Le rallye français vit un été à hauts risques, et pas seulement dans les spéciales. La préfecture de la Drôme a interdit par arrêté, pris le 10 juillet en fin de journée, la 44e édition du Rallye de la Drôme qui devait se disputer les 17 et 18 juillet autour de Saint-Jean-en-Royans, ainsi que ses épreuves associées, le rallye historique VHC, le VHRS de régularité et le tout premier VMRS. Mais la mesure va bien au-delà d’une épreuve : l’arrêté suspend l’ensemble des manifestations et compétitions de sports mécaniques dans le département du 11 juillet au 31 août. Un été blanc, décrété d’un trait de plume.
Des incendies actifs et un principe de précaution assumé
La décision préfectorale s’appuie sur un faisceau de risques précis. Des incendies non encore maîtrisés sévissent en Drôme et en Ardèche, avec une reprise du vent annoncée, mobilisant d’importants moyens humains et matériels qui ne peuvent être détournés vers la sécurité d’une épreuve sportive. S’y ajoutent les risques de départs de feux propres aux sports mécaniques, échappements brûlants et sorties de route en végétation sèche, et ceux liés aux rassemblements massifs de spectateurs dans des secteurs boisés, difficiles à évacuer en cas de sinistre.
Le département avait été placé en vigilance rouge feux de forêts dès le 5 juillet par Météo-France, avec un risque de propagation jugé très supérieur aux normales estivales, et la préfecture a également interdit les spectacles pyrotechniques de la mi-juillet.
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La déception digne de l’ASA Drôme
L’organisateur a annoncé la nouvelle dans un communiqué empreint de déception mais sans amertume. L’ASA Drôme dit comprendre cette décision relevant du principe de précaution, tout en soulignant les mois de travail accumulés par ses bénévoles pour offrir une belle épreuve aux concurrents comme aux spectateurs. Le club remercie ses partenaires publics et privés, la ville de Saint-Jean-en-Royans en tête, ainsi que les équipages engagés, les commissaires et les officiels, et conclut sur une promesse : ce n’est que partie remise. Un report aux 12 et 13 septembre est d’ailleurs évoqué par les sites spécialisés du rallye, sans confirmation officielle de l’ASA à ce stade, l’interdiction préfectorale expirant fin août.
Après le Rouergue, un phénomène qui devient structurel
Le cas drômois n’est pas isolé, et c’est bien ce qui interpelle. Deux jours plus tôt, le Rallye du Rouergue, cinquième manche du Championnat de France des Rallyes qui avait réuni 156 équipages engagés, était annulé en Aveyron sur décision préfectorale identique, privant le championnat national de l’un de ses rendez-vous majeurs. En l’espace d’une semaine, le risque incendie a donc rayé de la carte deux épreuves emblématiques du rallye estival, du Massif central au Vercors.
Pour la discipline, la question dépasse désormais la météo d’un été. Les canicules précoces et les sécheresses à répétition transforment le risque incendie en paramètre structurel du calendrier, particulièrement pour les épreuves de juillet et août dans la moitié sud du pays. Organisateurs et fédération devront tôt ou tard arbitrer : déplacer les épreuves méridionales vers le printemps et l’automne, renforcer les dispositifs de prévention pour rassurer les préfectures, ou accepter que chaque été se joue à la merci d’un arrêté. Les bénévoles de la Drôme et de l’Aveyron, eux, ont déjà payé le prix de cette nouvelle donne : des mois de préparation partis en fumée, sans même qu’une étincelle ait jailli.
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