Sony Honda Mobility a officiellement annoncé l’annulation du projet Afeela. Le développement et le lancement de l’Afeela 1, la berline présentée en grande pompe au CES 2023, ainsi que le SUV prévu en seconde phase, sont définitivement abandonnés. Les réservations déjà enregistrées seront remboursées. Le communiqué officiel évoque sobrement « un réexamen de la stratégie d’électrification par Honda » et des « hypothèses de business fondamentalement modifiées ».
Un concept séduisant, une réalité de marché implacable
L’Afeela promettait une expérience inédite : une berline électrique haut de gamme combinant l’expertise automobile de Honda et le savoir-faire logiciel et divertissement de Sony. Système audio premium, écrans immersifs, intégration PlayStation avec possibilité de jouer depuis le siège passager, conduite autonome avancée. Sur le papier, l’idée d’un espace de divertissement mobile premium était cohérente avec les tendances annoncées de l’habitacle de demain.
Mais entre la présentation et la production, le marché a évolué dans une direction défavorable au projet.
Les signaux d’alerte étaient visibles depuis des mois
Honda a profondément revu ses ambitions en matière de véhicules électriques ces derniers mois, notamment sur le marché nord-américain, face à une demande inférieure aux projections initiales et à une concurrence chinoise dont l’agressivité tarifaire a redistribué les cartes sur l’ensemble du segment premium. Développer une voiture avec un niveau d’intégration logiciel aussi élevé représentait un investissement colossal dans un contexte où les marges sur les véhicules électriques restent sous pression pour tous les acteurs, y compris les plus établis.
Le segment des berlines électriques premium est par ailleurs devenu l’un des plus disputés de l’industrie. Tesla, Mercedes, BMW, Lucid et les constructeurs chinois Nio et XPeng proposent des produits matures et technologiquement aboutis à des prix que Sony Honda Mobility aurait eu du mal à concurrencer avec un modèle en développement depuis zéro.
Du côté de Sony, la priorité semble être au recentrage sur les métiers historiques du groupe : jeux vidéo, cinéma, musique et capteurs d’image, domaines où la rentabilité est établie et les positions concurrentielles solides.
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Apple, Sony : les géants de la tech face au mur de l’automobile
L’Afeela rejoint une liste qui s’allonge. Apple avait abandonné son projet Titan après des années de développement et des milliards de dollars investis. Les tentatives des acteurs technologiques d’entrer dans la production automobile se heurtent systématiquement à la même réalité : fabriquer des voitures en volume, en maintenant des standards de sécurité, de qualité et de coût compétitifs, est un métier d’une complexité sans commune mesure avec le développement de logiciels ou d’appareils électroniques grand public.
En 2026, les acheteurs de véhicules électriques continuent de privilégier l’autonomie réelle, la vitesse de recharge, la fiabilité et le prix avant les fonctionnalités de divertissement embarquées. Les gadgets high-tech, aussi séduisants soient-ils dans une présentation de CES, ne compensent pas un positionnement tarifaire difficile sur un marché qui se rationalise rapidement.
La voiture PlayStation restera donc un concept, conduisible uniquement dans Gran Turismo 7. Pour Honda, c’est un nouveau revers dans une transition électrique qui s’avère plus difficile que prévu. Pour Sony, l’impact financier sera limité, mais l’ambition d’entrer dans l’automobile s’arrête là, du moins sous cette forme.
