La question de la fiabilité des voitures chinoises revient à chaque décision d’achat, et elle n’a pas encore de réponse d’ensemble. Les organismes qui publient des classements ne disposent pas encore du recul nécessaire pour trancher, et les enquêtes disponibles montrent des écarts considérables d’une marque chinoise à l’autre.
L’arrivée massive des marques chinoises en Europe pose une question simple à laquelle personne ne peut répondre correctement aujourd’hui. Ces voitures tiennent-elles dans le temps ? Les marques chinoises ont rapidement accru leur présence sur le marché électrique européen ces dernières années, même si leur poids varie fortement selon les pays.
Le débat s’est brouillé fin août, quand un assureur néerlandais a cessé d’assurer neuf marques. La décision a été largement présentée comme un verdict sur la qualité des véhicules concernés. Ce n’est pas ce qu’elle dit.
Ce que l’assureur Univé reproche réellement
Univé, l’un des principaux assureurs néerlandais, n’accepte plus les véhicules de neuf marques, y compris pour la responsabilité civile obligatoire : Changan, Hongqi, Jaecoo, KGM, Leapmotor, MHero, Omoda, VinFast et Voyah. Cinq autres restent assurables au tiers seulement, sans couverture des dommages subis par le véhicule : Dongfeng, Firefly, Lucid, Nio et Zeekr.
Henkjan Matthijs, responsable mobilité chez l’assureur, met en cause l’absence de pièces disponibles, le manque d’assistance technique et l’étroitesse du réseau de réparation. Un assureur doit pouvoir estimer comment un véhicule endommagé sera réparé, dans quel délai et à quel coût. Quand une pièce vient de Chine, le véhicule reste immobilisé et les frais annexes courent.
Le critère est donc la réparabilité, pas la fiabilité. La liste elle-même le montre, puisqu’elle mêle des marques chinoises à un constructeur américain, Lucid, un sud-coréen, KGM, et un vietnamien, VinFast. Leur point commun est d’être arrivés récemment sur ce marché. Nous avions détaillé les raisons avancées par cet assureur au moment de l’annonce.
Pourquoi les organismes ne peuvent pas encore les classer
Le TÜV Report 2026 s’appuie sur 9,5 millions de contrôles et analyse 216 types de véhicules, dont 18 électriques. Les modèles de BYD, MG, Nio, Xpeng ou Leapmotor n’apparaissent pas encore individuellement dans cette sélection. Leur diffusion reste récente et limitée en Allemagne : l’ADAC estime que les voitures chinoises représentent encore moins de 2 % des ventes du pays.
C’est le cœur du problème pour un acheteur français. Les seules bases de données capables de mesurer la fiabilité à cinq ou dix ans reposent sur des dizaines de milliers de véhicules d’un même modèle.
Plusieurs modèles MG électriques circulent en Europe depuis quelques années, tandis que l’arrivée de BYD sur le marché européen à grande échelle est beaucoup plus récente. Le recul reste donc très inégal selon les marques et les modèles.
Il faut ajouter une difficulté que les classements par pays d’origine ignorent. La frontière entre constructeurs européens et chinois est devenue poreuse, l’ADAC citant lui-même des modèles BMW et Citroën produits en Chine, ainsi que Smart, née d’une coentreprise entre Mercedes-Benz et Geely.
Des écarts marqués à l’intérieur des marques chinoises
L’enquête européenne menée par Altroconsumo auprès de 53 000 automobilistes dans dix pays apporte néanmoins un premier indicateur. Son indice de fiabilité, calculé à partir des pannes déclarées par les propriétaires en tenant compte notamment de leur gravité, attribue 89 points sur 100 à BYD, contre 72 à MG.
Le détail du classement éclaire l’ampleur de l’écart. Les 89 points de BYD la placent au même niveau que Honda, Tesla, Smart, Mazda, Mitsubishi et Kia, derrière Lexus à 93 points et le trio Toyota, Suzuki et Subaru à 91. Les 72 points de MG ne devancent que Land Rover, dernière avec 64.
Deux marques, la même origine, des résultats très éloignés. Cela invalide la catégorie même de voiture chinoise comme critère d’achat. Le pays de production ne prédit rien, la marque et le modèle oui.
MG est d’ailleurs l’exemple qui complique tous les raccourcis. La marque est historiquement britannique, rachetée par SAIC en 2007, et elle affiche les plus gros volumes chinois en Europe tout en obtenant le moins bon résultat de ce classement. Elle élargit néanmoins son offre, avec par exemple une version hybride rechargeable de sa berline 07 annonçant 245 kilomètres en électrique.
Ce qui est vérifiable dès maintenant
Trois éléments sont mesurables sans attendre dix ans de recul. La sécurité passive d’abord : BYD et MG obtiennent cinq étoiles aux tests Euro NCAP, au même niveau d’exigence que les constructeurs européens. Un véhicule homologué en Europe y répond aux mêmes protocoles que ses concurrents.
La disponibilité du réseau ensuite, qui est précisément ce que l’assureur néerlandais met en cause. Elle se vérifie marque par marque avant l’achat, en comptant les points de service atteignables et en demandant les délais moyens d’obtention de pièces.
La valeur résiduelle enfin. Elle constitue un point de vigilance pour certaines marques encore jeunes en Europe, dont la cote d’occasion reste difficile à stabiliser. BYD a réduit la batterie d’un SUV de 326 chevaux pour en baisser le prix, le Jaecoo 8 arrive en Europe en visant l’Audi Q7, et un SUV chinois assemblé en Italie passe sous 18 000 euros en GPL. Chaque baisse sur le neuf pèse sur la cote de l’occasion.
Cette pression est devenue le principal sujet des constructeurs européens, et Dacia ramène son écart de prix avec les chinoises à 5 % pour y répondre. L’arrivée de nouveaux entrants continue par ailleurs, avec la future compacte électrique de Leapmotor.
Reste à admettre ce que les données ne permettent pas encore de dire. Aucun organisme ne peut aujourd’hui classer la fiabilité à long terme d’une marque chinoise en Europe, et ceux qui avancent un verdict global pour toutes ces marques le font sans base. La seule question qui se traite marque par marque, c’est celle que pose l’assureur néerlandais : que se passe-t-il le jour où la voiture a besoin d’une pièce ?

