Mercedes-Benz muscle son dispositif industriel à l’Est. Le constructeur a inauguré l’extension majeure de son usine hongroise de Kecskemét, dont la surface passe de 200 à 440 hectares, faisant du site l’un des plus grands de son réseau mondial.
L’événement, tenu en présence du Premier ministre hongrois Péter Magyar, marque aussi le lancement de la production de la nouvelle Classe C électrique, premier modèle à batterie assemblé sur ce site, et confirme que la future petite Classe G y sera produite en exclusivité mondiale. Un investissement d’environ un milliard d’euros qui en dit long sur la recomposition des cartes industrielles en Europe.
Un milliard d’euros et deux halls flambant neufs
L’ampleur du chantier illustre l’engagement du groupe à l’étranger. Dans le cadre de son plan d’affaires 2022-2026, Mercedes a investi près d’un milliard d’euros à Kecskemét, avec la construction de deux halls entièrement nouveaux pour la carrosserie et l’assemblage, d’un second atelier de presse, d’un atelier de peinture dernier cri et d’une unité d’assemblage de batteries. Le site, qui emploie déjà plus de 5 000 salariés, devient le plus grand centre de production automobile de Hongrie et l’un des piliers du réseau mondial de la marque.
L’organisation retenue traduit la prudence stratégique des constructeurs face à un marché électrique incertain. Le hall historique produit de façon flexible, sur une même ligne, des modèles thermiques et électriques, tandis que le nouveau hall est dédié au 100 % électrique. Cette double approche permet d’ajuster rapidement les volumes selon la demande, une souplesse devenue précieuse à l’heure où les prévisions de bascule vers l’électrique sont sans cesse révisées. Kecskemét fonctionne par ailleurs en réseau avec les usines allemandes de Rastatt et Brême, le futur GLC électrique pouvant par exemple être produit indifféremment en Hongrie ou en Allemagne selon les besoins.
La Classe C électrique et la petite Classe G comme atouts maîtres
Deux modèles cristallisent l’importance nouvelle du site. Le lancement de la Classe C entièrement électrique, dérivée de la berline vedette de la marque et déclinée dès son lancement dans une version C 400 4MATIC, marque l’entrée de l’usine dans l’ère de la batterie. Les composants clés, pièces de carrosserie et batteries de traction, sont produits directement sur place, dans une logique de circuits courts que Mercedes qualifie de « local pour local ».
Plus symbolique encore, la prochaine Classe G compacte, déclinaison réduite et plus accessible du mythique tout-terrain, sera fabriquée exclusivement à Kecskemét. Confier à un site hongrois la production mondiale d’un modèle aussi emblématique du patrimoine Mercedes en dit long sur la montée en compétence de l’usine, désormais l’une des plus modernes du groupe avec son jumeau numérique développé dans l’univers Nvidia Omniverse et son contrôle qualité assisté par intelligence artificielle.
La Hongrie, nouvel aimant de l’industrie automobile européenne
Au-delà du cas Mercedes, cette inauguration confirme une tendance de fond qui redessine la carte industrielle du continent. La Hongrie s’impose comme une destination privilégiée des constructeurs, à grand renfort d’incitations publiques et d’une main-d’œuvre qualifiée. Le pays accueille déjà l’usine historique d’Audi à Gyor, voit BYD y bâtir sa première grande usine européenne à Szeged, et le chinois vient tout juste de recruter l’ancien chef de la diplomatie hongroise pour piloter ses relations internationales, signe de l’intensité de cette cour industrielle.
La présence du Premier ministre Péter Magyar à l’inauguration s’inscrit dans cette même logique d’attractivité assumée. Pour l’Europe de l’automobile, le mouvement pose une question stratégique : alors que l’Allemagne engage de douloureuses restructurations, ses fleurons délocalisent une part croissante de leur production vers des pays où les coûts sont plus compétitifs. Kecskemét, avec sa Classe C électrique et sa future Classe G, devient le symbole d’une industrie premium qui cherche son nouvel équilibre entre héritage allemand et pragmatisme géographique. Les prochaines années diront si ce pari de la flexibilité paie, dans un marché où plus rien n’est acquis.
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