Ferrari s’apprête à raviver l’un des symboles les plus chers aux amateurs de la marque, et la méthode fait déjà débat. La 12Cilindri MM, une série spéciale dont la révélation est attendue le 4 juillet 2026, devrait remettre au goût du jour la fameuse grille en H qui équipait autrefois les boîtes manuelles ouvertes de Maranello.
Mais avec une nuance de taille : cette grille ne commandera pas une vraie boîte mécanique, elle simulera électroniquement les passages de rapport. De quoi diviser les puristes, entre nostalgie du geste et soupçon d’artifice.
Une grille en H qui fonctionne en shift-by-wire
Pour l’heure, il ne s’agit pas encore d’une annonce officielle, mais d’un faisceau d’indices concordants : dépôts de noms de marque, demande de brevet et déclarations du patron de Ferrari, Benedetto Vigna, qui a évoqué lors d’une réunion de concessionnaires « quelque chose de nouveau », mêlant héritage du passé et regard tourné vers l’avenir. Une interface électronique imitant une boîte manuelle correspond précisément à cette description.
Le brevet décrit un levier sphérique logé dans une grille en H à fentes, reproduisant les positions des rapports 1 à 6. De part et d’autre du levier se trouvent des touches correspondant aux modes manuel, drive, neutre et marche arrière — cette dernière s’engageant non par la grille, mais par un bouton séparé. L’ensemble fonctionne en shift-by-wire, c’est-à-dire entièrement par commande électronique : des capteurs lisent la position du levier et transmettent les ordres au calculateur, qui actionne ensuite réellement les pignons de la transmission.
Le souci du détail va loin. Le document de brevet évoque une résistance mécanique sur le levier pour recréer les sensations d’une vraie grille, ainsi qu’un système bloquant l’engagement des mauvais rapports à haute vitesse. Ferrari cherche manifestement à rendre l’imitation non seulement crédible au toucher, mais aussi sûre à l’usage.
Le V12 atmosphérique conservé sous le capot
Sur le plan mécanique, la 12Cilindri MM reposera sur des bases connues et flatteuses. La 12Cilindri de série offre déjà le socle idéal avec son V12 F140 atmosphérique de 6,5 litres, développant 830 chevaux et 678 Nm de couple, capable d’abattre le 0 à 100 km/h en 2,9 secondes et de dépasser les 340 km/h. C’est cette mécanique qui devrait rester au cœur de la version MM.
Surtout, la transmission qui équipe la voiture demeure la boîte robotisée à huit rapports et double embrayage. Autrement dit, la grille en H ne remplace pas physiquement cette boîte ultra-rapide : elle se contente d’en piloter les changements de rapport de manière théâtralisée. Il ne s’agit donc pas d’un retour à la vraie boîte manuelle, comme sur la mythique 599 GTB d’antan, mais d’une nouvelle manière d’offrir au conducteur le rituel des passages de vitesse, tout en conservant les performances de l’embrayage automatique.
Un débat entre simulation et émotion
Pour Ferrari, l’opération relève presque du calcul parfait. Développer une véritable boîte manuelle coûterait cher, serait difficile à homologuer et s’avérerait probablement plus lente. La grille en H électronique conserve la rapidité du double embrayage tout en ajoutant rareté, nostalgie et statut de collection. Réservée aux meilleurs clients de la marque dans une série limitée, cette version pourra voir son tarif grimper bien au-delà de celui de la 12Cilindri standard.
Le risque, lui, est tout aussi évident. Les puristes pourraient qualifier ce dispositif de simple simulateur, d’autant qu’il n’y a pas de pédale d’embrayage. Recréer artificiellement le geste sans la mécanique qui va avec : pour certains amateurs attachés à l’authenticité, l’idée frôle l’hérésie. Mais le marché des Ferrari rares ne fonctionne pas uniquement sur la pureté mécanique. Ses acheteurs recherchent avant tout une histoire, un statut et la fierté de posséder une version unique.
Cette démarche illustre un dilemme qui traverse toute l’automobile de prestige à l’ère de l’électrification et de l’automatisation. Comment préserver l’émotion et le rituel de la conduite quand la technologie a rendu les commandes mécaniques obsolètes ? Ferrari n’est pas seul à se poser la question : Porsche a récemment dévoilé un système simulant une boîte à huit rapports sur sa Taycan électrique, et Hyundai avait ouvert la voie avec sa Ioniq 5 N. La 12Cilindri MM ne signe peut-être pas le retour de la boîte manuelle, mais celui de son image — un pari audacieux qui, pour une marque ordinaire, paraîtrait incongru, mais qui, chez Ferrari, pourrait bien devenir un argument de vente en or.
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