL reste marginal faute de réseau de distribution.
Stellantis capitalise ainsi sur son expertise européenne des motorisations GPL développées notamment en Italie où ce carburant est également populaire depuis les chocs pétroliers des années 1970, transférant ces technologies éprouvées vers le marché algérien demandeur. Cette adaptation locale témoigne de la compréhension par le groupe des spécificités du marché plutôt qu’une approche standardisée inadaptée aux réalités locales.
Enjeux d’intégration locale progressive
Le développement d’un réseau de fournisseurs locaux qualifiés constitue l’enjeu majeur pour pérenniser l’activité et répondre aux exigences gouvernementales algériennes imposant des quotas croissants de contenu local pouvant atteindre 40-50% à terme. Stellantis doit identifier et qualifier progressivement des équipementiers algériens capables de produire des composants respectant les standards automobiles internationaux exigeants en matière de qualité, fiabilité et traçabilité.
Cette montée en puissance de la filière locale nécessite du temps mesuré en années et des investissements importants tant de la part des fournisseurs que du constructeur devant accompagner techniquement ses partenaires via transferts de savoir-faire, audits qualité réguliers et soutien financier éventuel. Les composants localisables prioritairement sont les câblages électriques, la sellerie textile et cuir, certaines pièces plastiques d’habillage intérieur et extérieur, et éventuellement le vitrage.
Les composants technologiques complexes comme les moteurs, transmissions, électronique embarquée ou systèmes de sécurité active resteront importés à moyen terme faute de capacités industrielles locales dans ces domaines nécessitant des investissements considérables de plusieurs centaines de millions d’euros difficiles à amortir sur le seul marché algérien de taille limitée et sans perspectives export significatives.
L’anniversaire célébré en présence des équipes dans l’usine plutôt que dans un cadre protocolaire classique illustre la volonté affichée du groupe de valoriser les employés ayant concrétisé ce projet industriel ambitieux dans des délais contraints. La direction a souligné la vision à long terme de Stellantis en Algérie au-delà de cette première étape, annonce confortée par le projet distinct d’usine Opel récemment dévoilé témoignant de l’engagement durable du groupe sur ce marché stratégique d’Afrique du Nord.