BYD a lancé en Chine une version d’accès de son Fang Cheng Bao Tai 3 à 143 800 yuans, soit environ 19 200 euros au taux du jour. Pour atteindre ce tarif, la marque a remplacé le pack de 75,6 kWh par une Blade Battery de 64,3 kWh. Le moteur de 326 chevaux et les performances restent inchangés.
Onze virgule trois kilowattheures en moins. C’est la méthode retenue par BYD pour faire descendre son SUV Fang Cheng Bao Tai 3 à 143 800 yuans en Chine. Le modèle est attendu en Europe sous le nom de Denza B3, marque haut de gamme détenue à cent pour cent par le groupe.
Onze kilowattheures de moins pour tenir le prix
La principale modification technique annoncée concerne la batterie. Le pack de 75,6 kilowattheures laisse place à une Blade Battery de deuxième génération de 64,3 kilowattheures, soit 11,3 kilowattheures et près de 15 % de capacité en moins. L’autonomie suit logiquement, passant de 620 à 510 kilomètres selon le cycle chinois CLTC, ce qui représente 110 kilomètres et près de 18 % de moins. La puissance motrice et les principales performances annoncées restent inchangées. Le moteur électrique arrière conserve ses 240 kilowatts, soit 326 chevaux, pour un zéro à cent kilomètres par heure annoncé en 6,9 secondes, sur un véhicule de 1 920 kilogrammes.
C’est une manière de fabriquer un prix plutôt que de le concéder. La batterie est le poste le plus coûteux d’une électrique. La réduire permet de tenir un tarif sans toucher à la puissance, et la marque indique que les principaux équipements et technologies sont conservés sur cette version.
Les cotes placent d’ailleurs la voiture dans une catégorie supérieure à celle du prix. Le SUV mesure 4 605 millimètres de long, 1 900 de large et 1 720 de haut, pour un empattement de 2 745 millimètres. C’est le gabarit d’un Toyota RAV4, avec une silhouette très carrée qui accentue encore l’impression de volume. La recharge reste par ailleurs l’argument le plus spectaculaire du dossier, la marque annonçant 10 à 70 % en cinq minutes et 10 à 97 % en neuf minutes. Ces valeurs sont celles du constructeur, elles n’ont pas été vérifiées en conditions réelles, et le cycle CLTC est plus favorable que le WLTP européen.
La conversion en euros change le verdict
C’est ici que le raccourci le plus répandu sur ce modèle s’écroule. Et il s’écroule sur une simple division.
Les 143 800 yuans sont souvent convertis à environ 18 500 euros, ce qui suppose un taux proche de 7,77 yuans par euro. Au taux de 7,486 yuans par euro relevé le 23 octobre, la même somme ressort à environ 19 200 euros.
L’écart avec un Dacia Duster d’entrée de gamme à 19 990 euros tombe donc sous 800 euros, là où il était présenté comme proche de 1 500 euros. La leçon porte sur la méthode plus que sur les voitures : une comparaison de prix entre deux monnaies dépend entièrement du taux retenu, et un écart de change de 4 % suffit à déplacer la conclusion d’un papier.
Le taux étant mobile, ce montant vaut pour aujourd’hui et pour aujourd’hui seulement. Un relevé à la publication s’impose.
Ce que le Duster propose en face
Le point de comparaison français mérite d’être précisé, parce qu’il recouvre plusieurs réalités. Le seuil de 19 990 euros correspond à l’entrée de gamme du Duster. La grille espagnole, plus détaillée, fait démarrer le modèle à 20 020 euros en finition Essential avec le moteur Eco-G 120, déjà doté de la vignette ECO. Ce niveau de prix existe toujours sur le marché français, le Duster Eco-G 120 GPL étant proposé sous 20 000 euros, mais il s’agit d’un thermique bicarburation et non d’un électrique.
Les deux voitures ne répondent donc pas à la même demande. Le Duster conserve des versions quatre roues motrices et une vocation de sortie de route que le SUV chinois ne revendique pas.
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Ce qui resterait de l’écart arrivé en Europe
La question décisive est celle du transfert. Un prix chinois ne traverse pas la frontière tel quel.
Pour qu’un Tai 3 arrive en Europe sous le nom de Denza B3, cinq postes de coût s’ajoutent au prix chinois : les droits de douane, la fiscalité locale, l’homologation, le transport et la constitution d’un réseau commercial. Aucun n’est chiffrable à ce stade, et leur cumul suffit généralement à effacer un avantage de quelques centaines d’euros.
Un sixième facteur est propre à cette marque. Denza est positionnée en haut de gamme en Europe, la marque y étant arrivée avec la Z9 GT de 962 chevaux et un discours centré sur une vision futuriste de la mobilité. Un modèle vendu sous cette bannière n’a aucune raison d’arriver au tarif d’un SUV d’entrée de gamme chinois.
Les droits de douane restent le poste le plus lourd et le mieux documenté, l’Union européenne ayant confirmé des droits élevés sur les voitures électriques chinoises. La parade existe déjà chez certains constructeurs, une électrique chinoise assemblée en Autriche échappant aux droits et passant sous 28 000 euros, et c’est cette voie qui déterminera le tarif européen du modèle.
Le succès chinois est en revanche établi. Le Tai 3 a enregistré 5 945 livraisons sur le seul mois de juillet, et dépassé 30 000 unités sur les sept premiers mois de 2026. Ces volumes restent modestes à l’échelle du marché local. Ils donnent en revanche à BYD une base commerciale déjà établie pour élargir la gamme.
BYD a déjà pratiqué cette stratégie sous le seuil du Duster, en proposant un SUV à 17 000 euros. La démarche n’est donc pas un coup isolé.
Le groupe construit donc ses prix d’appel par la capacité de batterie plutôt que par le dépouillement de l’équipement. C’est la vraie information de ce lancement, et elle survivra au taux de change.
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