Un robot humanoïde qui assemble des batteries haute tension sur une ligne de production en Allemagne. Ce n’est plus de la prospective industrielle. BMW Group vient d’annoncer le lancement d’un projet pilote avec des robots humanoïdes à l’usine de Leipzig, première implantation de ce type en Europe pour le constructeur bavarois.
Le robot AEON, développé par Hexagon Robotics, unité spécialisée basée à Zurich, a effectué un premier déploiement test à Leipzig en décembre 2025. Un second test est prévu d’avril à juin 2026, avant le lancement de la phase pilote officielle à l’été 2026.
30 000 BMW X3 produites avec l’aide d’un robot humanoïde aux États-Unis
Leipzig n’est pas une expérimentation en aveugle. BMW a déjà conduit un projet pilote concluant à son usine de Spartanburg, en Caroline du Sud, en collaboration avec la société Figure AI. Les résultats documentés sont précis : en dix mois, le robot Figure 02 a participé à la production de plus de 30 000 BMW X3, en travaillant des shifts de dix heures du lundi au vendredi. Sa mission consistait à retirer et positionner avec précision des pièces en tôle pour le processus de soudure, une tâche physiquement éprouvante et exigeante en termes de répétabilité. Au total, le robot a manipulé plus de 90 000 composants, parcouru environ 1,2 million de pas et accumulé quelque 1 250 heures de fonctionnement.

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Ce qui retient l’attention dans les résultats de Spartanburg, c’est la vitesse de transition entre le laboratoire et la production réelle. Les séquences de mouvements entraînées en conditions contrôlées ont pu être transférées rapidement vers une exploitation stable en shift régulier. C’est une donnée qui répond à l’une des principales objections formulées par les industriels face aux robots humanoïdes : leur incapacité présumée à fonctionner de manière fiable hors des environnements de recherche.
BMW Group et Figure AI évaluent actuellement de nouveaux cas d’usage pour le déploiement du robot Figure 03, génération suivante.
AEON à Leipzig : batteries haute tension et fabrication de composants
Pour le projet européen, BMW s’appuie sur Hexagon, partenaire de longue date dans les domaines des capteurs et des logiciels industriels. Hexagon Robotics a présenté son premier robot humanoïde, AEON, en juin 2025. Sa conception à corps anthropomorphe lui permet d’accueillir une large gamme d’éléments de préhension et d’outils de scanning, et son déplacement sur roues lui confère une mobilité dynamique sur le sol d’usine.
À Leipzig, les tests portent sur une utilisation multifonctionnelle du robot, principalement dans l’assemblage de batteries haute tension pour les modèles électriques et dans la fabrication de pièces de carrosserie extérieure. Ces deux domaines ont été choisis pour leur complémentarité : l’assemblage de batteries exige une précision et une rigueur de manipulation élevées sur des composants sensibles, tandis que la fabrication de pièces extérieures implique des tâches répétitives et ergonomiquement contraignantes pour les opérateurs humains.
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Michael Ströbel, responsable de la gestion des processus et de la digitalisation chez BMW Group, a précisé l’ambition du déploiement à Leipzig : « Notre priorité est d’explorer une utilisation multifonctionnelle du robot dans différentes zones de production. Avec Hexagon, nous avons trouvé un partenaire éprouvé avec une approche hautement innovante de la robotique humanoïde. »
L’IA physique comme paradigme industriel, pas comme gadget technologique
Ce qui distingue la démarche de BMW d’une simple opération de communication autour de la robotique, c’est la profondeur de l’infrastructure sur laquelle elle repose. Le groupe a progressivement transformé ses silos de données isolés en une plateforme de données unifiée couvrant l’ensemble de son système de production. Cette plateforme commune est la condition préalable à tout déploiement efficace d’intelligence artificielle en production : sans données standardisées et accessibles en temps réel, un robot humanoïde ne peut pas apprendre ni s’adapter aux variations d’un environnement industriel réel.
BMW appelle cela la « Physical AI » : la combinaison de l’intelligence artificielle digitale avec des machines et des robots physiques capables d’agir dans le monde réel. Le groupe a créé un Centre de Compétence dédié à la Physical AI en Production, basé à Munich, dont le rôle est de mutualiser les connaissances acquises lors des projets pilotes, d’évaluer les partenaires technologiques selon des critères de maturité industrielle définis, et d’accompagner le déploiement progressif dans les usines du réseau mondial.
Les robots humanoïdes sont positionnés comme un complément à valeur ajoutée des systèmes d’automatisation existants, ciblant spécifiquement les tâches monotones, ergonomiquement contraignantes ou à risque pour la sécurité. L’objectif affiché est de soulager les opérateurs sur ces postes, pas de les remplacer sur l’ensemble de la ligne.
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Une course technologique où BMW veut garder l’avance
Milan Nedeljković, membre du directoire de BMW AG en charge de la Production, a formulé l’enjeu sans ambiguïté : « La symbiose entre l’expertise en ingénierie et l’intelligence artificielle ouvre des possibilités entièrement nouvelles dans la production. » Cette déclaration s’inscrit dans un contexte de compétition industrielle mondiale où les constructeurs asiatiques, en particulier chinois, investissent massivement dans l’automatisation avancée de leurs lignes de production.
BYD, qui a produit 4,3 millions de véhicules en 2024, exploite des usines dont le niveau d’automatisation progresse rapidement. Tesla a fait de l’automatisation de ses Gigafactories un argument de réduction des coûts de production. Face à ces dynamiques, BMW choisit de miser sur l’intelligence des systèmes plutôt que sur la seule vitesse des lignes, en intégrant des robots capables d’apprendre et de s’adapter plutôt que des automates figés dans des séquences préprogrammées.
Le pilote de Leipzig dira si cette approche tient ses promesses en conditions européennes, avec les contraintes réglementaires, syndicales et logistiques propres à la production industrielle allemande. Les résultats de Spartanburg suggèrent que la réponse sera positive. La production automobile n’a pas fini de changer de visage.
