Entre deux rugissements dans la montée de Goodwood, un homme discret dessine. Bentley a confié à l’illustrateur britannique Stefan Marjoram le rôle d’artiste en résidence pour l’édition 2026 du Festival of Speed, avec pour mission de croquer sur le vif, tout au long du week-end, les modèles anciens et contemporains de la marque de Crewe, de la centenaire d’avant-guerre à la toute nouvelle Flying Spur S. Un contrepoint apaisé au vacarme du festival, et le portrait d’un parcours qui ne ressemble à aucun autre.
D’Aardman Animations aux calandres de Crewe
Car avant de devenir l’un des illustrateurs automobiles les plus appréciés au monde, Marjoram a passé dix ans comme directeur créatif chez Aardman Animations, le studio quadruple oscarisé derrière Wallace et Gromit. On lui doit notamment Brian, le plancton philosophe de la série Creature Comforts. Cet héritage se retrouve dans ses croquis de voitures anciennes, où les pilotes penchés sur leur volant frôlent la caricature affectueuse, pleine de vie et de mouvement.


À Goodwood, l’artiste adapte son style à ses sujets. Pour les Bentley modernes, il opte pour un trait fort et graphique, s’amusant des reflets de la Flying Spur S à la manière des designers automobiles américains des années 50 et de leurs somptueux dessins sur papier Canson noir. Pour les anciennes, il privilégie une facture classique, façon sanguine sur papier teinté rehaussée de craie blanche. Et de son observation naît un constat qui vaut toutes les analyses de style : en dessinant dos à dos une Bentley centenaire et une contemporaine, il retrouve à chaque fois la même présence, la même assurance, la même posture, cette qualité qu’il résume en luxe sportif.
L’iPad, le public et les enfants qui dessinent
Contre toute attente pour un amoureux du trait, Marjoram travaille sur iPad. Non par facilité, mais pour le partage : les visiteurs adorent voir le dessin apparaître en accéléré, des premiers repères hésitants au rendu final. Sa méthode reste pourtant celle des classiques, le crayon levé à bout de bras pour prendre les mesures, les lignes de construction, puis le jeu des pleins et des déliés et des zones nettes ou floues qui guident l’œil, comme la mise au point d’une photographie.
L’artiste, qui fréquentait déjà le festival en simple visiteur il y a trente ans, savoure surtout le contact du public par-dessus son épaule, loin de l’appareil photo derrière lequel il dit se cacher d’habitude. Et il garde un mot pour les enfants qui s’arrêtent, crayon en main : quand les adultes veulent se faire plaisir, ils se tournent vers les arts, alors autant encourager ceux qui aiment dessiner à persévérer. À Goodwood, entre deux V8 lancés dans la montée, la leçon avait quelque chose de rafraîchissant.



En savoir plus sur MotorsActu
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

