Le constructeur chinois BYD vient de réaliser un recrutement qui dépasse largement le cadre automobile. Péter Szijjártó, ministre hongrois des Affaires étrangères et du Commerce extérieur depuis 2014, a annoncé renoncer à son mandat de député pour rejoindre le premier constructeur mondial de véhicules à énergies nouvelles. Selon sa propre déclaration, il occupera un poste international de haut niveau, chargé des relations extérieures du groupe et du développement de nouvelles lignes d’activité. Un transfert du politique vers l’industriel qui en dit long sur les ambitions européennes de BYD.
D’un ministère à un géant automobile
L’intéressé a présenté la chose comme une évolution de carrière assumée. Dans son message, il évoque une offre qu’il qualifie d’extrêmement honorante émanant de l’une des grandes entreprises de l’économie mondiale, saluant au passage BYD comme l’une des plus grandes réussites de l’industrie automobile des vingt dernières années. La filiale BYD Hungary a précisé à l’agence de presse hongroise MTI que le poste serait de dimension mondiale et internationale, et que l’ancien ministre ne ferait pas partie de la direction de l’entité hongroise.
Âgé de 48 ans, Péter Szijjártó était l’une des figures les plus anciennes et les plus visibles du parti au pouvoir, présent au Parlement depuis 2002 et proche du Premier ministre Viktor Orbán, dont il fut le porte-parole avant de gravir les échelons de la diplomatie. Sa connaissance des rouages du commerce international et son carnet d’adresses constituent, à l’évidence, l’essentiel de sa valeur aux yeux du recruteur.
La Hongrie, tête de pont industrielle de BYD en Europe
Ce recrutement n’a rien d’un hasard géographique. La Hongrie est devenue ces dernières années le point d’ancrage européen de BYD, qui y construit sa première grande usine automobile sur le continent, à Szeged, dans le sud du pays. Le gouvernement hongrois, dont Szijjártó était l’un des principaux artisans sur le volet économique, a activement courtisé les investisseurs chinois, faisant du pays une passerelle privilégiée entre Pékin et le marché européen.
En s’attachant les services de l’homme qui a précisément piloté cette politique d’ouverture, BYD s’offre une expertise institutionnelle de premier plan au moment où le constructeur multiplie les chantiers sur le continent. Le groupe ne cache plus ses ambitions européennes : il a également fait part de son intérêt pour le rachat d’usines automobiles existantes, notamment en Italie, et cherche à contourner par la production locale les droits de douane que l’Union européenne impose à ses véhicules électriques importés de Chine. Un dirigeant rompu aux négociations gouvernementales devient, dans ce contexte, un atout considérable.
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Un transfert qui cristallise un débat européen
Au-delà du parcours individuel, ce mouvement illustre une tendance de fond et un sujet de tension. Les constructeurs chinois, BYD en tête, s’implantent en Europe en s’appuyant sur des relais politiques et institutionnels locaux, une stratégie d’influence qui accompagne leur offensive commerciale. Le profil du recruté, longtemps critiqué au sein de l’Union européenne pour ses positions jugées proches de Moscou et pour sa défense d’une ligne souverainiste, ajoute une dimension politique sensible à une opération d’apparence purement économique.
Pour l’industrie automobile européenne, déjà sous pression, ce type de passage entre sphère publique et champion chinois pose une question qui dépasse le cas hongrois : celle de l’influence que les groupes de Pékin construisent patiemment sur le continent, à mesure qu’ils y installent usines, partenariats sportifs et désormais anciens responsables gouvernementaux. BYD, qui a dépassé Tesla à l’échelle mondiale, ne se contente plus de vendre des voitures en Europe : le géant chinois y tisse méthodiquement un réseau, et le recrutement de Péter Szijjártó en est la démonstration la plus éclatante à ce jour.
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