Le constructeur italo-américain s’allie au géant estonien du VTC pour contrer Uber et Tesla sur leur propre terrain – Premier déploiement massif prévu dès 2026.
Un coup de tonnerre vient de secouer le petit monde de la mobilité urbaine. Stellantis, maison-mère de Peugeot, Citroën, Fiat ou encore Jeep, vient d’annoncer un partenariat explosif avec Bolt. Objectif affiché : inonder l’Europe de véhicules totalement autonomes d’ici une dizaine d’années. Pas moins de 100 000 unités sont visées pour 2035.
L’annonce a de quoi faire trembler la concurrence. Pendant qu’Uber tâtonne encore avec ses projets de véhicules sans chauffeur et que Tesla accumule les retards sur son fameux Robotaxi promis depuis des années, voilà que deux européens décident de prendre les devants. Et cette fois, on ne parle pas de vagues promesses marketing.
Deux mastodontes qui joignent leurs forces
Pourquoi cette alliance fait-elle autant de bruit ? Parce qu’elle réunit deux champions dans leurs domaines respectifs. Stellantis apporte ses fameuses plateformes AV-Ready, des châssis spécialement conçus pour la conduite autonome. Pas question d’adapter tant bien que mal des voitures classiques. Ici, tout a été pensé dès le départ pour accueillir les capteurs, les ordinateurs de bord et tous les systèmes redondants nécessaires.
De son côté, Bolt débarque avec son empire commercial. La startup estonienne, devenue première plateforme de VTC en Europe, opère déjà dans plus de 50 pays. Vingt-trois États membres de l’Union européenne utilisent quotidiennement ses services. Cette infrastructure existante change complètement la donne. Contrairement aux projets qui partent de zéro, Bolt dispose d’une base clients immédiate et d’une logistique rodée.
Cette complémentarité évite un écueil majeur : celui de développer séparément la techno et l’exploitation commerciale. D’autres s’y sont cassé les dents. General Motors a ainsi fermé sa filiale Cruise après avoir englouti des milliards sans jamais atteindre la rentabilité. Ford a jeté l’éponge avec Argo AI. Le tandem Stellantis-Bolt semble avoir tiré les leçons de ces échecs retentissants.
Des véhicules taillés pour les villes européennes
Les ingénieurs de Stellantis ont fait un choix malin : concentrer les efforts sur deux types de véhicules. D’abord, des fourgons moyens basés sur la plateforme Ek0. Ensuite, des citadines compactes construites sur la base STLA Small. Rien à voir avec les énormes SUV américains qui envahissent les rues outre-Atlantique.
Cette approche colle parfaitement aux besoins du Vieux Continent. Les centres-villes européens, avec leurs ruelles étroites et leurs zones à circulation restreinte, imposent des gabarits réduits. Paris, Rome, Amsterdam ou Barcelone ne ressemblent en rien aux larges avenues de Los Angeles ou Houston. Proposer des véhicules adaptés au contexte local représente un avantage concurrentiel énorme face aux solutions venues d’ailleurs.
L’accent mis sur le coût d’exploitation change également la donne. Trop de projets de voitures autonomes ont privilégié la performance technologique pure sans se soucier de la rentabilité. Résultat : des prototypes hors de prix qui ne verront jamais le bitume en série. Stellantis et Bolt annoncent au contraire viser « l’une des solutions les plus compétitives de l’industrie ». Une nécessité absolue pour espérer un jour gagner de l’argent.
Un calendrier qui sent le concret
Contrairement aux annonces fantaisistes qui pullulent dans le secteur, le planning dévoilé respire le pragmatisme. Les premiers essais démarreront en 2026 dans plusieurs pays européens. Pas de commercialisation immédiate donc. Cette phase permettra d’accumuler des millions de kilomètres de données réelles, de corriger les bugs et d’affiner les algorithmes.
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La production industrielle à grande échelle n’interviendra qu’en 2029. Soit un décalage de trois ans entre les tests et le lancement commercial. Cette prudence contraste avec les promesses irréalistes entendues par le passé. Qui se souvient qu’Elon Musk promettait déjà des Tesla totalement autonomes pour… 2017 ? Sept ans plus tard, on attend toujours.
Entre 2029 et 2035, il faudrait donc déployer environ 10 000 véhicules par an pour atteindre l’objectif des 100 000 unités. Un rythme soutenu mais parfaitement réalisable pour un groupe qui produit des millions de voitures annuellement. Cette montée en puissance progressive laisse aussi le temps à Bolt d’adapter son infrastructure opérationnelle.
L’Europe veut reprendre la main
Ce partenariat 100% européen arrive à point nommé. Alors que le continent accuse un retard criant dans les technologies numériques face aux géants américains, et se fait doubler par la Chine sur les voitures électriques, voilà enfin une initiative ambitieuse née sur le sol européen.
Les deux partenaires ont d’ailleurs bien compris qu’il fallait ménager Bruxelles. Leur communiqué insiste lourdement sur la collaboration avec les autorités européennes. Sécurité, protection des données personnelles, cybersécurité : tous les sujets sensibles sont abordés de front. Cette stratégie de coopération détonne avec l’attitude parfois arrogante de certaines firmes de la Silicon Valley face aux régulateurs européens.
Antonio Filosa, patron de Stellantis, met en avant l’impact écologique positif attendu. Mutualiser les véhicules réduirait les embouteillages et les émissions de CO2. Un argument qui pèse lourd dans une Europe obsédée par la transition énergétique et le réchauffement climatique. Les nouvelles normes antipollution tombent chaque année, rendant la mobilité partagée de plus en plus attractive.
Des obstacles qui restent considérables
Malgré l’enthousiasme affiché, personne ne devrait crier victoire trop vite. Le morcellement réglementaire européen pose un vrai casse-tête. Vingt-sept pays membres signifient vingt-sept législations différentes sur la circulation autonome. Obtenir des homologations transfrontalières s’annonce comme un parcours du combattant administratif. Les États-Unis, avec leur marché unifié, offrent un terrain de jeu beaucoup plus simple.
Les mentions légales du communiqué refroidissent aussi les ardeurs. L’accord actuel reste « non contraignant ». Traduction : rien n’est vraiment signé. Les conditions commerciales, les responsabilités de chacun, tout reste à définir dans de futurs contrats définitifs. Cette prudence juridique rappelle qu’on reste au stade des intentions, aussi sérieuses soient-elles.
L’acceptation sociale des voitures sans conducteur constitue une autre inconnue majeure. Les Européens se montrent nettement plus méfiants que les Américains ou les Chinois face à ces technologies. Confier sa vie à un ordinateur reste une idée qui effraie beaucoup de monde. Le choix de commencer par des flottes commerciales sur une plateforme existante comme Bolt permet d’habituer progressivement le grand public.
Markus Villig, fondateur et patron de Bolt, affiche pourtant sa confiance. Selon lui, l’alliance réunit « deux entreprises qui comprennent les spécificités du marché européen ». Une pique à peine voilée envers les acteurs américains ou asiatiques qui tentent d’imposer leurs solutions sans adaptation locale.
Ce projet marque potentiellement un tournant pour la mobilité urbaine en Europe. Si Stellantis et Bolt tiennent leurs promesses, des millions d’Européens pourraient héler un taxi autonome d’ici dix ans. Mais entre les annonces et la réalité du terrain, le fossé reste immense. L’histoire récente du secteur regorge de projets grandioses qui ont fini au cimetière des innovations. Cette fois sera-t-elle différente ? Réponse dans quelques années, quand les premières flottes commerciales rouleront vraiment dans nos rues.

