Pierre Gasly a décroché samedi la pole position du Grand Prix d’Italie au volant de son Alpine, en 1’21″786. Aucun pilote français n’y était parvenu depuis Jean Alesi en 1997, déjà à Monza. C’est aussi la première pole de la carrière du Normand, à sa 189e participation en Formule 1.
L’écart est mince mais net. Le Français a devancé George Russell, grand favori de la séance, de 60 millièmes de seconde, et Oscar Piastri de 180 millièmes. Les deux Ferrari suivent, devant un public entièrement acquis à la Scuderia, dans une fournaise de 34 degrés dans l’air et 55 au sol.
La coïncidence géographique n’échappe à personne. C’est sur ce même tracé que Gasly a signé en 2020, sous les couleurs d’AlphaTauri, la seule victoire de sa carrière en Grand Prix. Il réside par ailleurs à Milan, à quelques minutes du circuit.
Neuf ans d’attente pour une première ligne
Le pilote a fait ses débuts en Formule 1 en 2017 chez Toro Rosso. Entre-temps, il a connu la promotion chez Red Bull, la rétrogradation, la victoire à Monza, six podiums et un passage chez Alpine depuis 2023. La pole lui échappait depuis le premier jour.
Il a déclaré au micro du promoteur qu’il courait après cette performance depuis neuf ans, en soulignant que sa première victoire et sa première pole s’étaient produites au même endroit. Il est passé de l’anglais à l’italien devant le public transalpin.
La performance sportive tient à l’exploitation du moteur Mercedes qui équipe l’Alpine et aux caractéristiques particulières de Monza, tracé où la traînée aérodynamique pèse davantage que l’appui. Les deux monoplaces de l’écurie ont été rapides tout au long de la séance.

Alesi, Benetton et le clin d’œil de l’histoire
La dernière pole française remontait au Grand Prix d’Italie 1997, signée par Jean Alesi au volant d’une Benetton. Vingt-neuf ans plus tard, la performance se répète sur le même circuit, avec une écurie dont Benetton est précisément l’ancêtre direct, devenue Renault F1 puis Alpine.
L’intervalle donne la mesure de la disette. Entre 1997 et 2026, la Formule 1 a connu huit règlements techniques majeurs et une trentaine de pilotes français se sont succédé sur la grille sans jamais décrocher la première place sur un tour lancé.
Cette pole tombe pour Alpine dans un moment où l’écurie avait davantage fait parler d’elle en dehors de la piste que dessus. La saison a été difficile, et le duo Gasly-Colapinto reconduit pour 2026 arrivait après une année 2025 compliquée pour la structure d’Enstone et de Viry-Châtillon.
📖 Lire aussi :
Trente ans après, Ferrari efface la bande blanche de ses F1 pour la victoire de Schumacher à Monza
Reste la course
La pole ne garantit rien à Monza. Le tracé est le plus rapide du calendrier, l’aspiration y joue un rôle majeur dans la ligne droite de départ, et la première position expose davantage qu’elle ne protège dans les premiers hectomètres vers la Variante del Rettifilo.
Gasly s’élancera devant Russell et Piastri, avec les deux Ferrari en embuscade et Max Verstappen plus loin. Liam Lawson, pénalisé, partira du fond de grille, sur un week-end également marqué par le forfait d’Isack Hadjar, absent pour la deuxième course consécutive.
Le rythme de course de l’Alpine sur un relais complet reste par ailleurs inconnu. Une monoplace peut exceller sur un tour lancé, avec un train de pneus tendres et un réservoir léger, sans tenir la comparaison sur cinquante-trois tours face à des voitures structurellement plus rapides.
L’Alpine n’avait plus connu ce genre de journée depuis longtemps, entre son abandon à Miami et les incertitudes qui pèsent sur l’avenir de l’Hypercar Alpine en endurance. Le pilote qui avait présenté l’A390 à Dieppe rend à la marque une visibilité sportive qu’elle n’achète plus depuis longtemps.
Reste à transformer. Une pole se convertit rarement en victoire à Monza, et Gasly le sait mieux que quiconque puisqu’il y avait gagné en 2020 en partant dixième. Le départ de 15 heures dira si la journée de samedi était une exception statistique ou le début d’autre chose.

