DS Automobiles a immatriculé 16 711 véhicules dans l’Union européenne sur les huit premiers mois de 2026, contre 19 667 un an plus tôt. Le recul atteint 15 % sur un marché en hausse de 5,3 %, quand Citroën progresse de 7,9 %. Depuis septembre, les deux marques partagent leur directeur général et leur comité de direction.
Les derniers chiffres publiés par l’Association des constructeurs européens d’automobiles confirment le recul commercial de DS Automobiles dans l’Union européenne. La marque a immatriculé 16 711 véhicules de janvier à août 2026, contre 19 667 sur la même période de 2025, soit une baisse de 15 pour cent.
Le contexte donne à ce résultat un relief particulier. Le marché de l’Union européenne a progressé de 5,3 pour cent sur la période, avec 7 546 397 immatriculations. DS évolue donc à contre-courant d’un marché en croissance, ce qui rend difficile d’expliquer son recul par la seule conjoncture générale.
La comparaison interne au groupe complète le tableau. Citroën a progressé de 7,9 pour cent avec 241 236 immatriculations, et Stellantis dans son ensemble gagne 5,2 pour cent. Avec environ 0,2 pour cent des immatriculations de voitures neuves dans l’Union, le poids commercial de DS pose surtout la question des moyens nécessaires pour maintenir une organisation et un réseau propres à la marque.
Un réseau français qui perd de l’argent
La rentabilité des concessionnaires constitue le second signal. Selon les données publiées par le Journal de l’Automobile, la rentabilité moyenne du réseau français DS est tombée à 2,81 pour cent négatifs en 2025, après 2,3 pour cent négatifs en 2024. La publication décrit ce résultat comme le plus mauvais du marché cette année-là.
Le point de comparaison vient de la marque sœur. Le réseau Citroën français est lui aussi resté légèrement déficitaire en 2025, autour de 0,5 pour cent négatifs. Mais la situation de DS est nettement plus dégradée, les faibles volumes pesant notamment sur la capacité du réseau à rentabiliser ses investissements et son activité après-vente.
Pour une marque à faible volume, cette situation peut rapidement devenir un cercle vicieux. Une rentabilité insuffisante limite la capacité des distributeurs à investir, tandis que la faiblesse du parc en circulation réduit également le potentiel de l’après-vente, poste qui assure habituellement l’essentiel de la marge d’une concession.
Une direction commune avec Citroën depuis septembre
L’organisation interne a évolué en parallèle. Xavier Chardon est devenu directeur général de DS le 1er septembre 2026, en plus de ses fonctions à la tête de Citroën. Stellantis présente cette nomination comme un moyen de maximiser les synergies entre les deux marques.
La mutualisation ne se limite pas au poste de directeur général. Depuis le 8 septembre, Citroën et DS disposent d’un comité de direction commun rattaché à Xavier Chardon. Plusieurs responsables exercent désormais simultanément leurs fonctions pour les deux marques, à l’image de Caroline Malléus, qui prend la responsabilité produit de DS en plus de celle qu’elle occupe chez Citroën.
Deux lectures coexistent sur ce point. Officiellement, Stellantis présente cette organisation comme un moyen de maximiser les synergies tout en préservant l’identité propre de Citroën et de DS. Mais la mise en commun d’une partie croissante des fonctions stratégiques réduit de fait l’autonomie organisationnelle de DS.
Une comparaison avec Seat à manier avec précaution
Ce rapprochement rappelle, par certains aspects, la situation observée chez Seat. Nous avions consacré une analyse aux raisons pour lesquelles Seat risque de disparaître, chronique d’une marque que son propre groupe a cessé de faire vivre, avec une échéance parfois évoquée autour de 2030.
Les deux dossiers restent néanmoins très différents. Seat dispose d’une histoire industrielle longue et d’usines propres en Espagne, quand DS a été créée en 2014 comme une marque de positionnement au sein d’un groupe existant. Les mécanismes financiers et les enjeux sociaux n’ont donc rien de comparable.
DS conserve par ailleurs une particularité stratégique. Elle est la seule marque du groupe spécifiquement positionnée comme incarnation française du premium. Alfa Romeo, Lancia et Maserati occupent des territoires différents, associés à leur identité italienne, et aucune ne peut remplir cette fonction.
Une forte visibilité sportive malgré des volumes faibles
DS a construit une partie importante de son image autour de la compétition, notamment en Formule E. La marque a quitté le championnat sur une victoire signée par le plus jeune vainqueur de son histoire, un palmarès rare pour une enseigne aussi jeune.
Cette visibilité sportive contraste aujourd’hui avec ses faibles volumes commerciaux. La marque continue d’entretenir sa mémoire de course, comme lorsqu’elle est revenue sur le circuit de son plus grand exploit en Formule E, mais le championnat est désormais porté par Citroën au sein du groupe.
Les opérations de terrain se poursuivent malgré tout, à l’image de la N°8 électrique engagée en tête d’un rallye de voitures anciennes françaises en Allemagne. Ces actions entretiennent la notoriété sans peser directement sur les immatriculations.
La largeur de gamme en question
Le problème tient aussi à l’étendue du portefeuille. Une marque premium doit disposer d’une gamme suffisamment large pour alimenter son réseau, alors que DS reste nettement moins présente sur le marché que les grandes marques premium allemandes.
Chaque modèle supplémentaire apporte non seulement des ventes mais aussi des entrées en atelier sur la durée. C’est précisément le mécanisme qui manque à DS aujourd’hui, et que les chiffres de rentabilité du réseau français traduisent année après année.
La question est désormais de savoir si cette nouvelle organisation permettra à DS de retrouver des volumes sans perdre ce qui justifie son existence comme marque distincte. Stellantis assure vouloir préserver son identité tout en multipliant les synergies avec Citroën. Les prochains mois, avec le lancement de la DS N°7 et cette direction désormais commune, permettront de mesurer si cette stratégie suffit à enrayer le recul commercial.
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