Six semaines après avoir jugé le FSD de Tesla insuffisamment sûr pour la France, Philippe Tabarot ouvre désormais la voie à un soutien français à son homologation européenne. Le ministre des Transports s’est entretenu avec Elon Musk le 2 septembre et deux Tesla vont être évaluées par les autorités avant le vote du 6 octobre. Le constructeur a toutefois dû préciser un point : les essais du système en France ne commencent pas aujourd’hui, ils durent déjà depuis deux ans.
L’échange s’est tenu mardi soir et le ministre l’a rendu public sur X dans la foulée. Il y indique que les autorités françaises travaillent depuis plusieurs mois avec Tesla sur les adaptations techniques susceptibles de permettre à la France de soutenir l’homologation du dispositif. Le terme retenu pour qualifier la discussion est celui d’« échange constructif ».
Deux véhicules équipés du FSD sont mis à la disposition des autorités françaises pour des essais sur route ouverte. Les résultats sont attendus dans le courant du mois de septembre, soit quelques semaines avant le vote européen qui doit décider de l’extension de l’homologation à l’ensemble des États membres.
Le calendrier n’a rien d’anodin. Le comité technique européen doit se prononcer le 6 octobre sur la reconnaissance de l’agrément délivré aux Pays-Bas. Un avis favorable ouvrirait le FSD à toute l’Union, un rejet renverrait la décision aux autorités nationales, pays par pays, avec les délais que cela suppose.
Un revirement en six semaines
En juillet, la position française était inverse. Le ministre jugeait alors les contreparties de sécurité insuffisantes et pointait deux réserves précises, le respect des limitations de vitesse et les alertes destinées à contrôler la vigilance du conducteur. La porte semblait fermée pour plusieurs mois au moins.
Six semaines plus tard, le même ministre évoque un soutien français à l’homologation. Aucun élément public ne détaille les corrections apportées entre-temps par Tesla, ni les critères qui permettraient de considérer les deux réserves initiales comme levées. Le message publié sur X n’assortit ce soutien d’aucun calendrier ni d’aucune condition rendue publique.
Les essais annoncés portent sur deux voitures. Ce volume ne relève pas d’une campagne d’homologation au sens réglementaire, qui suppose des milliers de kilomètres et des protocoles normalisés, mais d’une évaluation menée par les services français pour nourrir leur propre position avant l’échéance européenne du mois prochain.
Tesla corrige le cadrage du ministre
Tesla a toutefois corrigé le récit présenté après l’échange. Dans une mise au point adressée aux rédactions, le constructeur rappelle d’abord que le FSD n’est toujours pas homologué en France. Il précise surtout que les essais sur le territoire ne commencent pas avec les deux véhicules annoncés par Philippe Tabarot : selon Tesla, son système y est testé depuis deux ans.
La différence est importante. La nouveauté du 2 septembre n’est donc pas l’arrivée du FSD sur les routes françaises, mais le changement de posture politique à son égard. Après plusieurs mois de réserves, la France se prépare désormais à déterminer si les adaptations apportées par Tesla suffisent pour qu’elle soutienne l’extension de l’homologation à l’échelle européenne.

Un niveau 2, pas une voiture autonome
Le nom du système entretient la confusion. Le Full Self-Driving relève de la conduite supervisée de niveau 2 sur l’échelle SAE, pas de l’autonomie au sens où l’entendent les services de robots-taxis. Le conducteur reste juridiquement responsable du véhicule et doit pouvoir reprendre la main immédiatement.
La démonstration du salon d’Angoulême l’illustrait déjà, avec un parcours prédéfini, les mains du conducteur à proximité du volant et une responsabilité légale inchangée. Cette qualification explique pourquoi Tesla peut faire rouler ses voitures en France en démonstration alors que la version commerciale reste inaccessible aux clients.
Une caméra intérieure surveille en permanence le regard et la posture du conducteur, avec des alertes graduées pouvant aller jusqu’à la désactivation de l’assistance. C’est précisément ce dispositif de vigilance qui figurait parmi les deux réserves formulées par la France cet été, aux côtés de la gestion des limitations de vitesse.
Cinq pays européens ont déjà ouvert
L’agrément néerlandais est le point de départ de toute la séquence. L’autorité RDW a validé le FSD supervisé le 10 avril 2026, dans sa version 14.3, au terme d’un programme d’essais mené sur le réseau routier européen. La Lituanie, l’Estonie et le Danemark ont ensuite délivré des autorisations comparables.
La France figure parmi les marchés restés fermés, avec plusieurs des principaux volumes européens. C’est pourtant là que se joue l’intérêt commercial du dossier, alors que les clients européens paient déjà l’abonnement à 99 € par mois pour un logiciel dont les fonctions avancées restent indisponibles chez eux.
Tesla avance ses propres chiffres pour appuyer sa demande. Le constructeur revendique 4,1 fois moins de collisions avec le FSD activé qu’en conduite manuelle sur ses véhicules, sur plus de 100 millions de kilomètres parcourus dans cinq pays européens. Ces données émanent du constructeur et n’ont fait l’objet d’aucun audit indépendant.

Ce que ça change pour les Tesla françaises
Rien dans l’immédiat. Aucun propriétaire français ne peut activer le FSD supervisé aujourd’hui, quelle que soit sa version logicielle ou la génération de son matériel embarqué. Les Tesla vendues en France restent limitées à l’Autopilot amélioré, avec ses changements de voie commandés et sa navigation autoroutière.
Un vote favorable le 6 octobre changerait la donne rapidement, la reconnaissance mutuelle permettant un déploiement par mise à jour à distance. Un rejet renverrait chaque pays à ses propres arbitrages, et la France devrait alors instruire un dossier national complet, avec un calendrier qui se compterait en trimestres.
Le dossier n’est pas isolé. Tesla accumule les frictions réglementaires sur ses marchés, entre le FSD bloqué en Chine pendant des mois et le Cybertruck refusé en Europe faute de conformité aux normes locales. Le constructeur avance en parallèle sur l’équipement logiciel, avec l’arrivée de Grok à bord.
Les conditions qui ne sont pas tranchées
Le contenu exact des adaptations techniques demandées par la France n’est pas public. Aucun document ne précise si elles portent sur le logiciel, sur les paramètres de vitesse, sur la surveillance du conducteur, ou sur les trois à la fois. Les critères de levée des réserves ne le sont pas davantage.
Le déroulé des essais n’est pas détaillé, au-delà de résultats attendus courant septembre. Rien n’indique quels itinéraires seront empruntés, sur quelle durée, ni quels seuils permettront de conclure. La position que la France défendra le 6 octobre reste donc formellement ouverte, quel que soit le ton employé depuis mardi soir.
Le sort des véhicules équipés du matériel de génération précédente n’est pas abordé non plus. Cette question conditionne pourtant l’accès réel de la flotte française déjà en circulation, indépendamment de l’issue réglementaire, comme l’a montré l’homologation européenne du Model Y L qui n’a débouché sur aucune commercialisation immédiate.
Restent à confirmer la teneur des adaptations, le résultat des essais français et le sens du vote du 6 octobre. Ces trois inconnues décideront de tout, et aucune n’est acquise à ce stade, y compris pour les propriétaires qui paient déjà l’abonnement mensuel.
La question de fond dépasse le cas Tesla. Si l’accès au marché français passe par la reconnaissance mutuelle d’un agrément néerlandais, la France validera un système qu’elle jugeait insuffisant six semaines plus tôt, sans avoir conduit elle-même la procédure d’homologation. Le précédent vaudra pour tous les systèmes d’aide à la conduite qui suivront.

