C’est une étape historique pour l’industrie automobile que vient de franchir Mercedes-Benz. Le constructeur allemand a officialisé le lancement de la production en série de ses moteurs électriques à flux axial, une technologie dont l’industrie parle depuis des décennies mais qui n’avait jamais atteint un tel niveau d’industrialisation.
Ces moteurs, développés par la filiale britannique YASA, équipent la nouvelle Mercedes-AMG GT Coupé 4 Portes électrique — une berline sportive aux performances dignes des hypercars, capable d’abattre le 0 à 100 km/h en 2,1 secondes.
Marienfelde, le plus ancien site Mercedes, à la pointe de la nouveauté
Le choix du lieu de production ne manque pas de symbole. C’est à l’usine de Berlin-Marienfelde, le plus ancien site Mercedes-Benz encore en activité — il fonctionne depuis 1902 —, que cette production de pointe a été installée. Un saisissant contraste entre 124 ans d’histoire industrielle et la technologie de moteur électrique la plus avancée du moment.
Le programme occupe une surface de 30 000 m², répartie sur trois ateliers et sept lignes de production. L’ampleur de l’innovation déployée est considérable : sur les 98 opérations de production que compte le processus, 35 sont présentées comme des premières mondiales, et le projet a donné lieu à plus de 30 demandes de brevet. Des chiffres qui témoignent du caractère pionnier de cette industrialisation et de l’avance technologique que Mercedes cherche à consolider.
Le flux axial, une architecture moteur radicalement différente
Pour comprendre l’enjeu, il faut s’attarder sur le principe même de ces moteurs. Contrairement au moteur radial classique, qui équipe l’écrasante majorité des voitures électriques actuelles, le moteur à flux axial fonctionne avec un flux magnétique suivant l’axe de rotation. Le stator est pris en sandwich entre deux rotors, dans une architecture plate dite « en disque ». Cette configuration offre une densité de puissance bien supérieure dans un encombrement nettement réduit — un atout décisif pour les véhicules de haute performance.
C’est l’entreprise britannique YASA, spécialiste de cette technologie et propriété de Mercedes-Benz depuis 2021, qui a porté cette architecture jusqu’au stade de la production en série. Dans la nouvelle AMG GT Coupé 4 Portes, trois de ces moteurs prennent place au sein des blocs High Performance Electric Drive Unit, permettant à la berline d’atteindre une vitesse de pointe de 300 km/h. Pour une grande électrique à quatre portes, c’est déjà le territoire des hypercars — sans V8 ni boîte de vitesses classique.
Une ingénierie de production hors normes
L’assemblage de ces moteurs mobilise des procédés industriels peu communs, à la hauteur de leur sophistication. Le processus fait notamment appel au soudage laser des bobinages en cuivre, à un contrôle optique piloté par intelligence artificielle lors du soudage des polymères, et à un montage final mettant en jeu des forces magnétiques pouvant atteindre 9 kilonewtons — avec un maintien du stator à 0,1 millimètre près.
Ce niveau d’exigence reste pour l’instant cantonné au segment premium, où les coûts élevés peuvent être absorbés par des tarifs eux-mêmes élevés. Mais il donne un indicateur précieux de la direction prise par les véhicules électriques haut de gamme. La compétition entre constructeurs ne se joue désormais plus seulement sur la puissance brute ou l’accélération, mais sur la capacité à concevoir et fabriquer le moteur le plus dense et le plus léger possible.
Cette bascule technologique illustre la transformation profonde de l’industrie. Hier, l’AMG électrique se mesurait au rugissement simulé et à l’accélération foudroyante. Aujourd’hui, la vraie bataille industrielle se joue en coulisses, sur le terrain de l’efficience énergétique et de la maîtrise de fabrication. En misant sur le flux axial dès maintenant et en l’industrialisant en série, Mercedes prend une longueur d’avance que ses concurrents, allemands comme chinois, devront combler.
Pour les passionnés, cette industrialisation marque surtout le début d’une nouvelle ère : celle où la performance électrique de très haut niveau cesse d’être une promesse de concept-car pour devenir une réalité produite en usine, dans le plus ancien site d’un constructeur plus que centenaire.

