La réglementation européenne pèserait lourdement sur la capacité d’innovation de Dacia. Selon des propos rapportés par le média espagnol 20minutos, la CEO de la marque roumaine Katrin Adt affirmerait qu’un quart des ressources de développement de l’entreprise, aussi bien budgétaires qu’humaines, serait aujourd’hui consacré exclusivement à la mise en conformité réglementaire plutôt qu’à l’amélioration des véhicules ou aux attentes réelles des clients.
Une charge jugée disproportionnée face à l’innovation produit
Le constat de la dirigeante serait sans détour. Une part significative des ressources d’ingénierie de Dacia serait absorbée par l’adaptation constante aux règles européennes, notamment celles portant sur les émissions et la sécurité. « Si nous pouvions utiliser cette capacité pour faire ce dont les clients ont vraiment besoin, ce serait d’une aide formidable », aurait-elle déclaré. Katrin Adt appellerait de ses vœux un cadre réglementaire plus stable, estimant que des changements permanents compliquent la planification et l’investissement dans une innovation réellement porteuse de valeur pour les clients.
Pour une marque qui a construit son succès européen sur des véhicules abordables et pratiques, cette pression réglementaire dépasserait le simple casse-tête administratif. Elle se traduirait concrètement par moins de temps et de budget disponibles pour des équipements ou des technologies qui bénéficieraient directement aux conducteurs.
Une électrification menée au rythme de la demande, pas de la contrainte
Malgré ce constat critique, Dacia ne renoncerait pas à ses ambitions d’électrification. La marque adopterait une approche pragmatique, déployant véhicules électriques et énergies alternatives au rythme de la demande client plutôt qu’en misant tout sur le tout-électrique. Katrin Adt insisterait sur le fait que tous les conducteurs ne seraient pas encore prêts, ni disposés, à basculer vers l’électrique pur. « Nous nous concentrons sur le fait de suivre le client, car nous voyons qu’il existe différents chemins », aurait-elle expliqué.
Cette philosophie multi-énergies se retrouverait dans la stratégie GPL de la marque, dont MotorsActu a déjà détaillé les ressorts, avec un objectif affiché de porter à deux tiers la part des ventes électrifiées d’ici 2030, contre un quart actuellement, tout en conservant un tiers de la gamme sur des motorisations thermiques ou bi-carburant au-delà de cette échéance.
L’Espagne, marché clé pour la technologie GPL
Le marché espagnol occuperait une place particulière dans cette stratégie. Katrin Adt le présenterait comme l’un des plus importants pays européens pour la marque, avec la plus forte proportion de clients optant pour la technologie GPL. Un ancrage qui explique le choix du média espagnol pour recueillir ces déclarations, dans un contexte où la concurrence chinoise s’intensifie également sur ce marché.
Une tension partagée par une large partie de l’industrie européenne
Ces déclarations illustrent une tension plus large qui traverserait l’ensemble de l’industrie automobile européenne : concilier la conformité réglementaire croissante avec une innovation réellement centrée sur le client. Pour des marques positionnées sur l’accessibilité et le pragmatisme comme Dacia, l’enjeu serait particulièrement sensible, alors que la concurrence chinoise progresse rapidement sur les segments d’entrée de gamme. Les prochaines années diront si des constructeurs comme Dacia parviennent à s’adapter à ce cadre réglementaire sans perdre les qualités mêmes qui ont fait leur succès commercial.

