L’Espagne confirme son statut de terre d’accueil privilégiée des constructeurs chinois en Europe. Après MG, Chery, Leapmotor et Geely, c’est au tour de Changan d’évoquer ouvertement la possibilité d’y implanter une usine.
Aucune décision n’a encore été prise, mais le signal est révélateur : arrivée sur le marché espagnol il y a seulement quelques mois, la marque chinoise parle déjà de présence industrielle, et non plus seulement de ventes. Une nouvelle pierre apportée à l’édifice de l’implantation chinoise sur le sol européen.
Un signal envoyé dès les premiers mois de commercialisation
La déclaration, prudente dans la forme, ne laisse guère de doute sur les intentions du groupe. Lors de la présentation de son hybride rechargeable Deepal S05 PHEV, le directeur exécutif adjoint de la division européenne de Changan a indiqué que tous les constructeurs chinois cherchaient une possibilité de produire en Europe, et que Changan en faisait clairement partie. Une formulation qui s’inscrit pleinement dans la tendance générale du secteur.
La logique de la marque est limpide. Changan vient à peine de lancer sa campagne espagnole avec les Deepal S05 et S07, complétés par la version hybride rechargeable S05 PHEV. En quatre mois, elle a immatriculé environ 1 500 véhicules, pour un objectif fixé à au moins 6 000 unités en 2026. Son réseau compte déjà 65 points de vente et doit atteindre la centaine d’ici la fin de l’année. La marque construit donc d’abord ses ventes et son service après-vente, la question d’une production locale se posant dans un second temps — une fois les volumes suffisants pour justifier l’investissement industriel.
Pourquoi l’Espagne séduit autant les groupes chinois
Le choix récurrent de l’Espagne par les constructeurs chinois ne doit rien au hasard. Le pays cumule les atouts : un solide réseau d’équipementiers, une longue expérience de l’assemblage automobile, des ports bien situés, une énergie parmi les moins chères d’Europe et une part croissante de production renouvelable. Autant d’arguments qui permettent aux marques chinoises de se rapprocher de leurs clients, de réduire les risques logistiques et, surtout, de contourner plus souplement les restrictions commerciales européennes — notamment les droits de douane sur les véhicules électriques importés de Chine.
Cette dynamique a déjà attiré plusieurs acteurs majeurs. Chery s’est installé via sa marque EBRO, Leapmotor produit en partenariat avec Stellantis, Geely serait en discussions autour de sites Ford, et SAIC déploie ses projets pour MG, avec une usine annoncée en Galice. L’Espagne est en train de devenir, en quelques mois, l’épicentre de la production automobile chinoise en Europe.
Une stratégie multi-énergie plus pragmatique que le tout-électrique
Un point distingue toutefois la démarche de Changan d’une offensive purement électrique. La marque ne mise pas uniquement sur les véhicules à batterie : en Europe, elle entend commercialiser des modèles 100 % électriques, des hybrides rechargeables et, plus tard, des versions thermiques. Une approche qui rappelle la stratégie de Geely et se révèle plus pragmatique qu’un pari exclusif sur l’électrique.
Ce choix répond à une réalité du marché européen : tous les automobilistes ne sont pas prêts à passer à l’électrique, et les hybrides rechargeables offrent aux marques une plus grande marge de manœuvre commerciale. En proposant une gamme multi-énergie, Changan maximise ses chances de séduire un large public, sur des segments où le prix et la flexibilité restent déterminants.
Pour l’heure, Changan se contente d’observer l’Espagne sans engagement ferme. Mais si la marque franchit le pas vers la production locale, ce sera un signe supplémentaire d’une mutation profonde : les voitures chinoises en Europe cessent peu à peu d’être de simples importations pour devenir une composante de l’industrie locale. Une évolution qui ne manque pas d’alimenter les inquiétudes des constructeurs européens historiques, dont plusieurs dirigeants — à commencer par le patron de Volkswagen — réclament un durcissement de la politique industrielle de Bruxelles. Le paradoxe demeure entier : en s’implantant industriellement en Europe, ces marques créent des emplois locaux, ce qui rend d’autant plus délicate toute velléité de protectionnisme. L’arrivée de Changan dans cette équation ne fait que renforcer un mouvement désormais difficile à enrayer.
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